CRITIQUES DISCOGRAPHIQUES

Nous traitons de façon quasi exclusive dans cette rubrique des enregistrements audiophiles HD PCM et DSD. L'acquisition de ces titres étant plus onéreuse que celles des fichiers red book 16 bit / 44,1 kHz, nous entendons donner notre avis objectif sur la qualité technique de l'enregistrement, et pleinement subjectif sur l'intérêt artitistique en lui-même, afin de guider nos lecteurs dans l'achat d'oeuvres de référence tous genres musicaux confondus.

 

 

Titre: Magnificat.

Artistes: Nidarosdomens jentekor & TrondheimSolistene.

Format: Hybrid SACD (stéréo, multicanal), Pure Audio Blu-ray

DTS HD MA 192kHz/24 bit, 5.1
Auro-3D 96kHz/24 bit, 9.1
LPCM 192kHz/24 bit stéréo

Ingénieur du son: Morten Lindberg

Editeur/Label: 2L

Année: 2014

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel.

 

C'est sans conteste le plus beau disque de chorale que j'ai pu entendre à ce jour. La tête sur les épaules, pas du genre pleurnichard, et j'ai pourtant été emporté à la première écoute par l'overdose d'émotion et de beauté qui se distille dès les premières minutes. Le plus dingue est que cela ne faiblit pas un seul moment du début jusqu'à la fin de cet album superbement enregistré.

Peut-être est-ce du à ce mélange de modernité et de tradition dans l'écriture très tonale et polyphonique de Kim André Arnesen ? On est en effet davantage plongé dans un univers plus proche de la musique de film que de celui de la musique religieuse ou médiévale, encore faudra-t-il trouver les images et les acteurs qui puissent rivaliser avec la musique...

C'est assez inédit de réécrire un magnificat de nos jours et de le faire avec autant d'inspiration.

 

Suivent le Musica Celestis tout autant empreint de piété de Aaron Jay Kernis, et deux compositions du fidèle pianiste du label 2L, Ola Gjeilo, « Tundra » et « Song of the Universal ». Ces deux dernières pièces sont peut-être celles les plus proches de la musique cinématographique mais on reste scotché par la beauté polyphonique de la chorale.

Le grand orgue de la cathédrale scandinave de Nidaros (Trondheim) est superbement capté, accompagnant vraiment le cœur et les solistes, sans jamais s'avérer trop envahissant. L'orchestre TrondheimSolistene est souverain ainsi que le piano toujours très lisible.

Je n'ai écouté cet enregistrement qu'en stéréo. Le mode multicanal compte tenu de la sophistication de la prise de son doit sans doute pouvoir nous amener encore plus loin... C'est en est presque incroyable tant le résultat est déjà excellent en version deux canaux.

 

 

Joël Chevassus - Mai 2018

 

Titre: Mozart : Piano Works

 

Artistes: Christian Chamorel

Format: 24 bit - 96 kHz.

Ingénieur du son: Innes Kammann

 

Editeur/Label: Calliope

Année: 2018

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.

 

Le pianiste suisse Christian Chamorel a choisi pour ce nouvel enregistrement chez Calliope la sonate en fa majeur KV 533/494 de Mozart. Suivent les dix variations en sol majeur sur « Unser dummer Pöbel meint » KV 455, puis la sonate en mi bémol majeur KV 282 pour terminer par l'adagio en si mineur KV 540 et la gigue en sol majeur KV 574.

Ce répertoire pour piano seul est présenté d'entrée de jeu comme injustement sous-estimé et l'interprète manifeste son intention de redonner à ces compositions trop peu jouées la place qu'elles méritent. Mozart reste néanmoins Mozart : l'audace et le raffinement de l'écriture ne sont sans doute pas à remettre en question.

Il n'en est pas moins que Christian Chamorel aborde ce répertoire avec une grande sensibilité et vivacité, comme s'il souhaitait émouvoir son auditoire. Après tout, c'est cela l'éloquence de la musique et le romantisme baignant le second mouvement de la sonate en fa majeur en est un exemple parfait.

La position centrale des Variations, œuvres plus légères que les deux sonates, impose une respiration de bon aloi au programme choisi par le pianiste suisse.

La sonate en mi bémol majeur est également magnifiquement exécutée. Cet enregistrement ne viendra pas effacer les références du genre à l'instar des Brendel et Arrau pour les deux sonates mozartiennes. Mais la verve de Chamorel fonctionne, et fait de ce disque un petit moment de bonheur simple et délicat, le clou du programme étant peut-être le superbe adagio en si mineur, modèle de finesse et de romantisme.

 

La prise de son proche restitue un Stenway modèle D assez défini, capté sans être particulièrement affecté par les artefacts du local d'enregistrement. Une très bonne idée finalement de remettre au goût du jour ces compositions finalement pas si mineures qu'elles pourraient le paraître, n'en déplaise à Don Giovanni...

