Editoriaux

Janvier 2017

 

Concentrations : épisode II

 

 

 

 

Le marché de l'audio haut de gamme continue de se restructurer, entre financement participatif, "business angels" et opérations de fusions-acquisitions.

 

Après le rapprochement Naim - Focal, nous avons assisté en 2016 au rachat de Harman par Samsung. Les chiffres de cette dernière opération donnent le vertige : 8 milliards de dollars pour le rachat de 100% des actions du groupe américain...

 

A côté de ça, les opérations médiatiques et les appels aux investisseurs privés chez Devialet sont tout simplement insignifiants. Même le LBO McIntosh - Fine Sounds ne pèse pas lourd à côté.

 

La numérisation, l'augmentation de la consommation de musique en streaming, et en mode nomade ont aiguisé les appétits. Un groupe comme Harman, au delà de ses fleurons audiophiles comme JBL, Mark Levinson, Infinity ou Revel, représente un très important marché : celui de la musique nomade avec AKG, de l'audio-vidéo haut de gamme avec Lexicon, de l'audio grand public avec JBL et Harman Kardon, et surtout celui de plus de 30 millions de véhicules connectés utilisant les solutions audio du géant américain, incroyable vecteur de croissance à notre époque.

 

Chaque branche d'Harman est une vraie industrie et sort des nouveautés en continu, se devant d'être à la pointe de la technologie. Mark Levinson en est un parfait exemple avec un catalogue qui se renouvelle rapidement, présenté généralement en statique sans qu'on sache trop bien s'il s'agit de prototypes ou de modèles de série disponibles à l'achat chez les revendeurs...

Cette tendance du produit concept, annonciateur du modèle de série, se généralise d'ailleurs à des acteurs de taille plus modeste, à l'instar d'Audionet qui a lancé depuis le mois de mai dernier une nouvelle série d'amplis et préampli, dessinée par un des designers stars allemands (Hartmut Esslinger) et supposé être parmi les toutes meilleures réalisations mondiales avec des performance superlatives...

Au CES ce mois-ci il semble néanmoins que ces appareils sont toujours présentés en statique sans savoir s'ils fonctionnent vraiment.

 

Même chose chez NAD avec la sortie de l'amplificateur numérique M32 qui a été présenté en statique sur de nombreux salons tout en restant indisponible pendant très longtemps pour les premiers essais et démonstrations...

 

Alors que faut-il penser de cela ? Je ne sais pas si cela est bien raisonnable, compte tenu de l'étroitesse du marché et du nombre d'intervenants, de mettre en avant un produit avant qu'il soit réellement disponible. Cela contribue à une surenchère en matière d'information qui n'éclaire pas vraiment le public audiophile, et qui ne concerne de toute façon parfois qu'une minorité de personnes ayant les moyens d'acquérir de tels appareils.

 

Mais ces prototypes sont aussi annonciateurs d'une tendance qui pourrait encore se renforcer ces prochaines années : celle d'une vitrine technologique et marketing permettant de renforcer la valeur de l'entreprise et la rendant surtout plus attractive dans le cadre d'un rachat par un grand groupe.

Car un groupe comme Samsung a bien compris que la meilleure façon de maîtriser un domaine était de racheter les sociétés spécialistes en la matière. C'est plus rapide si bien en termes d'acquisition de la technologie qu'en matière de captation des parts de marché. Les champs de compétence étant de plus en plus fragmentés, cette stratégie de développement est d'autant plus justifiée.

 

Il faut donc sans doute relativiser l'importance pour le consommateur des appareils de présérie révolutionnaires, qui mettent du temps à arriver chez les revendeurs, car la finalité est peut-être toute autre...

 

 

Joël Chevassus

Editeur

 

 

Novembre 2016

 

Espèces en danger

 

 

 

 

Chaque fois que je reviens d'une petite balade dans le plat pays, celui de nos cousins Wallons et Flamands, je reviens avec quelques CD et SACD dans ma besace.

Et chaque fois je me dis que les Belges ont bien de la chance d'avoir encore quelques institutions du disque, noir ou irisé, comme la Boite à Musique à Bruxelles ou bien encore Rombaux à Bruges.

 

Ces magasins, ou plus exactement ces vieilles maisons, vraies affaires de famille où la vocation de disquaire s'est perpétuée de génération en génération, sont d'authentiques oasis, essayant tant bien que mal de faire rempart contre l'austérité et l'appauvrissement de la culture musicale. On y trouve tout ce qu'un mélomane peut attendre d'un bon disquaire : des petits labels qualitatifs, des SACD en nombre, une collection d'imports du japon en jazz et classique, un suivi de l'actualité qui n'est pas dicté par les sirènes du marketing mais par le jugement du patron ou des vendeurs.

C'est aussi un sentiment d'humanité devenu trop rare que d'entrer dans un beau magasin où le personnel vous salue et vous souhaite la bienvenue.

Le marché reste néanmoins difficile pour tout le monde, même pour ces disquaires passionnés, et c'est souvent en exerçant une activité complémentaire de vente d'instruments de musique et de partitions que ces petits points de vente réussissent encore à survivre.

 

 

 

 

Nous n'avons malheureusement à Paris plus vraiment d'équivalents de ces disquaires belges si bien fournis. C'est vraiment regrettable, à l'instar de la disparition du Virgin Megastore des Champs Elysées qui fut un des derniers bastions du métier de disquaire généraliste.

Certes, ses dernières années ont été moins glorieuses que ses débuts, temps où l'ouverture jusqu'à minuit permettait au parisien que j'étais de déambuler après une séance de cinéma dans un espace particulièrement attrayant, relaxant, et où il était possible de venir écouter un catalogue de musique classique, jazz, rock et de musique du monde très riche, ainsi que les derniers pressages directement importés du Japon.

Bien sûr, le mouvement vintage permet encore à de nombreuses petites échoppes de surfer sur l'engouement croissant pour le microsillon. Mais pour ceux qui recherchent la qualité de la haute définition, l'aspect pratique, et quand même plus actuel, du format numérique, qu'en est-il vraiment ?

 

Il faut sans doute louer les efforts de certaines Fnac comme celles des Ternes ou celle du passage du Havre à Paris, où il est encore possible d'avoir un échantillon assez représentatif des sorties CD d'une industrie musicale qui ne s'est pourtant pas arrêté de produire.

On peut citer sans doute deux ou trois autres initiatives de petits disquaires indépendants mais loin d'être aussi bien fournis que nos cousins belges et plutôt axés sur le vinyle...

 

 

 

 

Je vous invite donc à visiter ces belles boutiques d'un autre âge, si vous passez à Bruxelles ou bien à Bruges. N'hésitez pas à les contacter également par téléphone car ils sont également outillés pour la vente par correspondance.

 

C'est la responsabilité de chaque mélomane, amateur de musique acoustique et bien enregistrée, d'œuvrer pour la préservation de ces derniers îlots.

Et quand bien même le disque vous coûtera quelques euros supplémentaires, le seul fait de franchir la porte de ces établissements justifie déjà amplement ce surcoût...

 

Les coordonnées de ces disquaires exemplaires sont les suivantes :

 

La Boîte à Musique

Coudenberg 74, 1000 Brussels (Belgium)

Tél : +32 (0)2 513 09 65

http://www.laboiteamusique.eu

 

Rombaux muziekhandel

Malebergplaats 13, 8000 Brugge (Belgium)

Tél : +32 (0)5 033 25 75

http://www.rombaux.be

 

 

Souhaitons donc longue vie à ces deux disquaires !

 

 

 

Joël Chevassus

Editeur

 

 

Septembre 2016

 

Obsolescence programmée

 

 

 

 

C'est une question qu'on peut aujourd'hui valablement se poser dans le cadre de la passion qui nous anime.

 

Le prix des éléments composant une chaîne hifi haut de gamme ne se sont pas vraiment démocratisés ces dernières années, et se construire un beau système reste un investissement pour la majorité d'entre nous. La chaîne hifi n'est par ailleurs pas sous l'emprise d'un foisonnement technologique tel que son obsolescence serait programmée dès sa naissance.

Non, les avancées en la matière sont souvent très modestes et même les médias et formats usuels restent dans l'ensemble globalement les mêmes sur une grande échelle de temps.

 

Et pourtant, le marché de la hifi traditionnelle est de plus en plus un marché de renouvellement : on achète, on revend et on remplace... Cela a d'ailleurs un effet désastreux sur les marges des professionnels du secteur car les clients sont de plus en plus amenés à négocier les prix afin d'éviter de trop perdre à la revente.

Cela pousse les professionnels à naturellement augmenter la valeur faciale de leurs produits, ce afin de prendre en compte ces remises commerciales. On ne peut pas à proprement parler ici de cercle vertueux... Alors obsolescence programmée ? Je préfère en fait le terme d'obsolescence organisée.

 

 

Est-ce l'influence d'une généralisation du jetable sur un marché qui n'y était pourtant pas destiné ? Est-ce le résultat d'une société de consommation éclectique vivant au rythme des soubresauts de la toile internet et du buzz, véritable stimulateur des temps modernes ?

Sans doute un peu des deux, et la responsabilité de cette folie mercantile n'est pas le seul fait des constructeurs, qui se sont adaptés finalement au nouveau mode comportemental d'une bonne partie des consommateurs.

 

Le phénomène n'est pas non plus totalement nouveau puisque certains grands noms de l'électronique avait pris l'habitude de renouveler leurs modèles tous les ans, il y a déjà de cela plusieurs décennies. A l'époque, il s'agissait néanmoins d'occuper le devant de la scène et on pouvait persévérer à redessiner un nouveau préampli sans jamais réussir pour autant à en sortir un qui soit vraiment excitant, mais laissons de côté la libido audiophile...

 

La différence majeure est néanmoins qu'aujourd'hui, c'est la survie de certaines entreprises qui se joue dans cette frénésie du renouvellement. Car si vous ne faites pas le buzz régulièrement, vous devenez tout simplement invisible. On est loin du beau compact Leica qu'on pouvait garder des années tout en prenant le temps de le domestiquer. Car de nos jours, c'est plutôt tout et tout de suite, et si ça ne va pas, on passe à autre chose. Ne vous inquiétez d'ailleurs pas à ce sujet, votre constructeur favori saura vous apporter la solution dont vous rêviez avant de vous proposer un nouveau rêve quelques mois plus tard.

 

 

On peut également se demander quelle frustration engendre cette obsolescence organisée chez l'audiophile. Quoi de plus énervant finalement que de se retrouver avec de l'entrée ou du milieu de gamme, lorsqu'on vient de se payer le nec plus ultra, au prix de nombreux sacrifices sur le budget du ménage, quelques mois auparavant ?

Certains me répondront que c'est d'autant plus frustrant pour le conjoint qui avait d'autres idées en tête que le renouvellement d'un appareil dont l'usure lui semble ô combien prématurée.

