Meze Audio 99 Classics  (1/2)

Credit image J.M.V.

“Our aim is to change the perception of headphones as technical devices or as cheap plastic accessories and create a mature product to fall in love with: headphones that have a technical hint but are very elegant and wearable at the same time; A marriage of modern design with traditional crafts and elements with technical and aesthetic excellence” - Meze Headphones

 

« Notre but est de changer la perception que nous avons des casques en tant qu’outils techniques ou comme accessoires en plastique bon marchés et de créer un produit dont on peut tomber amoureux : des casques qui ont des capacités techniques mais qui soient très élégants et portables en même temps. Un mariage du design moderne avec une façon traditionnelle et des éléments combinant une excellence technique et esthétique. » Meze Headphones 

 

Celui qui nous dit cela est M Antonio Meze de Baia Mare en Roumanie. La conception est roumaine et la fabrication est chinoise. Il y a quelques années on y aurait vu le sommet du low cost mais ce n’est plus le cas. Aujourd’hui toute bonne chose peut venir de n’importe quel endroit de la terre et cette idée me plait.

Antonio Meze est un designer industriel formé en Californie, détenteur d’un Red dot design Award pour une ligne d’ustensiles de cuisine UUtensil Stirr. Il a aussi bien dessiné des équipements techniques comme des casques de protection ou des bâtons de ski aux poignées chauffantes, des emballages notamment des bouteilles de bières, des téléphones mobiles etc. Mais la marque portant son nom est un projet qui lui tient visiblement à cœur et c’est elle qui nous intéresse aujourd’hui. 

Meze 73 Classics
Meze 88 Classics

Presentation 

Attention il ne s’agit pas d’un coup au hasard et la société Meze Audio a été crée en 2009.  Il y a eu plusieurs modèles de casques jusque là : Les Classics (avec coque en bois principalement de l’ébène au début de la marque) avec les modèles supra-auriculaires, 55 Classics, 88 Classics, 73 Classics et 66 Classics entre 2010 et 2012 et une paire d intra auriculaire les 11 Classics. En 2015 tous ces modèles ont été remplacées par la ligne actuelle : qui se résume aujourd’hui au 99 Classics disponible en trois versions cosmétiquement différentes mais faisant toujours appel au bois, Noyer ou Erable pour les coques et des modèles intraauriculaires avec les 11 Neo. (Néo veut dire usage d’un matériau autre que le bois)

Une version du 99 dite Neo devrait apparaître pour un prix inferieur avec des coques en plastiques. Un prototype était en présentation sur le stand Munichois mais la marque reste discrète à son sujet. Le design est absolument identique aux versions Classics seules les coques sont en plastique moulé. J’ai pu les essayer mais je n’ai pas pu noter de différence en ce qui concerne le son en quelques secondes. Enfin on annonce l’arrivée d’un nouveau casque intraauriculaire avec un corps en bois, le 12 Classics. Bref ça ne chôme pas à Baia Mare.

 

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L’usage de coques en bois usinées à la machine outil est une des marques de fabrication du MEZE 99 Classics. La finition de ces coques en Erable blond ou Noyer roux est de la meilleure qualité. Ces bois sont surement moins difficiles à travailler que l’ébène mais aussi plus respectueux de l’environnement exotique d’où il faut l’extraire. Tous les éléments sont fixés par des vis de sorte que le casque est totalement démontable et peut être entretenu facilement au besoin.

Le casque est livré dans une belle boite en carton à fermeture aimantée dont le fond et la partie supérieure sont recouvertes de mousse pour protéger… la housse rigide capitonnée de protection dans laquelle se trouve le casque, les deux câbles de liaison 1,2 m et 3m, un adaptateur jack 3,5> 6,3 et un adaptateur pour avion. 

 

J’ai choisi le modèle Maple Silver (Erable clair et argent) les coussins d’oreilles et le bandeau de soutien de la tète sont de couleur crème. En fait d’argent les inserts métalliques sur les coques et sur l’arceau sont d’un coloris plus proche du titane avec une tonalité chaude et un aspect satiné. L’arceau en métal à mémoire de forme est de couleur plus neutre, plutôt zinc. Le bois des coques d’oreillettes est un bel érable blond avec des veines discrètes qui se marie bien avec le cuir crème. Les câbles de liaison sont gainés d’une tresse textile blanc crème avec un diviseur de câble blanc et argent qui s’accorde avec les connecteurs détachables qui s’insèrent dans chacune des oreillettes. Le câble le plus long, 3m est un câble simple, le câble plus court de 1,2m porte un micro et un interrupteur lecture/pause ou pour décrocher un appel entrant sur son smartphone. Je n’ai pas réussi à faire fonctionner le microphone avec mon iPhone mais la commande lecture/pause marche.