 

 

Joël Chevassus - Mai 2018

 

Titre: Debussy : Sonates, Danses et Rhapsodies

Compositeurs: Claude Debussy.

Artistes: Berrod - Berthaud - Langlamet -Lively - Lucas - Pernoo - Prost - Samouil - Wagschal.

Format: 24 bit - 44.1 kHz.

Ingénieur du son: n.c.

Editeur/Label: IndéSENS

Année: 2018

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable.

 

Voici, à l'occasion du centenaire de la mort de Claude Debussy, une compilation de sonates, danses et rhapsodies dont la majorité des enregistrements datent de 2012 et 2013 chez le même éditeur Indésens.

 

Les trois sonates françaises pour violoncelle et piano, pour violon et piano, et pour flûte, alto et harpe font partie d’une suite qui devait initialement comprendre six pièces mais la maladie ne laissera le temps à Claude Debussy de composer que ces trois là. La dernière citée regroupe ici le flutiste Vincent Lucas, l'altiste Lise Berthaud, et la harpiste Marie-Pierre Langlamet. C'est sans doute la sonate la plus impressionniste, la plus liquide et enchanteresse du compositeur. Chacun des trois musiciens tient parfaitement sa place, ne surjouant pas et laissant au contraire place à une magnifique osmose instrumentale.

 

Les deux rhapsodies pour clarinette et piano, et pour saxophone et piano (adaptation de celle pour saxophone et orchestre) sont particulièrement bien captée, sans excès de réverbération qui vient dénaturer trop souvent cette musique. Encore une fois l'équilibre vent – piano est patent de musicalité et de poésie.

L’émotion vient de la rencontre, dans leur mouvement parallèle, de ces deux lignes mélodiques. On se laisse ainsi prendre à l'écoute de ces rhapsodies sans plus penser à décortiquer ou analyser si on pourrait faire mieux ou différent. La clarinette de Philippe Berrod, membre de l'orchestre de Paris depuis 1995, maîtrise parfaitement son sujet. C'est d'autant plus appréciable que cette Première Rhapsodie a été plus souvent enregistrée dans sa version pour orchestre (1911) que la version originale pour piano (1910). On apprécie également l'inspiration latine d'un Nicolas Prost, qui s'était illustré il y a quelques années avec l'Ensemble Variances et l'excellent Thierry Pécou, dans la Rhapsodie pour saxophone et piano.

 

On retiendra de cette brillante compilation que la pensée debussyste est éminemment horizontale, l’harmonie devenant un paramètre à part entière du son, tout comme le timbre. Une belle façon en tous cas de célébrer ce centenaire...

 

 

Joël Chevassus - Avril 2018

 

Titre: Grieg - Piano Concerto / Incidental Music to Peer Gynt

Compositeurs: Edvard Grieg.

Artistes: Edward Gardner, Jean-Efflam Bavouzet, Bergen Philharmonic Orchestra

Format: DSD 64.

Ingénieur du son: Ralph Couzens

Editeur/Label: Chandos

Année: 2018

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.

 

C'est une épure de Peer Gynt que nous propose ici Edward Gardner et le Philharmonique de Bergen.

Il y a de ces beautés cliniques en effet dont on ne peut contester ni la poésie ni la fidélité à l'intention de l'auteur. Mais on en reste là.

 

Bavouzet n'ajoute guère plus de poids au Concerto qui est également un modèle d'équilibre et de retenue. Bref, c'est beau, mais il ne se passe pas grand chose. Cela manque singulièrement de générosité. On est loin des références en la matière, et la qualité de l'enregistrement de Chandos ne fait que mettre en valeur ce manque de vie.

Dommage, il y avait sans doute de quoi mieux faire avec ces participants mais parfois la mayonnaise ne prend pas...

 

 

Joël Chevassus - Avril 2018

 

Titre: Visions de Prokofiev.

Compositeurs: Serge Prokofiev.

Artistes: Lisa Batiashvili, Yannick Nézet-Séguin, Orchestre de Chambre d'Europe.

Format: 24 bit - 96 kHz

Ingénieur du son: Rainer Maillard

Editeur/Label: DG

Année: 2018

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.

 

C'est un album qui peut s'avérer déconcertant de prime abord car il adopte une balance tonale assez particulière, ou, du moins, un peu éloignée des canons actuels qui jouent davantage sur la brillance et la nervosité. Mais on est vite capté par cette texture pleine et ces phrasés très purs.

La fusion entre l'Orchestre de Chambre d'Europe dirigé par Yannick Nézet-Séguin et le violon de Lisa Batiashvili est presque optimale. De cette onctueuse pâte sonore se dégage une grande homogénéité et finalement beaucoup de variété et de nuances polyphoniques.