 

On peut tout aussi bien se poser la question de la plus-value technologique et fonctionnelle du candidat au remplacement qui est sorti peu de mois après.

Quels travaux de recherche et développement a-t-on bien pu mener dans un temps si limité ? Est-ce que cette frénésie correspond à un souci de faire toujours mieux dans une quête de quasi-perfection ? Mais alors, pourquoi Léonard de Vinci n'a pas vendu une dizaine d'esquisses histoire de se faire la main avant de livrer sa commande de La Joconde ?

 

Toutes ces questions sont bien évidemment légitimes et trouveront sans doute des réponses dictées par le bon sens car ce n'est évidemment pas normal de faire payer au consommateur les tâtonnements (heu pardon, les efforts de recherche et développement) au delà de leur simple intégration dans les coûts de fabrication et de conception d'un appareil censé offrir un minimum garanti de pérennité.

 

La vraie innovation requiert d'ailleurs des efforts sur le long terme et il n'est pas si difficile de faire le tri entre les vrais produits novateurs et ceux qui ne sont qu'une énième resucée de schémas présentés sous une autre livrée.

 

C'est donc un critère, celui de la longévité des modèles dans le catalogue d'un constructeur et de leur "tenue en gamme", qu'il faut prendre en compte lors de la phase d'achat d'un équipement de haute fidélité, car c'est un indice parmi d'autres de la satisfaction sur le long terme, et du rapport qualité-prix.

Financer la campagne marketing d'un constructeur, si prestigieux soit-il, en alimentant le mécanisme du buzz perpétuel, financer le pas de porte dans les beaux quartiers et le train de vie d'une société n'ont jamais servi l'intérêt du consommateur.

Tout le monde l'aura compris et en tirera ses propres conclusions...

 

En attendant, bonne rentrée à tous !   

 

 

Joël Chevassus

 

Juin 2016

 

Haute Fidélité ?

 

 

 

 

L'été arrive et beaucoup vont délaisser les disques, leurs lecteurs numériques, les disques durs et NAS, pour s'intéresser à la cohorte de romans estivaux, supposés remplacer le multimédia domestique le temps des vacances.

 

Aussi, cela m'a donné l'envie de partager avec vous ce que je considère comme l'un des meilleurs livres à emporter sur la plage et dont le thème central pourrait s'apparenter au concept même de haute-fidélité.

 

Il s'agit de "La danse des infidèles" de l'écrivain et journaliste Francis Paudras.

 

Infidèlement fidèle, ou fidèlement infidèle, ce récit dépeint avec beaucoup de talent les contours de la fidélité, et donc aussi ceux de l'infidélité et de la trahison.

La fidélité n'est en tout cas pas un long fleuve tranquille, sans doute un concept assez inaccessible si l'on vise de surcroît non pas la simple fidélité mais la "très haute fidélité".

La haute-fidélité dans ce cas précis, c'est tout d'abord l'émouvante histoire d'amitié entre l'auteur et le pianiste Bud Powell. C'est une vraie histoire, avec de vrais personnages décrits sans fard, et une boite pleine de belles madeleines musicales...

L'infidélité, c'est peut-être aussi celle de Bertrand Tavernier dont la transposition à l'écran du roman n'arrive à mon avis pas à retracer l'émotion sincère et communicative du récit de Francis Paudras.

 

 

 

 

 

Contrairement aux écrits célébrant les génies du classique, "La danse des infidèles" est un roman qui transpire le vécu, qui ne mystifie pas et n'idéalise pas le fantastique pianiste qu'a pu être Bud Powell.

C'est cela aussi la vraie fidélité.

 

On pourrait également qualifier ce roman de version jazz des Misérables, où "Cosette Powell" navigue entre une "Ténardière" et acariâtre compagne, et autres canailles infidèles exploitant son talent, le principal protagoniste étant une proie facile du fait de sa passion immodérée pour la boisson. 

 

L'infidélité, c'est en effet aussi celle à son talent, dévoré bien souvent par les affres de l'alcool. La fidélité, c'est en revanche celle à l'instrument, car cet homme n'a vécu finalement que par et pour le piano. C'est également celle, plus large et plus globale, à la musique et aux musiciens, qui s'exprime au travers de la protection d'une baronne mécène.

Bref, c'est une histoire émouvante et triste. Elle l'est d'autant plus que ce livre est épuisé depuis un certain temps. J'espère que quelqu'un prendra l'initiative un jour de le rééditer, afin d'éviter l'inflation des prix pratiqués sur la toile et les sites de vente en ligne qui profitent de la rareté pour compenser les rabais qu'ils peuvent promettre par ailleurs. Les histoires tristes ne sont-elles pas d'ailleurs les plus belles ?

 

Mais cette thématique de la fidélité relative déborde du simple cadre de ce roman, et s'illustre sans doute chaque jour dans nos vies respectives.

Elle s'illustre aussi particulièrement dans celui de notre rapport au matériel audio haut de gamme, puisque cette frénésie du changement, qui anime bon nombre d'entre nous, peut être comprise comme une certaine infidélité à un matériel qu'on aura renoncé à mettre en œuvre patiemment, afin d'en retirer toute la promesse initiale qu'on s'était faite au moment de son achat...

 

La fidélité, c'est comme dans un couple, c'est quelque chose qu'on construit pas à pas, et qui est source de beaucoup de bonheur fragile, qu'on peut détruire à n'importe quel moment sur un coup de tête. Un système hifi, c'est aussi ça, un projet qui se bâtit lentement sans hâte et qui devient à un moment donné une forme d'aboutissement. C'est dans ce contexte fait de sérénité et de confiance que finalement on se rapproche de la musique, donc de l'essentiel et non plus de l'accessoire.

 

Sur ces mots, je vous souhaite de passer de bonnes vacances d'été, ainsi qu'une bonne lecture à ceux qui auront su dénicher les quelques exemplaires restants de "La danse des infidèles".

 

 

Joël Chevassus

Editeur

 

Avril 2016

 

Leedh E2 Glass

 

 

Il est de plus en plus rare d'être surpris par les nouveautés du marché de la haute fidélité. Cela n'empêche pas pourtant nombre de constructeurs et d'artisans de faire le buzz avec un produit soit-disant révolutionnaire qui brillera au firmament de la toile internet durant un ou deux mois avant de se faire éclipser par un nouveau séisme technologique, tout aussi éphémère.

 

Sur le segment de l'enceinte acoustique, c'est encore plus difficile car le conformisme ambiant et les maigres avancées techniques n'amènent finalement que bien peu d'initiatives significatives. La sophistication des haut-parleurs se paie d'ailleurs à prix prohibitifs chez certains orfèvres du secteur comme Magico ou Kharma. Et que dire de ceux qui se contentent du raffinement si consensuel de la céramique Acuton ? Passons également sur le déchainement des ébénistes et architectes visionnaires qui réinventent à chaque fois la caisse miraculeuse...

 

Cela ne risque en tous cas pas d'arriver à Gilles Milot, puisque ses enceintes n'ont pas d'ébénisterie, et qu'il n'y a pas de place pour y loger des HP céramique OEM...

 

 

 

Avec la création d'Acoustical Beauty et la mise au point des modèles de la marque Leedh C, E et E2, Gilles Milot a vraiment lancé un produit à part, où la recherche et la technique n'entrent pas dans une simple et seule démarche marketing.

L'innovation, lorsqu'elle est poussée à l'extrême peut presque d'ailleurs desservir un produit, si performant fut-il. Car cette volonté d'être « dans le coup », motivation du plus grand nombre, est bien différente d'une envie de marginalisation. Apple et Devialet, même combat : une stratégie de masse avec des produits haut de gamme, permettant de se distinguer mais pas de se singulariser...

 

Choisir de s'équiper en Leedh est une démarche bien différente, centrée sur la performance acoustique d'un objet répondant à un cahier des charges très ambitieux, et capable de s'adapter facilement aux contraintes domestiques de nos habitats modernes.

Aussi aujourd'hui, et en avant première à la prochaine édition du salon de Munich, Gilles Milot présente une exclusivité mondiale, singularisant encore davantage l'enceinte Leedh E2, celle de la membrane de haut-parleur en verre.

 

Ce projet, qui trotte dans la tête d'un des plus ingénieux concepteurs d'enceintes français depuis presque 10 ans, a fini par voir le jour et la nouvelle Leedh E2 Glass sera présentée en Allemagne au Munich High-End (Atrium 4.2 Salle E210) au public du 5 au 8 mai 2016.

 

 

Cela a été un véritable casse-tête que de développer une membrane amorphe en verre d'une épaisseur de 100 microns, qui soit suffisamment solide et résistante. Le processus de fabrication ne peut par ailleurs rester qu'artisanal (contrairement à d'autres matériaux comme le diamant dont le traitement de surface est industrialisé) et aujourd'hui encore, cette enceinte n'existe qu'au stade de prototype.

Le tweeter n'est pas encore équipé de la nouvelle membrane et la fabrication des diaphragmes de médium – grave en verre se fait pour l'instant au compte-goutte.

 

Nous avons pu néanmoins tester chez nous ce nouvel OVNI que nous propose Gilles Milot, et les résultats sont tout simplement époustouflants par rapport au niveau déjà très qualitatif de la version originale E2.

Nous ne pouvons déflorer trop de détails à propos de cette première mondiale (puisque c'est la toute première enceinte de haut de gamme à membranes en verre jamais fabriquée). Mais un banc d'essai devrait suivre très prochainement.

 

Pour ceux qui ont déjà programmé leur périple au temple munichois de la haute fidélité, la présentation des Leedh E Glass est sans doute l'évènement le plus excitant et novateur du salon. A ne manquer sous aucun prétexte !

 

 

Joël Chevassus

Editeur

 

Février 2016

 

Doit-on faire référence au concert ?

 

 

La musique vivante, les concerts, ainsi que la pratique d'un instrument de musique, permettent indéniablement de se forger une idée plus précise de comment doit sonner un instrument acoustique. J'écarte tout de suite les instruments amplifiés puisque leur sonorité est quasiment modulable à l'infini, et donc inapte à servir de référentiel suffisamment fiable.

 

Rien de mieux pour savoir comment doit sonner une guitare sèche que d'aller écouter un spectacle flamenco au Palau de la Musica Catalana à Barcelone, ou plus simplement, de prendre quelques cours de guitare avec un professionnel près de chez vous.

Comment ce son passe à travers le prisme des microphones utilisés pour la prise de son, entre les mailles du filet de la console de mixage, dans le procédé de fabrication du média choisi, c'est une toute autre paire de manches... Mais pourquoi ne pas s'entendre sur le fait que moins on ajoutera de déformations au signal dans le cadre de la reproduction de celui-ci par nos systèmes audio domestiques, et plus on aura de chance de retrouver quelque chose d'assez approchant de ce qu'on a pu entendre au concert ?

