Traitement Acoustique & Esthétique 2/5

 

Configuration de pièce d’écoute :

 

Il s’agit, rappelons-le, d’une pièce destinée principalement à l’écoute, sans qu’elle soit pour autant exclusivement dédiée à cet effet. Néanmoins l’ameublement ressemble davantage à celui d’un auditorium qu’à celui d’un vrai salon domestique. Et, même si la structure de la pièce à des airs de grenier aménagé avec sa charpente visible et son pied de ferme, c’est une construction neuve issue de l’agrandissement de ma résidence principale. L’inconvénient de cette configuration est d’offrir un espace plus ouvert et sensiblement plus réverbérant qu’un salon classique, du fait de la hauteur sous pente et de la moindre quantité d’objets pouvant atténuer les résonances, notamment le long des murs latéraux. L’avantage réside par contre dans la relative facilité à positionner les enceintes ainsi que les accessoires passifs de correction acoustique.

La pièce fait environ 50 m2 au sol et est presque un carré parfait, ce qui ne favorise normalement pas l’acoustique. Mais de façon surprenante, une fois l’espace meublé, l’acoustique subjective s’est avérée être moins pénalisante qu’on aurait pu l’imaginer. Les qualités indéniables de la pièce dans son jus furent d’offrir un temps de réverbération quasi uniforme à toutes les fréquences, et de favoriser une bonne profondeur de champ derrière les enceintes (et donc d’une belle image tridimensionnelle).

 

 

 

 

Solutions écartées :

 

Sur ces bases, et confiant dans les premiers résultats sans traitement, je me suis essayé à placer des panneaux de mousse pyramide Basotect du fabricant T-Akustik sur le haut de la sous-pente afin de réduire les réverbérations s’accumulant au sommet de la charpente. En ce qui concerne les mousses, il n’y a pas de secret, plus vous prenez épais, et plus vous absorbez efficacement une bonne plage de fréquence. Je suis donc allé sur une épaisseur de 7 cm en plaque de 1 mètre sur 1 mètre. Ces éléments ne sont pas faciles à poser sur une sous-pente du fait de leur poids finalement non négligeable qui oblige à les coller si vous ne voulez pas qu’ils finissent par terre. Bref, vous abimez votre peinture murale, vous dégradez fortement l’esthétique de votre pièce et vous n’avez pas trop intérêt à vous louper sur le placement car ce ne sont pas vraiment des objets repositionnables du fait de leur fragilité. En effet, ces panneaux, même en grosse épaisseur peuvent facilement se casser si on n’y fait pas attention. T-Akustik propose deux coloris, gris studio ou blanc, qu’il fait payer d’ailleurs assez cher, valorisant en quelques sortes la prime à la discrétion. Mais même en blanc, il faut faire un gros effort d’abstraction pour se convaincre que ces panneaux soient discrets. Mon épouse n’est malheureusement pas capable d’un tel niveau d’abstraction et l’essai de ces panneaux a duré en tout et pour tout une petite semaine. L’efficacité dans l’absorption des fréquences annoncées par le constructeur (au dessus de 500 Hz) est indéniable mais tend quand même à s’estomper dans les aigus, et ce type de panneaux convient finalement bien à un environnement studio mais moins à nos environnements domestiques...

Le principal souci en fait est que ces panneaux sont plus efficaces lorsqu’ils sont placés dans des endroits très visibles (puisqu’ils seront finalement moyennement performants pour lutter contre des phénomènes d’ondes stationnaires dans des endroits moins visibles comme les hauteurs ou les coins de la pièce d’écoute où les fréquences à traiter se situent logiquement aux extrémités du spectre. Par ailleurs, compte tenu de la difficulté à repositionner ces panneaux, ils me paraissent également peu compatibles avec une méthode empirique qui nécessiterait plusieurs essais avant de trouver le meilleur compromis en termes de placement. Bref, vous comprendrez aisément que ces panneaux sont destinés avant tout à un usage professionnel et dans une très moindre mesure à un environnement domestique audiophile.

Cela ne remet d’ailleurs nullement en cause leur efficacité en matière de traitement acoustique des moyennes fréquences.

La courbe d’absorption en fonction des fréquences que communique le fabricant donnent une idée de leur efficacité.

 

 

La société Portugaise Vicoustic propose des panneaux plus esthétiques, mais qui ne sont pas pour autant un modèle de discrétion. Leur efficacité est globalement similaire à celle des panneaux Basotect mais est par contre plus onéreuse. J’ai utilisé ces panneaux derrière mes enceintes pendant pas mal de temps et ils sont effectivement utiles pour traiter des réflexions arrière et les problèmes d’évent. Par contre, dire qu’ils se fondent dans le décor de votre salon est une contre-vérité et on reste dans une ambiance typée très studio, certes plus élégante qu’avec des produits T-Akustic, mais à l’esthétique très affirmée. Le néophyte pourra peut être croire un moment à un effet de style ou à une manifestation de la créativité minimaliste d’un artiste contemporain… mais la singularité des panneaux marquera indéniablement votre pièce de vie de son identité forte. Croire également qu’il suffit de placer judicieusement un ou deux panneaux pour obtenir un résultat efficace est également une fable, sauf à se trouver dans une pièce dans les dimensions seraient si réduites qu’il serait sans doute plus efficace d’envisager la haute fidélité à partir d’un bon casque doté d’un bel ampli dédié. Par ailleurs, plus les panneaux seront esthétiques (et donc davantage susceptibles d’être acceptés par Madame) et plus ils auront de chance d’être peu efficaces.

 

Autant opter dans ce cas là pour une solution plus anodine à base de tentures, plantes et de meubles disposés de façon pertinente et permettant de casser les lignes droites et de rendre votre pièce de vie moins réverbérante. En supposant que vous fassiez prendre quelques mesures afin d’identifier les points critiques, vous obtiendrez sans aucun doute un meilleur résultat qu’en disposant quelques panneaux au petit bonheur la chance.

 

La fixation des panneaux est également un problème dans une habitation, surtout pour ceux qui sont principalement constitués de mousse. Ceux-ci sont généralement conçus pour être collés sur les murs avec des colles spécifiques fournies soit par le fabricant des panneaux (à prix d’or) ou dans des grandes surfaces de bricolage (à des prix un peu plus décents). Le principal problème est que cette opération est irréversible, et, si vous retirez le panneau soit pour le remplacer ou le repositionner, vous allez inévitablement arracher la mousse et sans doute une partie de votre mur…

Pour remédier à cet inconvénient, certains fabricants proposent des montages sur rails qui se fixent directement sur le mur et sans utiliser de colle (c’est le cas de Vicoustic notamment avec certains de ses produits). Une solution plus économique consiste à faire découper une plaque de MDF de dimensions légèrement supérieure au panneau de mousse qu’on collera dessus. Ainsi le panneau pourra être fixé en utilisant 4 vis et en posant 4 chevilles dans votre mur. Si par ailleurs votre mur en placoplatre entre en vibration à certaines fréquences, ce système pourra en partie contribuer à le rigidifier un tant soit peu, même si cela ne remplace pas une vraie double peau acoustique.

 

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