 

La prise de son est à ce titre particulièrement réussie. Elle met tout autant en valeur le jeux subtil et plein de la violoniste géorgienne que le côté très organique de l'orchestre.

Au programme, le concerto opus 19, le concerto n°2 en sol mineur et trois transcriptions pour violon et orchestre de Tamas Batiashvili : La danse des chevaliers de Roméo et Juliette, la Grande Valse de Cendrillon et la Marche de l'Amour des Trois oranges.

La sonorité épanouie et chaleureuse de Lisa Batiashvili reste toujours contenue afin de ne jamais éclipser l'orchestre. Le respect du tempo et l'absence d'effet artificiel confèrent à ces deux concertos de Prokofiev beaucoup d'équilibre et de justesse. C'est indéniablement une belle réussite.

 

 

Joël Chevassus - Mars 2018

 

Titre: Wolfgang Amadeus Mozart : Concertos 13, 12 , 10.

Compositeurs: Wolfgang Amadeus Mozart.

Artistes: Marie-Pierre Langlamet, Joan Rafaelle Kim, Varian Fry Quartet.

Format: 16 bit - 44,1 kHz

Ingénieur du son: Justus Beyer

Editeur/Label: IndéSENS

Année: 2018

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Qualité CD uniquement.

 

C'est un pari risqué que de revisiter de telle façon ces concertos pour piano et orchestre de Mozart. Marie-Pierre Langlamet avait sans doute envie de pouvoir révéler tout le potentiel de soliste que peut abriter la harpe.

 

Ayant jeté son dévolu sur des œuvres de jeunesse, à savoir les concertos n° 10 pour deux pianos (K365), 12 (K414) et 13 (K415), il fallait pouvoir revisiter la partition en mode chambriste afin de pouvoir laisser à la harpe toute sa cristalline expressivité. Cela aurait été sans doute plus simple, tout en restant chez Mozart, de choisir son double concerto pour flûte, harpe et orchestre en ut majeur...

Mais arranger le concerto en mi bémol majeur pour deux harpes, il fallait oser. Et force est de constater que ça fonctionne plutôt bien. C'est même celui que je considère le plus attrayant des trois.

 

Il faut être sans doute harpiste pour prendre la vraie mesure de la difficulté de la tâche incombant à un instrument naturellement diatonique, et du nécessaire accord en ut bémol majeur pour en accroître sa versatilité.

En revanche, pas besoin d'être spécialiste de l'instrument pour se rendre compte que cet album est totalement centré sur la harpe, particulièrement bien captée il est vrai, dans toute sa richesse harmonique. Elle occupe l'espace, parfois au détriment du quatuor à cordes Varian Fry, eux-mêmes membres du Philharmonique de Berlin.

Mais la première harpiste du meilleur orchestre au monde est effectivement un partenaire avec lequel il est difficile de rivaliser, surtout dans des œuvres écrites pour piano et orchestre et transposées en version chambriste. Il manque donc à mon sens un peu de poids, de tension et de virtuosité chez les Varian Fry pour pouvoir offrir le nécessaire contrepoids, et relancer la soliste. La prise de son n'aide peut-être d'ailleurs pas à installer ce subtil équilibre entre soliste et orchestre...

 

Mais la harpe et ce 10ème concerto revisité provoquent à eux seuls une émotion particulière. L'américaine Joan Rafaelle Kim se révèle une partenaire idéale, et sans doute le fait d'être deux permet de mieux compenser les limites naturelles de l'instrument.

C'est donc un enregistrement que tout amoureux de la harpe se devra d'avoir dans sa discothèque, et on saluera l'audace et le travail de Marie-Pierre Langlamet, qui réalise ici une vraie performance technique et artistique. Bravo !

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Joël Chevassus - Mars 2018

 

Titre: Via Dolorosa

Compositeurs: William Byrd, Dmenico Scarlatti, Antonio Lotti, Henry Purcell, Tommaso Bai.

Artiste: Ensemble ZENE.

Format: 24 bit - 96 kHz

Ingénieur du son: François Eckert

Editeur/Label: Klarthe

Année: 2017

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.

 

C’est un premier disque de l'ensemble Zéné réalisé autour du Stabat Mater de Domenico Scarlatti et du Miserere d'Allegri dans la version de Tommaso Bai (Miserere Mei).

Cette formation baroque a été créée en 2014 à l’initiative de son directeur artistique, Bruno Kele-Baujard, « Zéné » signifiant « musique » en hongrois.

Cet ensemble à effectif variable réunit en son sein de jeunes instrumentistes et chanteurs professionnels issus des grands conservatoires européens.

 

L'Ensemble Zéné nous offre ici une véritable Passion selon la Vierge Marie, en interprétant l’un des plus beaux Stabat Mater de la fin de la Renaissance, celui pour 10 voix solistes et basse continue de Domenico Scarlatti.

Les Zéné nous offrent ainsi une traversée méditative des douleurs de la Vierge Marie.