 

Le hic, c'est que parmi les audiophiles se réclamant être de ceux qui vont régulièrement étalonner leurs oreilles dans les salles de concert, on trouve quand même pas mal d'individus qui jurent un jour que leur système personnel est éminemment musical et fidèle au concert, et qui, le lendemain, feront l'acquisition d'une machine encore plus spectaculaire qui rendra l'écoute beaucoup plus réaliste qu'elle ne l'était déjà... Si on se donne la peine de dérouler le fil, on arrivera sans doute à la conclusion que le précédent matériel n'était finalement pas si fidèle à la réalité du concert et que leur propriétaire en aura mal jugé. A quoi bon sert alors la référence au concert ?

 

Je pense que la question à se poser est de savoir si on écoute au concert de la même façon qu'on écoute sa chaîne hifi, confortablement installé dans son fauteuil ou son canapé.

Je crois sincèrement que la réponse à cette question ne peut être que négative. L'écoute à la maison est en effet beaucoup plus analytique que celle faite au concert. Et il y a au moins deux raisons pour cela :

 

- Tout d'abord, l'expérience du concert n'est pas seulement auditive mais également visuelle. C'est néanmoins une expérience immersive et non contemplative. Il n'y a pas de sweet spot au concert. On ne traque pas les détails d'ambiance car on baigne dedans.

 

- Par ailleurs, la psychologie d'écoute, ou la fameuse psycho-acoustique, diffère totalement. L'audiophile devant sa chaine hifi se pose consciemment ou inconsciemment la question de savoir si ce qu'il entend est correct ou non. A l'affut de la moindre défaillance ou problème de réglage, il est compliqué de se mettre finalement dans les mêmes prédispositions mentales que celles du concert.

 

 

 

Ce qu'il reste d'un concert, ce sont des émotions, souvent plus des images mentales que des sons. Ces souvenirs sont finalement assez éloignés de ce que peut délivrer notre matériel audio. Ils contribuent plus à former une culture musicale qu'ils n'entraînent l'oreille ou renforcent notre capacité d'analyse.

 

Ces souvenirs sont néanmoins précieux car ils sont uniques et intimes à la fois. Ils sont aussi sélectifs, car c'est davantage la performance musicale qui va les enraciner dans notre mémoire, que la qualité du son, ou d'une acoustique, bien que ces derniers contribuent dans une certaine mesure à l'appréciation globale de la prestation.

Je me souviens par exemple d'une des premières éditions du festival de jazz de la Défense, du temps où la scène faisait face à la Grande Arche et non pas vers l'Arc de Triomphe et sa réverbération catastrophique contre les tours avoisinantes.

J'ai eu la chance d'assister à une des dernières prestations du big band de Dizzy Gillespie (le fameux "All Stars"), avec le fleuron des jazzmen américains. Il y avait beaucoup de musiciens latinos dans cette formation et notamment le grand Arturo Sandoval, qui avait pu quitter Cuba avant de s'expatrier définitivement aux USA.

 

Je me rappelle avec émotion de la puissance des chorus de ce trompettiste. Les notes de Sandoval se réverbéraient sur les parois vitrées des Quatre Temps et du Cnit avec une telle puissance que j'ai eu l'impression que sa trompette allait voler en éclats. Je n'ai plus jamais écouté une trompette jouer si fort.

J'ai entendu pourtant quelques mois après Sandoval dans le cadre plus intimiste du Petit Journal Montparnasse, mais c'était une prestation sans commune mesure avec celle du big band de Dizzy.

 

Qu'est-ce que ces souvenirs m'apportent si ce n'est de savoir que j'ai pu écouter ce musicien merveilleux que j'avais pu découvrir dans le film documentaire « une nuit à la Havane » quelques années auparavant ? Pas grand chose de plus si ce n'est la conviction que cette expérience émotionnelle ne pourra jamais être capturée au sein d'un simple enregistrement audio, quel que soit le média ou support choisi...

 

La référence au concert a donc ses limites. Penser qu'elle est reproductible via un ensemble d'appareils méticuleusement sélectionnés est une réduction très simplificatrice de ces merveilleux instants de bonheur que de nombreuses salles ou d'espaces en plein air sont capables de nous offrir.

Ne faisons donc pas fausse route et continuons ainsi à apprécier ces moments privilégiés durant lesquels nous pouvons écouter en toute quiétude un très bel enregistrement live sur nos chaînes hifi respectives !

 

 

Joël Chevassus

Editeur.

 

 

Janvier 2016

 

Chemins escarpés

 

 

Il est des chemins qui sont moins praticables que d'autres. Ceux-ci ne sont généralement pas balisés, et si escarpés qu'on pourrait même douter d'être sur la bonne voie. Sur ces chemins, peu de choses peuvent nous faire avancer : la certitude d'être déjà passé par là, la foi dans ses aptitudes ou dans son ange gardien, ou bien encore le désespoir...

 

La quête de la Haute Fidélité est un chemin analogue.

 

Les objectifs personnels différent bien évidemment selon les individus, et chacun est libre de choisir sa propre cime. Il faut néanmoins conserver à l'esprit l'échelle des valeurs et garder les pieds sur terre. Après tout, il n'y a qu'un seul K2 dans l'immensité de la chaîne himalayenne, même si on peut atteindre son sommet par plusieurs faces.

 

On n'accède en tout cas pas à ces sommets mythiques en tongs ou avec un entrainement de randonneur du dimanche. La qualité de l'équipement ne dispense pas non plus de l'entrainement ou de l'expérience, et inversement. C'est en quelque sorte une école de la rigueur, le contraire de l'improvisation. C'est aussi l'école du doute, et de l'acceptation qu'on ne contrôle pas tout et que la montagne reste souveraine quoi qu'on puisse faire.

 

C'est sans doute pour ça qu'un système audio, aussi bien mis en œuvre puisse-t-il être, ne donnera pas invariablement le meilleur. Caprices de la fée électricité, fatigue soudaine d'un condensateur chimique, ou bien encore autres phénomènes incontrôlés et incontrôlables...

Si on réfléchit bien, on prend conscience finalement qu'on ne sera jamais tout à fait au sommet. L'arrivée reste une image abstraite.

 

Mais le plus gratifiant n'est-elle pas l'ascension elle-même ? Le simple plaisir de savoir qu'on avance, même si ces acquis ne semblent pas complètement pérennes, apporte parfois plus que la finalité du système, celle de l'écoute de la musique.

 

On fait souvent cette distinction entre mélomane (le côté noble) et audiophile (le côté pervers) dans le domaine qui nous intéresse. Sont-elles pour autant les deux faces d'une même médaille ? Pas si sûr...

On peut très bien écouter beaucoup de musique sur un baladeur ou une mini-chaîne très basique et acquérir une grande érudition musicale. Les audiophiles que je connais sont pour leur grande majorité tout sauf des érudits. Et c'est tout à fait normal car on peut prendre plaisir à écouter de la musique ou du son sans pour autant être un puit de musicologie.

 

L'ascension, c'est aussi cette expérience qui fait qu'au fil des années, lorsque la météo se gâte, on sait où se réfugier. Etant donné la logique combinatoire des différents maillons composant une chaîne de haute fidélité, il est difficile de tout schématiser et prévoir, à l'instar de cette météo de haute montagne qui peut révéler à l'improviste son lot de mauvaises surprises. Il s'agit en fait davantage d'une démarche mixte, à la fois instinctive et cognitive.

 

Alors est-ce que la haute fidélité est pour autant le royaume des sherpas ? Non, il ne faut rien exagérer mais ce que j'aimerais partager, c'est cette nécessaire humilité vis-à-vis des résultats qu'on obtient avec nos systèmes respectifs. Il n'y a pas de vérités fondamentales ou d'évidence dans cette quête audiophile.

 

Dès lors qu'on croît être arrivé, le risque est grand qu'on se soit en fait perdu. Les changements de cap abrupts, les convictions profondes, et le rejet de tout ce qu'on ne comprend pas, tout ce qui nous a fait perdre du temps et de l'argent, nous détournent bien souvent de la cime. Et escalader un sommet par sa voie la plus directe n'est souvent pas la stratégie gagnante.

 

L'humilité, la patience, l'ouverture d'esprit et les leçons tirées des précédents échecs sont les clés pour monter un système qui vous satisfera sur le long terme. Gardez encore à l'esprit que les mauvais appareils sont sans doute moins nombreux que les piètres utilisateurs. Et tout nouveau bouleversement dans un système n'est pas forcément toujours positif.

 

Soyez patients, persévérants, et, en attendant, nous vous souhaitons une excellente année 2016 !

 

Joël Chevassus

Editeur.

 

 

Septembre 2015

 

Jean Nouvel et la Philharmonie

 

 

La société Amadeus, concepteur et fabricant de produits audio professionnels haut de gamme, et Jean Nouvel, sans conteste un des plus importants architectes contemporain français, ont choisi le prochain salon Parisien "Son & Image" pour y dévoiler l'enceinte Philharmonia. Synergie Esoteric se chargera de la distribution et est à l'origine de cette avant première mondiale à Paris.

 

Nous avions entraperçu cette enceinte lors du dernier salon de Munich où celle-ci était exposée en statique, en tant qu' "enceinte-concept", initialement conçue par Amadeus et Jean Nouvel pour les studios de mixage et de mastering de la Philharmonie de Paris. La Philharmonia, qui n'est pas sans rapeller la fameuse Magico Mini, sera pour la toute première fois dévoilée au Grand Public les 17 et 18 octobre prochains (Salon N°12 Missouri, Synergie).

 

La Philharmonia adopte une structure courbe conçue au moyen de 547 strates de bois collées puis assemblées par indexation, offrant une ligne et un volume exclusifs. On n'en attendait pas moins d'un moniteur portant un blason aussi prestigieux que celui de notre salle de concert parisienne de référence. C'est un produit qui se positionne un peu à la croisée des chemins, entre vocation professionnelle, grande technicité, et ambitions affirmées d'attaquer non pas le seul marché des professionnels du son mais aussi le segment de la hifi de luxe...

 

La Philharmonia accueille un transducteur hautes fréquences ‘soft dome’ de 28 mm de diamètre à très faibles pertes diélectriques et à haute conductivité thermique chargé par un pavillon circulaire en bois à exponentielle rapide taillé dans la matière, favorisant un contrôle de la dispersion spatiale quasi-parfait.

La forme courbe de son ébénisterie débouche sur un évent laminaire hybride unique en son genre, à terminaison progressive. Sculpté dans la matière sur toute la hauteur du système, cet évent à très basse vélocité induit une linéarité optimale pour une distorsion minimale.