 

Accessoires, Image Meze Audio
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L’aspect général du casque est plutôt néoclassique : classique dans l’aspect général avec des coques qui sont assez discrètes en ce qui concerne leur taille et cet arceau auto ajustable plutôt old school, et un choix de matériaux traités de sorte qu’ils apportent une modernité bienvenue. À la manière des produits Japonais le caractère chaleureux et tactile est privilégié et il n’est pas fait étalage d’éléments qui nous parleraient de technique.

C’est l’antithèse d’un casque de studio. L’ambiance est plus qualitative qu’ouvertement luxueuse et je trouve le choix esthétique général très réussi. La housse rigide noire légèrement grainée avec son zip est très pratique et l’ensemble donne envie de partir en voyage, ce que j’ai fait à plusieurs reprises lors de cet essai.

 

A bord de l'A380

Confort et technique 

credit image J.M.V.

Le confort général est bon, la mousse des oreillettes est assez souple pour ne pas être désagréable mais offre un bon soutien. J’ai plutôt une petite tête et de grandes oreilles avec un bon pavillon. Elles arrivent toutefois à rentrer entières dans les coques. Toutefois je préfère positionner le casque légèrement vers l’arrière que qui fait que le coussin des oreillettes ne vient pas du tout mordre sur le pavillon de l’oreille. Ceci est permis par une rotule pivotante entre l’arceau et la coque que je trouve très bien conçue. Cette méthode de placement du casque modifie légèrement le son - nos canaux auditifs sont orientés vers l’avant de la tète - et en plaçant le casque à peine vers l’arrière le trajet du son est plus direct vers la membrane tympanique offrant un équilibre à peine plus clair et une image sonore plus large.

 

Ce n’est pas un vrai modèle circum auriculaire mais ce n’est pas gênant et l’isolation de ce casque clos n’est pas altérée par la position qu’on lui préfèrera sur son crane ni par la taille des ses organes cartilagineux latéraux. Après de longues périodes le pavillon de l’oreille peut venir un peu frotter contre la mousse interne de l’oreillette ; c’est peut-être le signe qu’il faut faire une pause. 

Image Meze Audio

Les bruits mécaniques vers les coques des oreillettes sont principalement liés au frottements de la gaine textile du câble après sa division et à la transmission de vibrations de l’arceau métallique si on frappe dessus. En réalité, en pratique ce n’est pas vraiment gênant mais cela pourrait assez facilement être corrigé en ce qui concerne le câble. Selon certains cet effet s’estompe avec l’usure par frottement contre les vêtements. Enfin le câble dans sa gaine crème a tendance à se tacher facilement.

Une fois posé sur les oreilles l’isolation phonique est vraiment bonne mais elle ne déclenche pas de sensation d’oppression et j’ai vraiment eu le confort général d’un casque semi-ouvert mais avec une isolation supplémentaire. Je trouve cet équilibre idéal pour s’isoler dans les transports mais aussi très agréable pour une écoute au calme à la maison.  

 

Premier contact au Munich High End

Les premières revues que j’ai pu lire à propos de ce casque après ma découverte au High end de Munich se sont montrées à mon avis exagérément critiques au sujet du confort. Trop de pression de l’arceau, coques pas assez grandes, confort insuffisant. On a vraiment l’impression que ceux qui ont écrit cela sont des éléphants qui se promènent toute la journée avec un casque sur la tète. Peut être une catégorie d’êtres humains particuliers. Cependant on les a tellement entendus se prononcer sur ces détails ergonomiques que MEZE Audio à décidé de modifier les coussinets de son casque. Pour les faire plus profonds.

 

Est ce que cela est justifié ? Pour moi il s’agit davantage d’un problème avec certains forums qui ont pris une place trop importante dans le business du casque pour ne pas être écoutés. Quand bien même, si on y relit en détail les caractéristiques du son du MEZE 99 Classics, ces critiques paraissent souvent exagérées,  partiales et souvent mal étayées.