Le programme est particulièrement riche :

L’Ave Verum Corpus de William Byrd ouvre la marche, suivi du Crucifixis a 8 voici de l’italien Antonio Lotti, puis par le Stabat Mater de Domenico Scarlatti.

Henry Purcell vient ponctuer la Via Dolorosa par ses chants « Remember not, Lord, our offences » et « Hear my prayer, O Lord », avant le Miserere final.

 

​On reste d’un bout à l’autre dans une ambiance fervente mais sobre. Les dix chanteurs forment une très belle unité, et la prise de son est très peu réverbérée. Cela permet de mettre particulièrement en valeur la polyphonie et la verticalité contrapuntique de la version de Domenico Scarlatti, dont la ligne de basse continue ne vient pas empiéter sur la transparence du chant.

 

C'est une interprétation très respectueuse de l'esprit à la fois moderne et mélodique de cette œuvre vocale, sans doute une des plus belles écrites par Scarlatti.

Le Misere est également superbe. La voix de la soprano dans le « Mei Dei » ainsi que dans le « Cor mundum crea in me Deus » est d'une pureté rare. J'ai apprécié encore cette façon de porter les notes hautes avec une juste clarté, sans excès, afin de conserver le précieux équilibre d'ensemble. A ce titre, le travail de direction m'a semblé vraiment excellent.

Un très bon disque !

 

Joël Chevassus - Mars 2018

 

Titre: Claude Debussy - Jazz Impressions

Compositeur: Claude Debussy

Artiste: Hervé Sellin.

Format: 24 bit - 44,1 kHz

Ingénieur du son: Erwan Boulay

Editeur/Label: IndéSENS

Année: 2018

Genre: Jazz

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable.

 

Cet enregistrement est le fruit d'un projet datant de 2012, à l'occasion du 150ème anniversaire de la naissance de Claude Debussy, au sein duquel Hervé Sellin s'était associé au pianiste classique Yves henry pour une série d'interprétations et improvisations à quatre mains.

Depuis, Hervé Sellin s'est pleinement approprié cette musique, ainsi que les divagations jazzistiques et anticonformistes qui peuvent en émaner, pour fusionner les deux répertoires classique et jazz dans un même creuset musical. Il laisse d'ailleurs un peu d'espace à son complice Yves Henri qui l'accompagne sur deux plages du disque.

 

Le résultat est tout à fait admirable : j'ai retrouvé une ambiance que je n'avais plus entendue depuis longtemps, celle du tandem Corea Hancock de la grande époque.

La rythmique, les accords complexes, les silences, tout cela illumine cet hommage au répertoire du compositeur de Saint-Germain-En-Laye. Donc, oui, on pense avec émotions à ses deux illustres pianistes du jazz moderne et à leur complicité gravée dans deux superbes albums live. On pense aussi au "Now he sings, now he sobs" de Chick Corea.

 

C'est donc un enregistrement d'une élégance rare, où les entre-deux ne cèdent jamais à la facilité ni aux clichés. Pourtant la puissance et la finesse du jeu de Sellin nous enivre d'un bout à l'autre des 11 pistes que compte cet album. Le piano est superbement capté, ce qui ne gâche rien, avec un générosité tonale qui s'étend sur l'ensemble du spectre. Alors, quand l'artistique et le technique s'unissent pour le meilleur, alors nous ne pouvons que recommander sans aucune réserve ce nouvel opus !

 

Joël Chevassus - Mars 2018

 

Titre: Révélation

Compositeur: Divers

Artistes: Julien Bouclier (violon), Dimitri Bouclier (accordéon)..

Format: 24 bit - 48 kHz

Ingénieur du son: Gérard de Haro

Editeur/Label: Klarthe

Année: 2017

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable.

 

Deux frères : Julien violoniste, et Dimitri accordéoniste partage un grand élan lyrique en explorant différents répertoires. C'est étonnant comme la complicité d'une fratrie peut être immortalisée sur un enregistrement.

Les œuvres jouées sur cet album sont d'ailleurs arrangées par leur soin et nous permettent de découvrir l’accord parfait qui peut exister entre ces deux instruments. On passe ainsi du répertoire baroque au tango argentin, puis à la musique russe avec un très sombre et mélancolique « Goulag pour accordéon solo ».

 

La fusion du jeux des deux frères reste sans aucun doute l'aspect le plus impressionnant de cet album. Il y a, au delà de la complicité, un vrai dialogue qui s'installe entre les deux instruments, avec des timbres finalement assez voisins et complémentaires qui rajoutent à cette impression de parfaite osmose.

Les sonorités se mêlent, s'entrecroisent, comme si un immense terrain de jeu et de liberté s'offraient à ces deux musiciens.

Une réalisation captivante, ainsi qu'un joli travail de post-production.