 

 

 

La technique de construction propre à la Philharmonia favorise la neutralisation les ondes stationnaires, affectant la clarté et la définition des fréquences les plus basses, à travers une structure interne extrêmement complexe réalisée au moyen de panneaux entrecroisés, placés sur deux plans perpendiculaires, chacun formant de multiples résonateurs accordés.

 

Elle permet la réduction drastique de toute éventuelle forme de coloration sonore au moyen de renforts transversaux et longitudinaux entrecroisés. Cette technique propriétaire est pour partie inspirée de la technicité interne des systèmes de ‘main’ monitoring développés par Amadeus et destinés aux professionnels, elle-même découlant de procédés empruntés à la construction aéronautique et notamment à la construction de voilures.

 

La Philharmonia est bi-amplifiée au moyen de deux amplificateurs numériques dédiés à très haute résonance, atteignant un rendement énergétique exceptionnel et délivrant 700 W chacun sous une impédance de 8 Ω. Cette amplification D-Amp propriétaire à fréquence fixe PPM-PWM accueille une alimentation électrique à découpage de très haut rendement.

 

Chaque voie est contrôlée via un puissant processeur de 64 Bits offrant une plage dynamique de 118 dB. Chaque DSP embarqué comprend un module de traitement numérique dédié au pilotage des paramètres fondamentaux du système (égalisation, alignement temporel entre les différentes sections, réglage des limiteurs, protection thermique des transducteurs…).

 

De nombreux ingénieurs du son, et pas des moindres (ayant collaboré avec de nombreux grands artistes comme Philip Glass, Steve Reich, Luciano Berio et les soeurs Labèque entre autres), ont été sollicités pour être parmi les premiers auditeurs - testeurs.

 

C'est donc un évènement assez exceptionnel qui se profile dans les prochaines semaines. Espérons que le résultat sera à la hauteur des espérances malgré les conditions acoustiques difficiles des salons, assez lointaines de celles de la Philharmonie...

Cette initiative valait néanmoins plus qu'une simple news, et nous sommes très heureux et fiers de pouvoir en faire une tête d'affiche, et qui sait, peut-être un futur banc d'essai chez Audiophile Magazine ?

Félicitations aux géniteurs de ce projet enthousiasmant, qui pourra peut être réconcilier les amateurs de produits d'exception et les ardents défenseurs du matériel professionnel...

 

 

 

Joël Chevassus

Editeur.

 

 

Avril 2015

 

Névrose, vous avez dit "névrose" ?

 

 

La névrose audiophile est bien réelle. Et vous qui lisez notre magazine, êtes probablement déjà atteint, à un niveau plus ou moins avancé. Il n'est donc pas utile de vous rappeler que c'est une maladie pernicieuse, susceptible de disparaître un temps, puis de revenir de façon chronique, l'élément déclencheur étant le passage d'un état de satisfaction béat devant votre chaîne hifi à la frustration la plus irritante.

J'aimerais pour une fois rebondir sur un article publié récemment par nos confrères de Stereophile, consultable ici.

 

La frustration est sans doute le trait le plus déprimant de cet intérêt pour le matériel de reproduction sonore. La névrose ne se caractérise néanmoins pas uniquement par un état dépressif mais également par une obsession. Et c'est bien là le problème majeur de cet enthousiasme pour la haute fidélité sonore : ce passage du simple intérêt consumériste à la quête obsédante du mieux-disant sonore. Car il faut bien le reconnaître, le graal en audio n'existe pas davantage que celui poursuivi il y a plusieurs siècles par nos ancêtres en armure.

 

Parfois, cette obsession vient se greffer sur une dérive plus générale, et il n'est pas rare de rencontrer sur cette nouvelle forme de comédie humaine que sont les forums audiophiles des pathologies inquiétantes, la chose sonore devenant un vecteur pour soigner un mal-être plus profond. Mais restons-en là car cet éditorial n'a pas vocation à se transformer en traité de psychologie.

 

Cette névrose audiophile vient finalement à l'encontre de l'idée même du plaisir auditif que sont supposés servir les fameux "objets du délit".

En effet, l'écoute audiophile peut se transformer en analyse d'un résultat acoustique (que celle-ci soit consciente ou inconsciente) en lieu et place de la simple contemplation d'une œuvre musicale... C'est là que la dimension plaisir s'estompe au profit de l'obsession. Cela, tous les audiophiles en sont victimes sans exception à des stades plus ou moins marqués.

 

Les réactions à cette névrose audiophile peuvent d'ailleurs prendre des formes très différentes en fonction des individus.

 

Certains tenteront de peaufiner au maximum leur installation en traquant le dernier accessoire ou gri-gri audiophile disponible et recommandé par les leaders d'opinion qu'on trouve par centaines sur la toile.

 

D'autres trouveront refuge dans l'univers "professionnel" en pensant qu'un ingénieur du son sera forcément de meilleur conseil qu'un amateur éclairé et testeront à n'en plus finir de nouvelles courbes de correction et d'égalisation de la réponse de leurs enceintes dans leur local d'écoute, jusqu'à être perdus devant l'immensité de solutions et d'alternatives qu'offre aujourd'hui la correction digitale.

 

D'autres encore feront valser leur porte-monnaie pour faire se succéder les équipements les plus variés et dispendieux dans leur salon, n'accordant que peu de crédit aux données techniques mais extrêmement confiants dans le plaisir ressenti à l'instant présent, la fameuse fibre du « mélomane », comme si ce terme pouvait revêtir à un quelconque moment une dimension aussi superficielle...

 

Chaque groupe verra dans les autres tout ce qui le désole dans sa propre quête du toujours mieux. Et chacun emploiera contre l'autre les arguments, souvent fondés, qui expliquent tous indépendamment que cette quête est vouée à l'échec..

Mais en fin de compte, qui peut prétendre être sur la bonne voie lorsque l'issue n'existe pas ?

 

Sans doute la meilleure chose qu'on puisse finalement espérer serait d'être conscient de son état, de l'assumer et de prendre ainsi un autre chemin, celui de la rédemption...

 

Mais qu'est-ce que la rédemption d'un audiophile névrosé ?

 

Chacun aura sa réponse ou sa propre solution thérapeutique. Est-ce cependant si compliqué ? Je ne le pense pas...

 

Commencez donc par écouter de la musique. Cela présuppose de laisser de côté les sempiternels disques et morceaux de tests sur lesquels vous vous questionnez régulièrement. Ecoutez de tout, achetez des disques, c'est bien le meilleur hommage que vous puissiez rendre à votre système hifi. Et vous verrez peut-être, je vous le souhaite en tous cas, combien de subtilité et de diversité est capable de reproduire votre propre équipement.

 

Faites un sevrage, laissez votre chaîne éteinte pendant un certain temps, allez écouter la stéréo pourrie de vos voisins, empruntez l'ipod et le dock amplifié de vos enfants. Allez même écouter le système de votre ami qui est resté un peu en retrait derrière vous dans cette grande course à l'équipement.

 

Enfin, balancez une fois pour toute vos CD de test, et arrêtez vos réunions entre audiophiles avertis où chacun vient faire écouter sa dernière trouvaille.

 

Alors rebranchez votre système, et là enfin, avec un peu de recul, on finit par reprendre simplement du plaisir, celui d'une intimité retrouvée avec la musique...

 

 

Joël Chevassus

Editeur.

 

 

Février 2015

 

Peut-on écouter avec autre chose que ses oreilles ?

 

 

La question en fera sourire plus d’un mais la dérision ne m’a jamais fait peur car, dés qu’on s’expose, on doit s’attendre à prendre des coups.

 

Je répondrais bien par la négative mais cela n’empêchera pas beaucoup de passionnés de la reproduction sonore de se focaliser sur des courbes de mesures ou sur des conclusions issues de longs et houleux débats sur les forums d’internet. Ceux-là même accumulent une telle distorsion de jugement qu’ils considèrent le terme audiophile, supposé les caractériser, comme une forme d’insulte, selon quoi cette appellation désignerait une personne trop crédule ou confiante en sa propre perception.

D’autres seront tellement convaincus d’être plus sensibles que la grande majorité à cet art qu’est la musique, qu’ils croiront écouter avant tout avec leur cœur (les fameuses émotions tant recherchées…). Tout le monde a le droit bien heureusement de proclamer son hyper-sensibilité, mais doit-elle être pour autant une forme de justification ou de dénigrement de ceux qui auraient un jugement contraire ?

C’est une attitude d’autant plus critique lorsqu’elle vient d’un revendeur ou d’un fabriquant éclairé par sa passion pour la chose musicale. Le partage d’une passion ne signifie pas pour autant partage de valeurs, de goûts et d’échanges désintéressés. Un vendeur reste un vendeur et son amour sincère ou non de la musique ne changera rien à l’affaire.

 

Les spécialistes de la psycho-acoustique vous diront même que l’oreille n’est finalement pas la seule déterminante de la perception auditive et que chacun entendra ce que son expérience cognitive veut bien lui faire entendre. Cette satanée expérience cognitive peut s’avérer cependant un élément très perturbateur, vu le nombre d’informations auxquelles chacun à accès aujourd’hui.

 

Mais sur quoi en fait nous prononçons-nous dans cette histoire finalement peu simple de l’appréciation d’un matériel de reproduction sonore ?

 

Le résultat que délivre une chaîne « haute fidélité » est issu d’une combinaison de plusieurs éléments ou facteurs. Je pense que sur ce point au moins, tout le monde s’accordera. Ce résultat tout aussi mathématique qu’il puisse être, est néanmoins tellement complexe à modéliser qu’il est impensable qu’on puisse utiliser cette expérience cognitive faite à un moment précis dans un environnement donné comme référentiel généralisable.

 

A quoi se fier alors si ce n’est à nos oreilles ?

 

Est-ce pour le moins pleinement satisfaisant ? Si on en retire du plaisir à cet instant, peut-être que oui. Mais est-ce pour autant une garantie pour demain ou après-demain ? Sans doute pas, mais cela constituera néanmoins un point de départ, le meilleur moyen d’éviter de trop grosses déceptions ou désillusions étant sans doute de rester dans le domaine du raisonnable, qui est encore une notion à définir éminemment variable selon les individus…

 

Aussi, vos oreilles et votre bon sens n’en restent à mon avis pas moins vos meilleurs alliés dans le choix d’un équipement de reproduction audio. Gardons cela à l’esprit et tout deviendra sans doute plus simple à l’heure du choix.

 

 

Joël Chevassus

Editeur.

 

 

Décembre 2014

 

MAGIQUE ?

 

 

J’aime ces samedi matins où le soleil hivernal baigne progressivement les rues de Paris d’une douce clarté et où le flux éthéré de la circulation permet de profiter de la ballade. Samedi dernier était une de ces belles journées où certains militants auraient presque pu se rendre aux urnes, plutôt que de rester tristement enfermés chez eux devant leur écran d’ordinateur, à pester contre les lenteurs d’internet.