Je ne partage pas les vues de ces forums. 

 

petit circuit imprimé vert , image Meze Audio

Le transducteur fait 40 mm de diamètre, membrane mylar et aimant neodymium. Il est entouré de plastique dans lequel sont percés des orifices pour laisser passer le son. Le secret est gardé quant à son origine. Il affiche une bande passante de 15Hz à 25kHz avec un rendement de 103dB pour 1mW à 1kHz et une impédance de 32 Ohms. On m’a laissé entendre à Munich que cette impédance est en fait souvent plus proche de 22-24 Ohms en régime musical. Deuxième secret de polichinelle c’est « l’ajustement artificiel de fréquence » pour obtenir « un son naturel et équilibré ». En effet, on voit bien sur le schéma éclaté du transducteur utilisé par MEZE sur le site officiel de la marque un petit circuit électrique avec des composants passifs de type CMS. J’en compte 4 mais une seule face du circuit est présentée. C’est ça me semble t’il « l’ajustement artificiel de fréquence », un petit filtre passif. Sur le diagramme de fréquence on remarque une baisse du niveau en pente régulière de 150Hz a 3khz et puis ce trou entre 4 et 5 kHz (l’endroit ou la sensibilité de l’oreille humaine est la plus élevée dans les courbes isophoniques). 

 

graphique réponse en fréquence Meze Audio
courbes isophoniques

Si je résume un transducteur de 40mm qui ne dit pas son nom mais qui a été très astucieusement filtré pour répondre quasi point par point à la réponse physiologique de l’oreille humaine.  C’est très malin et c’est peut-être ce qui fait la différence et rend le son si immédiatement agréable. Cela peut expliquer aussi le temps de rodage si on compte ce filtre passif. Ce type de filtre (notch filter) a été étudié par Linkwitz et Riley dans les années 70 et pour obtenir un trou sur une zone de fréquence 4 composants suffisent.

Il est certains que d’autres casques font usage de tels filtres (AKG K1000 par exemple) mais on en trouve rarement mention explicitement et cela ne parait pas être un argument de vente. Ici même, le concept est exprimé mais pas totalement dévoilé. Mystère. 

Notch filter , image Linkwitz labs

Rodage : Comme pour les enceintes c’est un point crucial et les commentaires à chaud sur les forums spécialisés me font doucement rigoler. La concurrence entre les blogueurs et les forumeurs de tout poils forme une sorte de course stupide à la revue la plus précoce. Bien sur plus la revue est rapide, moins elle est informative en réalité. Et j’ai pu reconnaitre dans bien des compte rendus les points caractéristiques de ce casque avant un rodage sérieux.

 

Effectivement au début et comme décrit dans bien des revues, il y a une claire emphase dans le grave et le haut grave avec un pic vers 90-100hz qui donne un léger effet de masque sur le médium, d ‘autant plus que la zone vers 1kHz est en retrait. On garde une légère pétillante sur la zone entre 6-8kHz qui évite d’avoir un son trop gras et une réduction en pente douce au dessus de 10 kHz. Le résultat est un son chaleureux non fatiguant avec des voix chaudes et malgré tout une définition très correcte dans le haut medium. Les basses sont très bien représentées avec de l’impact mais au début une mauvaise différenciation entre 50 et 120 Hz. Cela rend les lignes de basses plus monotones et parfois brouillonnes. À 300 euros pas de quoi s’alarmer ont écrit d’autres que moi, fin de la revue. La dynamique évolue assez peu selon le temps de rodage

 

ressenti subjectif avant rodage

Meze Audio audio recommande une quarantaine d’heures sur programme musicaux.

C’est vrai l’évolution dans les 30 premières heures est spectaculaire en ce qui concerne l’équilibre général et libère en bonne partie l’empreinte du grave-haut grave sur le bas medium. La caractéristique initiale en V s’estompe serieusement.

En réalité je conseillerais une centaine d’heures et des passages par des programmes de démagnétisation genre DENSEN De Magic et des passages en bruit rose fractionnés avec repos.