 

 

Joël Chevassus - Février 2018

 

Titre: Musikalisches Opfer

Compositeur: Jean-Sébastien Bach

Artistes: Massaki Suzuki (clavecin), Bach Collegium Japan.

Format: DSD

Ingénieur du son: Jens Braun

Editeur/Label: Bis

Année: 2017

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel.

 

Masaaki Suzuki avance sans faiblir dans son intégrale de Bach. Et plus il avance, et moins le répertoire restant est évident. Le Musikalisches Opfer ou l'Offrande Musicale (à Frédéric II de Prusse) est sans conteste un passage délicat. Et si Bach, mis au défi par Frédéric le Grand, emploie tout son génie pour orner le thème proposé par le monarque de délices contrapuntiques, il n'obtint guère de succès en concert.

Bach revint néanmoins sur sa prestation en reprenant le «thème exceptionnellement beau» du roi dans le cadre d’une fugue régulière. L’Offrande musicale sera publiée plusieurs mois plus tard. L’œuvre est un recueil de pièces adoptant des genres différents : deux ricercari (un synonyme ancien de «fugue») pour instrument à clavier, une sonate en trio da chiesa complexe pour flûte, violon et continuo (c’est-à-dire une «sonate d’église» bâtie sur l’alternance lent-vite-lent-vite et dont les mouvements rapides sont fugués) et dix canons (incluant une fugue). À la suite de l’Offrande musicale, on retrouve ici quatorze canons basés sur les huit premières notes de l’aria des Variations Goldberg BWV 1087 découverts pas plus tard qu’en 1974. L’album se clôture avec la Sonate en sol majeur pour flûte, violon et basse continue, BWV 1038.

Le toucher au clavecin du maître japonais, les cordes, les vents, ainsi que la prise de son, tout donne encore une fois un résultat magnifique.

Un album tellement envoutant que je l'ai écouté en boucle tout un après-midi.

 

 

Joël Chevassus - Février 2018

 

Titre: Immatériel

Compositeur: Olivier Calmel

Artistes: Olivier Calmel (piano), Ensemble Double Celli, Antoine Banville (batterie).

Format: 24 bit - 96 kHz

Ingénieur du son: Thomas Vingtrinier

Editeur/Label: Klarthe              Année: 2017                    Genre: Jazz

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable.

 

C’est le type d’album qu’on a généralement du mal à positionner dans une case  précise.
On est certainement plus proche du jazz que d’autres styles musicaux, mais l’approche du pianiste Olivier Calmel reste singulière, celle d’un jazzman chambriste alternant écriture et improvisation.
La formation Double Celli regroupe deux violoncellistes, Xavier Phillips et Clément Petit, ainsi qu’un violon (Johan Renard) et un alto (Frédéric Eymard). Elle est complétée par le batteur Antoine Banville.
La première impression est celle d’un album très vivant et en même temps très structuré.
La seconde est celle de la qualité du travail d’écriture : Olivier Calmel a d’indéniables qualités de compositeur. Cette maturité musicale est presque inhabituelle.


L'ensemble d'instruments à cordes, vraies stars de cet album et captées d’assez près, apporte également une sensation de rugosité et de matière presque palpable, en même temps qu’il insuffle une tension très communicative. Immatériel peut-être, mais indubitablement pas inconsistant...

Il faut saluer l’accompagnement du pianiste et du batteur, particulièrement subtils et totalement essentiels à cette musique, véritable colonne vertébrale. Mais comme dit plus haut, la part belle est faite aux cordes.
J’ai beaucoup aimé les violons dans "Le hongrois déraille" ou dans "Pour El Ho", ainsi que les violoncelles dans "La générosité n’attend pas". J’ai apprécié ce cadre structuré restant ouvert à l’improvisation. Souvent, l’écoute d’album jazz contemporains me laisse un arrière-goût d’inconsistance, comme si les musiciens n’avaient pas grand chose à raconter. L’album d’Olivier Calmel tranche complètement avec cette impression et est rempli de belles intentions.
Une très bonne réalisation.

 

 

Joël Chevassus - Décembre 2017

Titre: The Curious Bards - (Ex)tradition

Compositeur: Divers

Artistes: Alix Boivert (violon), Jean-Christophe Morel (cistre), Sarah van Oudenhove (viole), Louis Capeille (harpe), Bruno Harlé (flute), Ilektra Platopioulou (chant).

Format: 16 bit - 44,1 kHz

Ingénieur du son: Alban Moraud

Editeur/Label: Harmonia Mundi

                                                                Année: 2017

                                                                Genre: Musique celtique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Qualité CD uniquement.

 

Depuis 2015, The Curious Bards réunit cinq musiciens amoureux des musiques traditionnelles du monde gaélique et celte. Ces cinq instrumentistes sont des spécialistes, voire de véritables explorateurs, du monde de la musique ancienne, issus des prestigieux conservatoires de Lyon, Paris et Bâle. Cette similitude dans le cheminement et la formation se double d'une passion commune pour la musique traditionnelle irlandaise et écossaise.