 

Ces magnifiques couleurs hivernales se sont parées ce samedi 29 novembre 2014 d’une empreinte toute mélodieuse, puisque le patron de Sound & Colours avait organisé dans ses nouveaux locaux de la rue des Filles du Calvaire une (presque) première mondiale avec la présentation des nouvelles M Project de chez Magico !

A cette occasion, le fondateur et designer de Magico, Alon Wolf, s’était déplacé pour témoigner que les frenchies ne sont finalement pas des petits joueurs, avec déjà deux paires acquises sur les cinquante fabriquées, série limitée oblige. Du coup, Guy Boselli nous a réservé la primeur de l’écoute des belles américaines, et ce au grand dam de nos cousins d’outre-Atlantique, et aficionados de la marque, qui passeront après les européens!

Rendons néanmoins à Julio Cesare ce qui lui appartient en précisant que les milanais avaient ouvert le bal quelques jours auparavant…

 

 

 

C’est aussi dans un cadre convivial que j’ai pu assister à la démonstration de la série limitée M Project, supposée illustrer le savoir-faire de la marque américaine en matière de technologie et R&D. Je tiens à remercier Guy Boselli et Alon Wolf pour leur accueil chaleureux. Le suisse Soulution était également de la partie avec les deux blocs monophoniques 701 et le préampli de la même marque, la lecture numérique étant confiée au lecteur CD Origine de Néodio.

 

D’autres enceintes Magico étaient par ailleurs disponibles à l’écoute, au premier étage du magasin, afin de donner une idée plus complète aux visiteurs de ce que propose Magico. Je me suis néanmoins concentré sur les stars du jour, à savoir les fameuses M Project.

 

 

Reconnaissons tout de suite que certaines marques d’enceintes ne vous laissent pas insensible, alors que d’autres se font oublier assez rapidement. Et si quand j’écoute une grosse Wilson Audio, il me vient tout de suite à l’esprit ce concept très américain de « slam », chaque fois que j’ai écouté une Magico, j’ai ressenti cette impression « d’incarnation », certes à des degrés différents, en fonction des modèles.

 

Le point d’orgue de mon expérience auditive a sans doute été l’écoute des anciennes M5 qui offraient un son d’une densité ahurissante pour rendre les musiciens et leurs instruments presque palpables… Cette saturation du son qui appartient dans mon esprit aux enceintes conçues par Alon Wolf peut même parfois devenir oppressante tellement l’illusion est hors du commun. Je ferais l’analogie avec les dires d’un de mes amis qui adorait sa Porsche 911 Turbo S mais qui ne la prenait pas pour de long trajets tellement il ressortait de cette « super-car » avec le dos en compote.

 

Depuis, les modèles de la firme de Stuttgart sont devenus plus civilisés, et j’ai bien l’impression qu’il en est de même pour Magico. J’attire néanmoins votre attention sur le fait que plus civilisé ne veut pas dire pour autant moins performant !

 

 

Les nouvelles M Project embarquent aussi une nouvelle génération de haut-parleurs, dont un superbe tweeter, ainsi qu’une nouvelle typologie de cabinet qui, grâce à son exosquelette d’aluminium sophistiqué et ses renforts en fibre de carbone, réduit encore davantage le recours à l’amortissement interne.

 

Le nouveau tweeter Magico est un dôme à géométrie optimisée et réalisé à partir d’une combinaison béryllium - diamant. Ce choix ambitieux permet d’alléger la masse de la membrane, et d’augmenter également la surface émissive (28 mm vs 26 précédemment) tout en gardant la finesse de résolution du diamant, ce qui en fait au final un tweeter encore plus performant et dont la plage de fonctionnement serait comprise entre 2 kHz et 80 kHz, dixit Alon Wolf !

Cela s’entend et la cohérence de ces nouveaux protagonistes de la scène « high-end » est pour ainsi dire impressionnante, le tweeter revendiquant le niveau de distorsion le plus faible du marché.

 

Le haut-parleur de médium et les trois woofers ont également participé à cette cure d’amaigrissement grâce à un type de carbone encore plus performant et résistant, utilisé pour la réalisation d'aéronefs haut de gamme. Le médium utilise un moteur néodyme en configuration bobine courte, constitué d’un aimant extra-large et d’un aimant de stabilisation qui concrétisent un champ magnétique de 1,7 Tesla pour un vide ventilé de 15 mm : la bobine en titane est ainsi parfaitement ventilée.

Les trois woofers Nano -Tec sont également nouveaux et permettent d’obtenir une réponse à 120 dB – 50 Hz d’une propreté exceptionnelle, en offrant une inductance particulièrement basse (inférieure à < 0,15 mH).

 

Si on résume très succinctement les évolutions qu’ont subies les nouvelles M par rapport aux séries Q et S, on pourra dire que les enceintes ont gagné à la fois en légèreté, rigidité et tenue en puissance, pour un rendement très honorable de 91 dB et une impédance minimum de 3,7 Ohms.

 

 

A l’écoute, j’ai eu nettement l’impression que cela impactait l’aération globale de l’enceinte et ses aptitudes dynamiques. Ces nouvelles Magico me semblent en effet bénéficier d’une plus grande ouverture par rapport aux modèles précédents.

 

La scène sonore s’étend très naturellement autour des enceintes tout en conservant ce silence de fonctionnement et cette noirceur de l’arrière plan, qui vous donnent la sensation de présence accrue et de grande proximité. Cette incarnation de la musique me semble ainsi toujours être la caractéristique des produits de la marque, mais cette fois-ci avec davantage de fluidité et de rapidité.

 

On ne peut bien sûr pas tirer de conclusions définitives après une écoute si brève dans un environnement différent de celui dans lequel on vit au quotidien. Les très désirables blocs monophoniques Soulution ne sont sans doute pas non plus étrangers à l’excellent résultat délivré ce samedi. Néanmoins, ce que j’ai pu entrevoir durant cette matinée passée chez Présence Audio Conseil m’a paru tout simplement exceptionnel. Difficile en effet pour moi de trouver un point critiquable à part le prix très exclusif de ces enceintes.

Alon Wolf a pointé à mon avis dans la bonne direction pour trouver un équilibre très proche de la perfection. Ces enceintes sont magiques d’un extrême à l’autre de la bande passante.

 

Je ne me fais donc pas de souci pour les quelques chanceux qui pourront se permettre de débourser 149.000 euros pour acquérir une paire de M Project : ils devraient passer un noël féérique !

 

 

Joël Chevassus

Editeur

 

Octobre 2014

 

POURQUOI DEUX SALONS A PARIS ?

 

 

Pourquoi deux salons à Paris ?

 

L'hexagone ne représente pas un potentiel de ventes très important pour les fabricants de matériel audio haut de gamme. A côté de ce que l'on peut voir chez nos voisins allemands ou italiens, le marché français est finalement peu dynamique. Le même constat peut être établi en ce qui concerne la presse spécialisée papier dont le lectorat diminue inexorablement au fil des ans.

 

Alors pourquoi tenir deux salons dédiés à la Haute Fidélité entre octobre et novembre chaque année alors qu'un seul serait sans doute plus adapté ?

 - Parce que deux organisations rivales veulent préserver chacune leur source de profit ?

C'en est sans doute la principale raison, renforcée peut être par une camaraderie et un esprit de clocher bien français qui animent les exposants et les organisateurs...

Mais quelle est la pérennité de cette dualité parisienne ? Certains participants historiques ont depuis quelques temps décidé de ne participer à aucune des deux manifestations automnales. Les retombées économiques pour ceux-là sont jugées comme quasi nulles et l'infrastructure logistique vraiment médiocre. La crise et la morosité actuelle n'aident bien sûr pas à faire augmenter le nombre de visiteurs. Et les points de ventes manquent cruellement de place pour permettre à de nouveaux intervenants de se faire référencer...

 

Reste alors l'animation d'un marché déjà bien atone, seule raison encore valable pour certains d'être présents lors de ces manifestations. Est-ce suffisant ? Sans doute pas. Mais lorsqu'il n'y aura plus de salon professionnel de l'audio haut de gamme à Paris, que restera-t-'il donc du réseau de distribution ? Peut-être pas grand chose de moins, mais cela sera indubitablement un signe que ce marché est condamné à rester moribond.

 

C'est donc aussi une responsabilité des fabricants et des distributeurs que de continuer à soutenir financièrement une représentation, et par ailleurs la presse spécialisée, puisque celle-ci est partie prenante dans ces manifestations.

Et même si une seule manifestation mieux organisée et de plus grande ampleur est souhaitable, pour pouvoir espérer un nouvel essor du marché de la hifi français, il convient de soutenir les initiatives existant aujourd'hui.

 

Nous adressons donc nos plus sincères encouragements aux acteurs qui ont décidé d'épauler coûte que coûte ces initiatives et en profitons pour rappeler les prochaines dates des salons 2014, en espérant y voir le plus grand nombre !

 

Salon hifi & Home cinéma au Novotel Paris Tour Eiffel, les 18 et 19 octobre 2014.

http://www.sonimage.com/salon-hifi-home-cinema/

 

Salon Haute Fidélité au Marriott Paris Rive Gauche, les 15 et 16 novembre 2014.

http://www.hautefidelite-hifi.com/index.php/salon

 

 

Joël Chevassus

Editeur

 

 

Septembre 2014

PLAIDOYER POUR UNE LOGIQUE DE DISTRIBUTION.

 

La rentrée est une période propice à la consommation. Même s’il faut bien faire ses comptes après des vacances où on a généralement lâché les brides du porte-monnaie, la rentrée reste synonyme de renouveau, et pas uniquement en ce qui concerne les fournitures scolaires. 

 

La haute fidélité n’est certainement pas le budget premier de tout un chacun, mais, en septembre, les boutiquiers rouvrent leurs portes et on commence à préparer dores et déjà la saison de Noël. Tout va finalement très vite et la course à l’armement des aficionados de beau son reprend un nouveau départ après une longue pause estivale…

Vous êtes-vous cependant déjà interrogé sur la valeur réelle de ce type d’achat ? Très certainement, beaucoup y auront déjà pensé car cette dépense est tout sauf anodine. Certains penseront aux coûts de revient de la fabrication d’un tel équipement. D’autres penseront en termes de prestation globale, c’est-à-dire de service rendu au consommateur grâce notamment à une logistique de distribution cohérente vis-à-vis du prix demandé pour tel objet. On pourra tout aussi comparer les performances d’un produit par rapport à ses concurrents directs. Enfin, une tranche, de plus en plus nombreuse, consciente du côté éphémère de l’objet en relation directe avec la frénésie d’essais et remplacements commune aux vrais passionnés, pensera également en valeur de revente.