A partir de là on libère des qualités dans le grave qui devient nettement plus différencié et offre une palette difficilement soupçonnable au départ. Ce casque passe alors de la catégorie bon casque avec spectre en V à quelque chose de beaucoup plus précieux et recommandable pour un public audiophile.

 

Ce qui m’a frappé à Munich lors de la toute première écoute sur des casques non rodés, était une excellente communication du contenu rythmique de la musique. Souvent, et chez bien des concurrents, la micro dynamique est excellente et fourmille de détails fins qui sont souvent moins bien présentés par les enceintes et donnent ce coté très riche de l’écoute avec les meilleurs casques. Mais dans le même temps la macro dynamique est souvent mal menée, suivant les modèles, trop agressive ou éteinte au contraire. Soit on s’ennuie soit on se met à craindre une écoute traumatisante.  Rare sont les casques qui savent rendre le coté très joyeux et chantant de la Musique. Avec le MEZE 99 Classics on est tout de suite séduit par des aptitudes rythmiques très bonnes. 

 

Credit image J.M.V.

L’ampli qui alimentera le MEZE 99 Classics ne sera pas sursollicité c’est sur mais si on peut le faire marcher avec un simple montage avec ampli opérationnel sur batterie type Cmoy, je pense qu’il faut faire des essais pour trouver les meilleures associations. Mais c’est bon de savoir qu’avec un simple téléphone on pourra déjà bénéficier d’une prestation de qualité.

Mes premiers essais avec iPhone 6s ou avec le baladeur xDuoo X3 se sont montrés très bons mais n’ont pas réussi à amener un complet enthousiasme. J’ai essayé divers Players sur l’iPhone 6s et, dans les premiers temps, apporté des corrections ou filtrages pour compenser pendant le rodage certaines inégalités que j’ai décrit plus haut.

La différence de son obtenue avec ces différentes applications est étonnante. J’ai essayé des applications au son plus détaillé et sec qui m’ont paru au départ s’accommoder mieux de la coquetterie dans le bas du spectre avant rodage complet. En ce sens, c’est l’application Accudio qui m’a délivré le plus de détails avec un bon résultat sur les sensations percussives d’un piano par exemple et un son plus monitor. L’application CapTune de Sennheiser donnait un son plus froid et fatiguant avec une quantité non négligeable de saletés dans les hautes fréquences. L’application Denon audio a constamment donné un son plus chaud et doux ce qui ne m’a pas paru être le meilleur choix au tout début. Cependant, le rodage bien fait, c’est cette dernière que j’utilise le plus volontiers lorsque je joue des fichiers sur iPhone. Pour résumer, je trouvais l’application Denon Audio, au début du rodage du 99 Classics, trop chaude, avec un effet de masque prononcé sur le medium ce qui m’a incité à faire des corrections d’égalisation avec cette application ou à préférer d’autre applications plus sèches. Mais, après rodage complet, je l’utilise sans correction et c’est celle qui me convient le mieux. 

 

 

Ce revirement de situation je l’ai aussi connu avec les autres amplis que j’ai utilisé. A savoir, une réinterprétation de l’ampli Lehmann en classe A, double châssis, et mon préamplificateur très (très) modifié Kenwood Suprême 700C.

Ces amplificateurs me paraissaient au début, avant rodage complet, aller dans le même sens que la signature sonore du casque et soulignaient un certain déséquilibre. Ainsi mon ampli type Cmoy à base d’ampli opérationnel Analog device AD826 AN au rendu très sec et tendu me paraissait un meilleur mariage. J’y adjoignai, même, une paire de mes câbles de modulation les plus secs pour parfaire une certaine idée de la compensation que je trouvais utile à ce moment-là de mon test.  

Après rodage complet, renversement total de situation. Les amplis les plus doux sont les meilleurs et le phrasé que j’ai pu obtenir avec le Kenwood Suprême 700C est assez imparable a défaut d’avoir tout l’impact viscéral de l’ampli type Lehmann. Le Kenwood parait plus serein avec un bruit de fond plus faible. J’utilise maintenant un câble de modulation Grimm audio TPr qui offre une bonne définition et des basses très tendus mais biens modulées et différenciées et je trouve que ce seul « artifice » suffit à créer un équilibre très satisfaisant avec le MEZE 99 Classics. 

 

avec le Kenwood 700c Suprême, Credit image J.M.V.

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