Cet enregistrement présente un choix de pièces profanes de culture traditionnelle et populaire, publiées pour la majorité d’entre elles au XVIII° siècle. Cette musique était à l'époque celle des villageois, des gens de la rue et des musiciens itinérants communément appelés « bardes ».

 

Le choix des instruments d'époque, nécessaires à cette production, est loin d'être anodin. On retrouve ainsi la flûte traversière allemande, le violon baroque et la viole de gambe, afin d’assurer la mélodie et la basse. Pour la basse continue, fondamentale dans ce répertoire, le choix s’est finalement orienté vers la harpe triple baroque, pour ce qu’elle représente dans la culture gaélique mais également pour sa palette dynamique très riche.

Pour ce qui est du rythme, un instrument à cordes pincées semblait le plus adéquat et le choix s'est porté sur un instrument très original appelé « cittern » ou « english guitar ». Cet instrument est une évolution du cistre renaissance avec généralement 5 chœurs (doublés), mais avec cordes en métal comme le modèle renaissance.

Le son de cet d’instrument est particulier car il s’apparente au son de la guitare folk actuelle ou encore au bouzouki irlandais. Ce type d’instrument n’étant aujourd’hui plus du tout utilisé, ni copié, une recherche a été menée pour trouver un instrument d'époque qui satisfasse à la fois aux critères musicaux et historiques pour en faire réaliser une copie par le luthier irlandais Frank Tate.

 

La voix de la chanteuse mezzo-soprano Ilektra Platiopoulou vient également ponctuer cet album de bien jolie façon. Elle permet ainsi d'ancrer un peu davantage cette musique dans le registre populaire.

 

A l'écoute de ce répertoire, minutieusement travaillé et interprété, on ressent ainsi toute la vitalité et l'énergie de cette musique, avec une belle atmosphère « live » à la clé.

C'est en effet une jolie performance que de retranscrire une atmosphère de concert semi-réverbérante tout en gardant une lisibilité et une qualité de timbres aussi exceptionnelle. C'est donc une très sérieuse production que nous délivre la bande des bardes curieux ainsi que le staff technique qui a présidé à la réalisation de cet enregistrement.

C'est également, et il convient de le souligner, un travail de documentation, de recherche historique, hors norme. Si le but principal reste celui d'insuffler au travers de ces 14 pistes un peu de cette gaieté populaire d'antan, il convient de reconnaître que la bande d'Alix Boivert l'atteint avec l'art et la manière. Une belle découverte.

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Joël Chevassus - Décembre 2017

 

Titre: Classe Moyenne

Compositeur: Vincent Touchard

Artistes: Vincent Touchard

Format: 16 bit - 44,1 kHz

Ingénieur du son: Julien Bassères

Editeur/Label: Klarthe

Année: 2017

Genre: Jazz

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Qualité CD uniquement.

 

C'est une belle réussite pour cette première réalisation du batteur français Vincent Touchard.

Les douze compositions originales sont présentées comme une ode à la banalité et à la simplicité, d'où le titre de l'album « Classe Moyenne ».

Il est vrai qu'il est difficile de nier la part de mélancolie et de poésie qui se dégage de ce premier opus. Les ballades, le duo violoncelle – contrebasse, le hautbois, le basson... tous ces ingrédients nous plongent dans une atmosphère bien particulière, celle du quotidien, une sorte de bande originale de la vie de tous les jours.

 

Vincent Touchard passe subtilement des ballades aux compositions plus fusion, voire quasiment orientales, à l'instar de « Rabat » ou « Renaissance », pour aller voguer vers des rivages plus minimalistes ou free-jazz, avec pour dénominateur commun une sorte de langueur personnelle et cosmopolite.

Un peu normal sans doute, pour un tout jeune artiste, que de donner un aperçu de ce qu'on aime, et l'objectif est clairement atteint. On pourrait presque imaginer que Michel Legrand s'est invité ici pour revisiter la bande originale du film « Amélie Poulain » et la musique d'Yann Tiersen... Souhaitons donc à Vincent Touchard de connaître autant de succès.

 

Pour les aspects techniques, la prise de son est excellente, très naturelle, et on s'imagine facilement que les 8 musiciens participant à ce projet sont présents chez soi.

Un bon album tant au niveau artistique que technique.

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2017

 

Titre: Directions

Compositeur: Divers

Artistes: Clément Saunier

Format: 24 bit - 96 kHz

Ingénieur du son: Christophe Mazzella

Editeur/Label: Klarthe

Année: 2017

Genre: Classique / Contemporain

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Il est rare d'écouter un disque de trompettiste sans accompagnement. C'est une tentative audacieuse et finalement assez heureuse car on ne s'ennuie jamais au long de ce programme court (moins de cinquante minutes) et varié.