 

Les possibilités d’achat de matériel sont par ailleurs aujourd’hui très nombreuses : on peut acheter auprès du réseau des revendeurs traditionnels, mais ont peut aussi s’approvisionner directement chez des fabricants privilégiant la vente en directe. On peut enfin acheter également sur le marché de la seconde main, marché qui fleurit chaque jour un peu plus via une pléthore de sites web généralistes ou spécialistes.  Bref, il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. Cette diversité serait sans doute une très bonne chose si quelques grains de sable n’étaient pas venus se glisser dans les rouages de cette petite industrie, dont on ne sait pas toujours bien si  elle produit des biens de consommation ou de purs objets de luxe…

 

En effet, la pluralité ne dispense pas tout professionnel de recourir à une stratégie de distribution cohérente. Et comme dans tous les marchés de niche, les frais de distribution ou de commercialisation sont des charges très élevées, représentant parfois plus de 50% du prix de vente final d’un produit. On comprend ainsi la motivation de quelques fabricants pour vendre en direct et éviter de tomber dans l’engrenage des coefficients multiplicateurs et des hausses de prix. Le seul souci reste néanmoins pour ces acteurs de se faire connaître puisqu’ils ont refusé le choix de la proximité. Reste alors à adopter une politique de communication efficace qui démarre du bouche à oreille en passant par le « marketing viral » mené par certaines égéries éphémères de forums spécialistes jusqu’au banc d’essai sur les supports comme le notre puisqu’il est plus aisé de rediriger ainsi les clients potentiels vers un site marchand mettant directement le producteur en relation avec le consommateur.

 

 

 

Cet exercice a d’ailleurs ses limites puisque les fabricants eux-mêmes, qui sont majoritairement des artisans et non des industriels, confèrent à leurs propres produits une valeur souvent issue de la comparaison avec des produits concurrents distribués dans des réseaux structurés. Cela conduit d’ailleurs bien souvent à des politiques de marges abusives proportionnelles au développement du propre ego des artisans créateurs, les champions en la matière étant sans doute les fabricants de câbles…

 

Parmi ces câbliers, nombreux sont ceux qui utilisent le bouche-à-oreille, certains interviennent sur les forums de discussion afin d’aborder discrètement quelques clients potentiels, quelques autres ciblent des actions de vente directe en véhiculant leur offre commerciale sur des sites de petites annonces. Enfin, ceux qui n’ont pas choisis ces biais détournés optent pour la voie de la distribution dans les réseaux classiques, dès lors que leur réputation leur permet d’envisager une autre échelle de développement. Mais quelle que soit la stratégie choisie par les fabricants de câbles audio, soyez assurés que le prix public de vente est sans rapport aucun avec le coût de fabrication et même avec le coût de commercialisation. Sommes-nous prêts pour autant à s’arrêter à ce seul paradoxe ?

 

Non, rassurez-vous le marché de la hifi, et des câbles plus particulièrement, regorge d’inventivité et n’est pas à un paradoxe prêt.

 

A quoi bon en effet miser sur un seul tableau, au regard de l’étroitesse de ce marché de niche qu’est la hifi et celui des câble haut de gamme ? Certains fabricants se sont ainsi vus pris la main dans le sac à vendre en même temps :

  • au travers d’un réseau de distributeurs eux-mêmes approvisionnant des points de ventes spécialisés,
  • directement au client final via des promotions sur des sites de petites annonces orchestrées par des distributeurs complices,
  • par contact direct avec les consommateurs qui n’ont pas hésité à les contacter.

 

 C’est le cas notamment de certains manufacturiers américains comme Rick Schultz, qui après avoir fait banqueroute avec son ancienne société Virtual Dynamics, réitère avec High Fidelity Cables dont nous avons testé les produits il y a quelques temps sur Audiophile Magazine. Ces câbles qui sont au demeurant de très bons produits et que j’ai personnellement recommandés, sont revendus via un importateur dont nous tairons le nom.  Ce dernier a peu de scrupules à vendre en direct au consommateur en partant d’un tarif qui serait celui que destinerait normalement le détaillant au client final. Bref, on saute un étage en essayant de sauvegarder toute la marge, même si on en rétrocède une partie au passage, quoi de plus humain finalement… Mais le meilleur est à venir car certains distributeurs n’hésitent pas à brader les prix de façon déraisonnable sur les sites webs marchands pour arriver à des écarts de prix constatés sur une paire de câbles HP de quasiment 1 à 4 ! Il s'agit il est vrai de promotions organisées sur des articles de démonstration. Mais quelle est vraiment la différence entre un câble neuf et un autre à peine sorti de son emballage ?

 

 

 

Que va dire alors le client à son revendeur lorsqu’il va voir une paire similaire à la sienne vendue quatre fois moins cher ? Cela semble malheureusement le dernier souci de Mr Schultz, du moment qu’il écoule sa marchandise…

Lui-même, interrogé à propos des incohérences de son système de distribution, a répondu en effet qu’il était plus avantageux de lui acheter en direct (*)…  Bref, on nage dans l’irrationalité la plus complète et que peuvent donc faire les revendeurs traditionnels dès lors qu’ils sont confrontés à de tels écarts de prix ? Continuer à démontrer des produits et recevoir des clients pour que ces derniers aillent faire leurs emplettes sur des sites de petites annonces comme Audiogon.com ou Audio-markt.de ? Qui ne s’est pas plaint une fois de l’accueil peu avenant d’un gérant de magasin de hifi ? Vous comprendrez pourtant qu’il faut avoir les reins solides et une motivation à toute épreuve pour continuer à exercer une telle activité dans pareil contexte… Et le cas de Rick Schultz (High Fidelity Cables) est loin d’être un cas isolé...

 

Je ne saurais donc vous inciter qu’à observer une grande prudence au moment de l’achat d’un matériel neuf. Regardez les petites annonces pour vérifier la valeur à la revente du matériel que vous envisagez d’acheter où que ce soit… en effet, le prix des biens vendus en seconde main, dans  un contexte où les remises défient toute concurrence, sont généralement assez proches des conditions initiales d’achat et il n’y a pas de raison d’acheter une paire de câbles, si bonne soit-elle, quatre fois le prix que le fabricant pourrait concéder à ses clients en direct.

 

N’oubliez pas non plus que ces intervenants, qui ne respectent même pas leur propre réseau de distribution, n’ont pas de raison de respecter leurs engagements après-vente et d’assurer une prestation de SAV correcte...

 

Pour finir sur une touche optimiste, et pour redonner une image positive de l’artisanat de la haute fidélité, je terminerai en saluant tous les petits concepteurs d’électroniques et d’enceintes, ainsi également que les importateurs présents dans l’hexagone qui continuent de respecter les règles du jeu en travaillant exclusivement avec leur réseau de revendeurs.  Il ne tient qu’à  nous consommateurs  d’être vigilants au moment de l’achat en regardant précisément quel type de prestation nous payons…

 

(*) prix accordés d'après lui uniquement à des professionnels

 

 

Joël Chevassus

Editeur

Mai 2014

LUXE ET CONCENTRATION

 

On a parfois du mal à cerner le secteur d’activité que représentent les fabricants d’appareils de Haute Fidélité. On pourrait de prime abord classer ces constructeurs dans la même catégorie des manufacturiers d’équipement vidéo. En effet, le son et l’image semblent, à notre époque du tout virtuel, une association des plus logiques et complémentaires.

On pourrait par ailleurs classer ces biens de consommation dans la grande famille des produits techniques de loisirs, au même titre que la photographie car, après tout, ils servent une discipline technique qui répond tout autant à des besoins professionnels que de divertissement pour amateurs avertis.

 

Qu’on retienne l’une ou l’autre des ces catégories, les enjeux économiques semblent pourtant en avoir décidé autrement. Si l’on prend un peu de recul, le secteur de la Haute Fidélité est devenu aujourd’hui encore plus fragmenté qu’il ne l’était hier, et les acteurs sont tellement nombreux, au regard d’un marché de niche qui a quasiment déserté les rayons des grands magasins spécialisés, qu’on peut se poser sérieusement la question de la pérennité de cette industrie… La mondialisation et l’internet expliquent sans doute en partie ce constat. Et il n’y a qu’à voir la liste d’exposants du salon de Munich pour se rendre compte de la multitude d’intervenants sur un marché devenu pourtant étranger pour la grande majorité des ménages.

 

En effet, qui sait encore aujourd’hui ce qu’est la hifi ? Elle est devenue un terme générique qu’on assimile au son dans son ensemble, et plus concrètement, au quotidien pour le plus grand nombre, à une enceinte active numérique sur laquelle on connecte son baladeur ou son téléphone. C’est là que les poids lourds de l’électronique mondiale de loisirs ont investi et occupent dorénavant la première place dans le salon de monsieur et madame tout-le-monde. Le seul concept d’un appareil analogique fonctionnant encore avec des câbles semble aujourd’hui complètement archaïque pour les jeunes générations.

 

Coincé alors dans cet étau, où la demande se réduit à peau de chagrin et où l’offre ne cesse de se diversifier, que faut-il faire pour que ce secteur d’activité continue d’exister?

 

L’économie dicte ses lois et la réponse semble évidente : augmenter les marges en se positionnant sur le créneau des produits de luxe, et se concentrer en fusionnant ou en absorbant d’autres acteurs. On entre alors dans un monde assez éloigné d’une ancienne réalité où le petit artisan représentait encore la grande majorité des intervenants. Mais aujourd’hui, y a-t-il encore une place pour des Jean-Marie Reynaud ou des Pascal Louvet ? Même s’il faut de tout pour faire un monde, l’économie se mondialise, les circuits de distribution évoluent, et les règles de la compétition se durcissent…

 

 

 

Le dernier exemple en date, et sans doute le plus criant, est celui de Fine Sounds. Le fond d’investissement Italien Quadrivio vient de désinvestir en lançant un LMBO (Leverage Management Buy Out) avec l’appui de deux fonds de private equity (LBO France et Yarpa).

Le management, sous l’impulsion de son patron charismatique, Mauro Grange, sorte de Bernard Arnault Transalpin, va reprendre le contrôle du capital d’un conglomérat récent, regroupant déjà d’importants fleurons de l’histoire de la Haute Fidélité (Sonus faber, Audio Research, Wadia et McIntosh) et comptant 270 employés. La fusion de Fine Sounds avec McIntosh permet aujourd’hui de redéfinir une politique de croissance ambitieuse dans le domaine des produits audio de luxe.


A ceux qui croyaient qu’il n’y avait plus beaucoup d’argent à brasser dans cette industrie, le pari semble osé. Mais compte tenu du contexte actuel, la stratégie de Mauro Grange est sans doute celle qui semble la plus adaptée. Les classes moyennes ont en effet de moins en moins les moyens d’acquérir ce genre de produits et les nouveaux riches sont de plus en plus nombreux de par le monde…


Depuis que les financiers ont pris le contrôle du manufacturier d’enceintes Italien le plus célèbre, le développement du très haut de gamme est devenu par ailleurs une priorité. Le culte de la marque est aussi un axe fondamental de la stratégie d’ancrage dans le domaine du luxe, et cela explique les choix de Fine Sounds en matière de croissance externe. Le culte de l’apparence (lifestyle) et du design est aussi un axe de développement.