Clément Saunier (soliste de l’Ensemble Intercontemporain) délivre ici une démonstration de ce qu'il est possible d'exprimer avec le roi des instruments à vent. Majesté, fluidité, luminosité, noirceur, sérénité, calme, vivacité, tout y est. La captation de l'instrument est par ailleurs extrêmement bien réalisée, ce qui rajoute à la magie de la trompette. L'enregistrement semble être très peu compressé et il constitue également un excellent disque de test audiophile.

 

Mais au delà de ces qualités techniques, ce disque est aussi l'occasion d'explorer un répertoire assez peu connu, à l'instar de Peter maxwell Davies, Toru Takemitsu, Ivan Fedele (hommage à Miles Davis), ou bien encore le très surprenant « Shining Forth » de Matthias Pintscher. L'expressivité de l'instrument, la diversité de timbres assez incroyable en font un album de référence pour les amateurs de trompette moderne.

Autant j'ai parfois du mal avec certains enregistrements de trompette baroque, autant cette plongée dans l'univers contemporain de Francois Clément m'a enthousiasmé. A recommander sans aucune réserve.

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2017

 

Titre: Tchaikovsky: Symphony No.6

Compositeur: Piotr Ilyich Tchaikovsky

Artistes: Teodor Currentzis, MusicAeterna

Format: 24 bit - 96 kHz

Editeur/Label: Sony Classical

Année: 2017

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable

 

C'est une version spectaculaire, voire angoissante. La prise de son laisse à désirer mais on ne sait plus vraiment qui est responsable de ce chaos, le chef ou le technicien, peut-être les deux...

Après dix premières minutes très sombres et un peu déstructurées (c'est un parti pris, et après tout pourquoi pas ?), on se retrouve submergé par une vague de testostérone inédite. Les basses sont dantesques, et on prend conscience que cette version est celle des extrêmes et que tout espoir d'apaisement est voué aux plus âpres déceptions. Seule la subtilité semble mise de côté, ainsi que le côté dansant de l'allegro con grazia (quelle idée ?), ou que le côté enjoué de la marche du troisième mouvement. Là c'est davantage la marche d'une panzer division, et encore, avec les chenilles spéciales neige et mauvais temps.

Finalement le désarroi de l'adagio lamentoso (dernier mouvement) arrive très logiquement pour ceux qui ont survécu à l'étoile de la mort. Cela vaut le coup car c'est sans doute le plus réussi, même s'il ne figurera pas dans les annales des meilleurs finals de la Pathétique...

Bref, une version à recommander aux amateurs de sensations fortes, les autres passez votre chemin.

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2017

 

Titre: Hopen Air

Compositeur: Andy Emler

Artistes: Orchestre Victor Hugo, Ensemble Nomos, Quatuor Morphing, Guillaume Orti, PercuDuo.

Format: 16 bit - 44.1 kHz

Ingénieur du son : Luc Fourneau

Editeur/Label: Klarthe

Année: 2016

Genre: Contemporain

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Qualité CD uniquement.

 

Andy Emler est certainement un des compositeurs français les plus intéressants de notre époque.

« Hopen Air » porte bien son nom puisque les quatre pistes de l'album sont le fruit de quatre partitions composées pour quatre formations différentes.

Bien que jazzman de cœur et de formation, difficile d'étiqueter cette œuvre d'Andy Emler : un peu free jazz par certains aspects, bartokienne et varesienne à certains moments, un peu beaucoup passionnément contemporaine, et sans aucun doute très originale dans son écriture...

 

« Ciel de sable » adopte une structure concertante avec l’Orchestre Victor Hugo (sous la direction de Jean-François Verdier), et le pianiste Yvan Robilliard. Beaucoup d'effets de contrastes et d’oppositions dans ce premier titre très dense et puissant, où les dissonances restent cependant nuancées.

On bascule avec « Dynamos 1 » dans une ambiance beaucoup plus contemporaine, où les dix violoncelles, sous la direction de Christophe Roy, nous emmènent vers des rivages plus sombres et tourmentés. On se trouve tout d'abord plongé dans un univers très visuel et évocateur, à l'instar de ce que peut nous proposer un Billy Childs dans son approche d'un jazz chambriste. Puis on dérive doucement vers un monde plus percutant, angoissant. C'est fort, puissant et prenant.

 

Les saxophones du Quatuor Morphing sur « Artophones 4 » instaurent un climat moins tourmenté où la virtuosité virevoltante du cinquième homme (Guillaume Orti) lance des jets de lumière magnifiques, venant contraster une rythmique laissant parfois imaginer un Edgar Varese qui aurait dirigé un big band de jazz.