 

 

A quoi bon alors organiser des bancs d’essais d’appareils dont la valeur échappe pour bonne part au domaine quantitatif et mesurable ?

 

Peut-on comparer en toute objectivité un château Latour à un château Pétrus ? Ou bien une Bréguet à une Patek Philip ? Je crois finalement que notre confrère Ken Kessler qui s’adonne aux deux exercices (hifi et horlogerie), est finalement le plus visionnaire d’entre nous tous. A quoi servent d’ailleurs aujourd’hui les mesures puisque bon nombre de nos confrères, nous-mêmes en premier, sommes dépourvus de moyens techniques suffisamment fiables pour en sortir des indicateurs pertinents ?

 

Le panel très large de paramètres rend par ailleurs l’appréciation d’un appareil subjective, quoi qu’on veuille en dire.

La complexité elle-même d’un système hifi réside aussi dans ses nombreux maillons qui rendent l’alchimie plus ou moins efficiente, sans parler de l’environnement acoustique où il réside. Raison de plus sans doute pour laisser les mesures de côté…

 

Je crois pourtant qu’il est possible de discerner le potentiel d’un appareil, c’est-à-dire le type d’environnement dans lequel il s’épanouira, en prenant le temps de vivre avec sur un laps de temps suffisamment long. Et c’est essentiellement ce à quoi nous nous attachons au sein de la rédaction d’Audiophile Magazine.


Mais est-ce que cela donnera pour autant une indication de la valeur intrinsèque d’un appareil ? Certainement pas, affirmer le contraire serait d’ailleurs présomptueux et la preuve d’un manque complet de discernement.

Mais une expérience suffisamment approfondie pourra être le début d’une piste, un éclairage parmi d’autres possibles, voire débouchera sur des conseils d’association entre différents maillons qui pourront s’avérer complémentaires...


Au-delà du glamour Transalpin, et à tout niveau de budget, un beau produit est capable du pire comme du meilleur et l’art de la mise en œuvre d’un système dans sa globalité reste un facteur de succès primordial. Attachons-nous donc à souligner encore et encore l’importance du système dans sa globalité, soyons conscients qu’un même résultat peut être obtenu en empruntant des chemins différents, et que le luxe reste l’essence même du superflu… Les vérités ne sont pas toutes bonnes à dire surtout lorsqu’elle ne peuvent pas être démontrées.

 

 

Joël Chevassus

Editeur

Mars 2014

QUEL BUSINESS MODEL POUR LA MUSIQUE ENREGISTREE?

Il est de bon ton de rire des éditeurs qui se plaignent et pleurent de voir leurs chiffres d'affaires et leurs bénéfices s'écrouler d'année en année. Il est vrai que tant d'argent a été gagné que pleurer la bouche encore pleine a du mal à émouvoir.

Mais nous pleurerions sans doute à leurs côtés si de trop nombreux labels de qualité venaient à disparaitre et ou si un peu plus encore de prises de son et mastering étaient bâclés.

Mais les chiffres sont là, de 1,3 milliards d'euros de chiffres d'affaire en France en 2002, on est passé à 493 millions d'euros en 2013, et à l'échelle mondiale, on est passé de 38 milliards de dollars à 16.5 milliard en 2012.

 

Pour essayer d'éclairer ce sujet, c'est chez Statista (entreprise de statisques) que je suis allé chercher des informations. Certaines sont suffisamment surprenantes et très peu diffusées pour qu'elles m'aient semblé mériter un Editorial sur Audiophile-Magazine. Ces statistiques ne concernent que les Etats Unis, mais ce marché me paraît suffisamment représentatif pour en tirer une idée globale pas trop erronée.

 

La première de ces informations concerne le piratage, le Mal Absolu, disent les maisons de disque.

Cependant, rien ne prouve que ceux qui piratent de la musique sur internet dépenseraient beaucoup plus d'argent pour de la musique... s'ils ne pirataient pas.

Peut-être bien plus étonnant, les pirates sont ceux qui dépensent le plus d'argent pour acheter de la musique comme le montre ce graphique. Autrement dit, les pirates font aussi partie des meilleurs clients...

 

Mais il faut bien reconnaitre que le piratage est devenu gigantesque en nombre d'albums, la généralisation de l'internet haut débit facilitant sans aucun doute les échanges P2P:

97 millions d'albums piratés contre 57 millions d'albums vendus aux USA sur le premier semestre 2012.

 

D'un autre côté, les éditeurs ne réagissent peut-être pas toujours de la manière adéquate. Le Streaming pourrait être une manière de satisfaire les boulimiques du téléchargement illégal. Mais Spotify et et Pandora (les chiffres de Qobuz pour ce qui concerne notre hexagone ne sont pas disponibles) ne sont pas profitables avec des pertes qui croissent proportionnellement à leur chiffre d'affaires, traduisez: plus ils vendent, plus il perdent de l'argent. Même si ces deux compagnies n'ont pas le même business model, leur principal problème est de devoir reverser entre 55 et 70% de leur chiffre d'affaires aux éditeurs.

Les éditeurs devraient être concernés au premier chef par le succès commercial autant du streaming que du téléchargement (légal). Mais baisser drastiquement le montant des royalties qu'ils demandent à leurs "vendeurs", va sans doute leur demander de fortes restructurations internes, les compagnies qui gagnent beaucoup d'argent, quel que soit le domaine, prennent de très mauvaises habitudes, dépenser sans compter et avoir des frais de structure (bureaux, publicité, administration, gestion, etc) disproportionnés.

 

Que cela plaise ou pas, la fin du CD est inscrite dans cette réalité implacable des chiffres. Ce ne sera sas doute pas une fin définitive, de la même manière qu'il continue à se fabriquer et se vendre des Vinyles.

Pourquoi? Parce que la seule chose qui soit en augmentation depuis plusieurs années, c'est la proportion de musique "dématérialisée" (digital music en anglais). Et dans un univers où la croissance est la seule chance de survie...

Les unités de pressage de CD ferment les unes après les autres. L'unité de production de Forbach en France produisait 55 millions de CD  au début des années 2000, en 2011 la production est tombée à 15 millions, elle a fermé en 2012.

Alors quelles pistes?


Les éditeurs doivent certainement donner les moyens de réussir aux entreprises de musique dématérialisée, que cela soit du streaming ou du téléchargement. Et cela passe à la fois par leurs propres restructurations et une baisse importante des redevances qu'ils demandent.

 

Dans ce contexte, la sortie du BluRay audio me semble une douce plaisanterie, et je me demande bien sur quelle analyse de marché cette "invention" (qui ne fait que compiler sur un support matériel des formats HD existant par ailleurs) a été décidée!!

Les quelques courbes et chiffres donnés ici sont publics depuis belle lurette. Quant à la proportion de systèmes disposant d'un lecteur BluRay en source et capables de tirer partie de la HD, elle doit être très proche de 0. Faire croire au public qu'un disque BluRay audio sur un lecteur à 50€ va permettre de transcender leur système s'apparente à la vente de sirop Typhon.

 

Restructurer, diminuer les coûts internes, diminuer les prix, être un minimum sérieux et professionnel sur les technologies et les analyses de marché, comprendre le comportement des clients et des pirates qui se trouvent accessoirement faire partie des meilleurs clients, finalement rien de très original par rapport aux autres industries en période de difficultés et de transition.

 

 

Thierry Nkaoua

Audiophile Mag

Janvier 2014 : Bonne année à tous !

EDITO

 

Pourquoi ne pas profiter de ce début d'année pour faire un état des lieux du marché Français de la Haute Fidélité ?

 

2013 n'a pas été encore une fois une année bien brillante, et 2014 ne s'annonce pas non plus sous les meilleurs auspices.

Les prix n'ont pas vraiment baissé, les clients sont toujours de moins en moins nombreux, et les produits distribués sont dans l'ensemble peu en phase avec les attentes du plus grand nombre.

Plusieurs points noirs viennent ternir le tableau. A l'échelle de notre petit marché national, je citerais en premier chef la raréfaction des points de vente. La décision de la Fnac de fermer ses « Espaces Passions » et de mettre fin à la distribution de produits Haute Fidélité est un fait significatif. Le faible taux de rotation des produits exposés dans les auditoriums de fortune de cette grande enseigne nationale a motivé ce coup d'arrêt brutal. Certes, on peut se demander s'il fallait vendre des systèmes entre 5.000 et 10.000 euros comme on vend des téléviseurs, sans prendre la peine de les mettre en œuvre correctement et sans organiser de réelles démonstrations. Mais la Fnac constituait néanmoins un des rares bastions où le grand public pouvait encore avoir accès à de tels produits. Qu'en est-il alors du réseau des petits revendeurs traditionnels ? Les enseignes sont de moins en moins visibles, certains ferment, d'autres fusionnent, d'autres s'exilent sur la toile avec plus ou moins de bonheur...

 

Il existe finalement peu de marchés où les produits sont aussi distants des consommateurs potentiels.

Conséquence et cause de cela, les prix sont toujours complètement irréalistes pour la grande majorité. Il suffit de parler un peu avec son entourage direct du budget que l'audiophile moyen dédie à son installation pour créer l'étonnement. Et, revenons sur terre, cela est une réaction tout à fait normale. Qu'est-ce qui justifie par exemple qu'une enceinte de prestige comme la Focal Grande Utopia puisse se vendre 130.000 euros ? Croyez-vous qu'il y ait plus de technologie et de composants dans cette paire d'enceintes que dans une voiture vendue au même prix ? Il y en a sans doute 20 fois moins. C'est bien là le problème fondamental de ce marché, l'aberration des prix, la promotion inexistante, l'inadéquation du produit lui-même avec les attentes du marché et des circuits de distribution déficients.

 

Une des premières choses qu'on vous apprend dans les grandes écoles de commerce, c'est bien la règle d'or des 4P du marketing mix : product, promotion, price & place... Plus clairement, si vous voulez une stratégie commerciale gagnante, il faut réunir un produit en adéquation avec les attentes du marché (product), une politique de promotion efficace (promotion), un prix (price) bien positionné et un circuit de distribution (place) qui tient la route... Notre petit marché audiophile se trouve donc à des années lumières de tout espoir de réussite commerciale, soyons-en conscients.

Vous me direz ça sent le sapin... et bien oui, sans doute, et cela serait peut-être une bonne chose qu'un certain nombre d'intervenants disparaissent à terme pour concentrer davantage la production entre de plus gros acteurs et pouvoir ainsi obtenir des prix plus compétitifs.

C'est déjà le cas dans pas mal de pays européens où le marché est passé en partie sur ebay ou chez les importateurs qui vendent en direct. Même en France, ne nous voilons pas la face, certains acteurs commencent à importer et vendre directement au consommateur. Cela a eu un sensible impact sur les prix mais est-ce bien réaliste de vendre des enceintes coûtant plusieurs milliers d'euros sur ebay ?

Finalement, le déclin du commerce de détail ne serait-il pas aussi responsable de ce marasme ?

 

Travailler sur la qualité de la prestation, réorienter les produits vers les attentes des consommateurs, ne pas mésestimer les produits d'entrée de gamme, créer des points de ventes suffisamment grands et visibles pour compenser la baisse des marges unitaires par les volumes (à l'instar des grands magasins spécialisés Japonais)... Voilà sans doute quelques pistes à suivre pour que ce marché puisse rebondir à moyen terme.

Car enfin, il faut reconnaître que sans stratégie valide, le marché court à sa perte. La stratégie, c'est le nerf de la guerre, et certaines initiatives hexagonales comme celle initiée par les frères Dubreuil avec Atoll, sont des exemples à suivre : prix modérés, présentation audiophile minimaliste et circuits de distribution relativement bien maîtrisés...

 

Que peut donc faire Audiophile Magazine dans tout ça ? Sans doute pas grand chose à part essayer, sur un échantillon très limité de produits, de donner un éclairage un peu plus informatif que le simple publireportage qu'on retrouvera sur d'autres supports de la presse écrite. Communiquer sur ces produits, c'est aussi véhiculer une part de rêve, n'en déplaise aux objectivistes, car l'appareil hifi reste d'une certaine façon un jouet de grand garçon. Mais informer le plus grand nombre de ce qui existe va dans le bon sens car la majorité des consommateurs potentiels aujourd'hui n'ont aucune idée concrète de ce qu'un très bon système peut délivrer en termes de réalisme et de charge émotionnelle par rapport à une simple base iPod. Et c'est en faisant venir de nouveaux clients sur ce marché qu'on arrivera peut-être, si chacun y met du sien, à remettre la machine en marche. Bon courage à tous, car il y a du pain sur la planche et quand même une très bonne année 2014 !

 

 Joël Chevassus - Editeur

Audiophile Mag

Novembre 2013

Un rack de post production!

A l'heure de la dématérialisation il est bon de se rappeler ce dont nous avons besoin pour nos systèmes.

Parce que fichier Haute Définition ne rime pas nécessairment avec fichier de qualité, les audiophiles ont développé de tout temps des stratégies pour se procurer les "bons" enregistrements.

Pour les enregistrements de musique classique, en général, la qualité de production des grands éditeurs est restée la même et un disque Deutsche Grammophon ou Decca de nos jours est encore une valeur sûre. Sans compter les innombrables rééditions et remasterisations des riches fonds de catalogues.

Pour tout le reste, on a pu observer une tendance vers la dégradation, et l'avènement de la musique nomade au début 2000 y est sûrement pour beaucoup.

Les niveaux de compression dynamique dans la musique pop, le rock , la variété et le jazz n'ont cessé de grimper depuis le debut des années 90.

 

L'ingénieur du son a maintenant l'ordre de faire son mastering pour l'utilisateur de base du fichier musical qu'il écoute sur son smartphone.

C'est malheureusement souvent ce même fichier qui est pressé sur le CD ou dont vous téléchargez la version 24 bits.

 

Voilà quelques années en arrière, l'amateur averti en quête du de musique de qualité, devait se tourner vers des éditeurs de musiques spécialisés, reconnus pour leur travail, de prise de son, de mixage et de post production : enfin le pressage du vinyl ou du cd pouvait arriver. La production souvent confidentielle des telles éditions les ont cantonnées à des séries limitées sur support physique spécial ou issues d un processus de mastering particulier. Qui n'a pas dans sa collection un import japonaise XRCD ou un spécial 24Ct CD, un blu spec CD, ou un pressage Mobile Fidelity ?

 

Quelle évolution?


Aujourd'hui la dématérialisation apporte une ouverture vers les catalogues de ces maisons, c'est une véritable percée. Rappelons nous de privilégier ces petits éditeurs qui ont toujours défendu la production d'enregistrements de qualité et qui n'ont jamais été aussi accessibles.

On a pu voir ça et là dans la presse ou sur le net des ingénieurs du son se répandre en confessions sur la difficulté de leur travail, un coude sur leur super console et un pied sur le rack de compresseur/dé-hisseur/modificateur de réverbération/simulateur d'enceinte etc.

Le sang de tout audiophile est glacé à la vue de tout ce matériel de trafic sonore. Pourtant c'est bien là que ça se passe. Et l'ingénieur du son est tenu de réaliser la quadrature du cercle pour que l'intention de l'artiste soit aussi bien ressentie sur son système de monitoring qu'au travers des earpods d'Apple.

Certains ingénieurs ne négligent pourtant pas leur travail réalisant une version de référence de leur travail en HD avant de la décliner pour le fichier de gravure ou de téléchargement.

 

Récemment l'éditeur Qobuz a sorti les versions studios masters de ces albums, une version de référence au niveau du mastering dans un format HD.

C'est sûrement une bonne solution pour se fournir un enregistrement dont le mastering a été prévu pour un système de reproduction sonore de qualité. Bien sur c'est plus cher, alors que c'est souvent le fichier de départ pour un vrai travail de déclinaison vers d'autres plateformes d'écoutes. On retrouve les mêmes maisons d'éditions spécialisées ou presque et on espère qu'à la manière des Daft Punk qui proposent une version Studio Masters de leur dernier opus, les disques les plus communs puissent trouver un souffle nouveau par ce biais là.

 

Les nouveautés de la musique nomade sont orientées vers un résultat de meilleure qualité et on voit maintenant dans la rue en lieu et place du classique iphone/oreillettes des gens porter des casques hi-fi fermés sur des baladeurs HD.

Espérons que le mastering suivra cette tendance.

 

D'ici à ce que cela se clarifie et s'améliore, restons vigilants sur ce que nous achetons/téléchargeons. Notre rubrique critique musicale y est particulièrement attentive et l'intérêt de la version HD au niveau de sa proposition sonore est lui aussi évalué contre la version standard.

 

Bonne lecture à tous.

Bonnes écoutes en compagnie d'Audiophile Magazine

 

 

Audiophile Mag

Août 2013

B&W Nautilus, dessinée par laurence Dickie.

 

EDITO

 

Forme.


Il n’est sans doute pas rare aujourd’hui de dénicher une enceinte acoustique aux formes  originales. Mais combien de boîtes à chaussures restent encore exposées dans les auditoriums des vendeurs de hifi haut de gamme ? Pourtant, ce fameux « son de boîte » semble n’avoir que des détracteurs. Aussi pourquoi certains constructeurs s’entêtent-ils encore à dessiner exclusivement des parallélépipèdes rectangles ?


Les esprits sont-ils tellement obtus que les bénéfices de la dissymétrie et des formes curvilignes échappent encore à tant de monde ? Si la réponse est oui, alors on peut vraiment prendre peur. En effet à quoi bon acheter à prix d’or des améliorations infimes de taux de distorsion sur des électroniques lorsque l’élément le plus discriminant, c’est-à-dire l’enceinte, reste à l’âge de la préhistoire ?


Peut-on considérer alors la question du coût de fabrication ?


Il est certain que  construire une caisse rectangulaire est d’une simplicité biblique par rapport à une forme plus complexe qui sollicitera des moyens informatiques pour sa conception, la construction de moules ou un travail d’ébénisterie  poussé. Il est alors évident que le coût de fabrication s’en ressentira. Mais regardons bien ce qui se pratique couramment pour fabriquer les autres objets de consommation de la maison et on verra que ces moyens de production soit disant « sophistiqués » sont en fait l’apanage d’une grande majorité de produits dont les prix de commercialisation sont bien inférieurs à ceux des enceintes dites de haut de gamme.

 En d’autres termes, il n’est guère compliqué aujourd’hui de proposer des enceintes à la géométrie optimisée et on peut légitimement penser que vendre un parallélépipède rectangle avec trois haut-parleurs achetés à un sous-traitant pour une enceinte haut de gamme est de la vaste fumisterie.


Laissons le bénéfice du doute aux fabricants qui nous vendent à prix d’or des boîtes à chaussure : après tout, d’autres paramètres rentrent en ligne de compte et le travail sur les parois internes du coffret, qui reste caché, peut être tout aussi crucial. Mais la forme d’une enceinte reste néanmoins le premier indicateur de la technicité employée dans le cadre de sa fabrication. C’est ce niveau de sophistication apparent qui devrait a priori trouver une corrélation dans son prix de vente. Ces informations s’offrent à nous de la façon la plus naturelle, et, même s’il reste intéressant de pouvoir jeter un œil à la fiche technique du produit, on en apprend déjà beaucoup rien qu’en considérant l’apparence extérieure de l’objet.

 

Cet exercice est par contre beaucoup moins transposable pour les électroniques dont il faut au minimum ouvrir le coffret pour permettre à l’électronicien averti d’en tirer quelque information. Mais on peut tout aussi bien se rassurer en gardant à l’esprit que les différences de performance entre électroniques sont quand même beaucoup plus ténues que celles constatées entre deux paires d’enceintes, et que leur documentation technique est presque toujours bien plus complète et informative…


Restons donc vigilants au moment de l’achat d’une enceinte. C’est en effet l’élément qui se revendra avec le plus de difficulté et le plus de décote, que vous ayez fait le bon choix ou le mauvais choix. Raison de plus pour être un tant soit peu exigeant quant à la technicité du produit et vis-à-vis de sa forme!

 

Bonne lecture à tous.

 

Audiophile Mag.

Juillet 2013

SPEC Corporation. Munich High End 2013.

 

EDITO

 

SPEC, à l'instar d'Audiophile Magazine, est un nouveau venu sur la scène de la haute fidélité. Avouons-le, ils sont déjà actifs depuis 2010 et nous venons juste de démarrer. Il me tenait à coeur néanmoins de faire ce parallèle car, au même titre que les protagonistes de la très nippone SPEC Corporation, nous voulons que cet opuscule soit proche de la culture audiophile et en même temps moderne dans son approche.

SPEC Corporation, c'est la tradition de sérieux et de minutie de l'industrie audio Japonaise alliée à une certaine forme de modernité, l'emploi de condensateurs à huile vintage avec des modules classe D par exemple...

C'est ce type d'entreprise qui contribue à faire avancer l'histoire de la Haute Fidélité. Ce sont des personnes simples, humbles et charmantes qui travaillent sur des designs épurés et fonctionnels. C'est ce type d'initiative que nous souhaitons promouvoir dans ces pages, en espérant partager notre enthousiasme avec le plus grand nombre de lecteurs.

 

Bonne lecture à tous.

 

Audiophile Mag.

 

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