La formation « PercoDuo » ( Philippe Limoge et Damien Petitjean ) avec « 7 for 2 » clôt cet album avec un univers à la Steve Reich. J'aime beaucoup l'utilisation du marimba qui apporte cette richesse tonale à des timbres plus métalliques ou électroniques, ainsi que la richesse harmonique du vibraphone.

A ceux que la musique contemporaine rebute ou effraie, je terminerais en précisant qu'il n'y a pas besoin d'être un expert ici de la musique sérielle ou dodécaphonique. La musique d'Andy Emler est accessible à chacun, elle nous parle, nous touche et ne nous laisse certainement pas indifférents. Cette récompense, outre une prise de son d'excellente facture, nous la décernons à « Hopen Air » pour cette originalité toute particulière qui contribue à faire de la musique une matière vivante. Bravo pour ce magnifique résultat et pour la prise de risque !

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2017

 

Titre: La Chemise Blanche

Compositeur: Couperin / Forqueray

Artistes: Rainer Zipperling, Sofia Diniz, Pieter-Jan Belder

Format: SACD stereo + multicanal

Ingénieur du son : Ulrich Lorscheider

Editeur/Label: Aeolus

Année: 2017

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

La viole de gambe en SACD sans Jordi Savall ni le « Lulliste » Marin Marais, voilà qui laisse espérer de nouvelles perspectives. Les deux suites de Couperin pour viole de gambe n'en représentent pas moins une des références en la matière, en dépit du fait que le compositeur est davantage reconnu pour son travail de claveciniste à la cour du Roi Soleil.

Deux violes (Rainer Zipperling et Sofia Diniz) et un clavecin (Pieter-Jan Belder), une bonne prise de son dans une église sans excès de réverbération, permettent de nous plonger au sein de ce répertoire en profitant d'une belle image tridimensionnelle et bien proportionnée d'un clavecin placé juste derrière les deux gambistes.

 

La quatrième suite d'Antoine Forqueray est entièrement de la main du père de Jean-Baptiste Forqueray, Antoine, et extraite d’un recueil de cinq suites intitulé « Pièces de viole avec la basse continue par Mr Forqueray ». Cette suite sollicite encore davantage la virtuosité des trois interprètes, et surtout des deux gambistes. Il faut noter que le diapason choisi pour cet enregistrement est un ton en dessous du diapason moderne et confère ainsi à ce disque une certaine matité, plutôt plaisante dans ce répertoire, et conforme aux usages d'époque.

Une belle réalisation tant technique qu'artistique...

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2017

 

Titre: Countdown

Compositeur: Divers

Artistes: Joey Alexander

Format: PCM 24 bit / 44,1 kHz

Ingénieur du son : Katherine Miller

Editeur/Label: Motema

Année: 2016

Genre: Jazz

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable

 

La valeur n'attend pas le nombre des années. Tout est dit.

Pour son deuxième album à seulement 13 ans, le pianiste indonésien Joey Alexander nous en met plein les oreilles.

Chouchou d'Herbie Hancock et de Wynton Marsalis (on fait moins bien comme parrains), le petit prodige signe ici quelques belles compositions et interprète en posant son propre style certains monuments du jazz moderne comme Countdown de Coltrane, et Maiden Voyage (Herbert / Hancock), tout en restant sur une ligne mélodique assez conventionnelle, fluide et limpide.

Cela manque encore un peu de profondeur, de maturité et d'un zeste de folie, mais il n'a, rappelons-le, que 13 ans...

La section rythmique avec les bassistes Larry Grenadier et Dan Chmielinski, ainsi que le batteur Ulysses Owens Jr, offre un support de première classe au gamin. Bref, un jazz de très bonne facture, propre, précis et chaleureux.

Pourvu que ça dure...

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2017

 

Titre: Live in Montreal

Compositeur: Divers

Artistes: Hiromi Uehara - Edmar Castaneda.

Format: PCM 16 bit / 88,2 kHz

Ingénieur du son : Michael Bishop

Editeur/Label: Telarc

Année: 2017

Genre: Jazz

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable

 

C'est une nouveauté particulièrement rafraichissante, qui ramène sur le devant de la scène une Hiromi Uehara pleine de vie et de lyrisme, après quelques albums qui l'étaient sans doute un peu moins.

C'est aussi une démonstration de virtuosité de la part du harpiste colombien Edmar Castaneda. Le piano et la harpe ne font en effet pas semblant, ça joue grave après un court round d'observation sur la première piste « A harp in New York ». Dès « For Jaco », la tension monte d'un cran et le dialogue entre les deux artistes s'installe définitivement pour ne plus s'arrêter.

Il y a quelque chose de typiquement africain dans le son du Colombien, qui se rapproche à certains moment d'une kora guinéenne. La Japonaise, ambassadrice privilégiée du piano de concert Yamaha CFX, délivre un son chaud et mat qui se marie particulièrement bien à celui de la harpe.

 

Une musique puissante, émotionnelle qui me fait penser qu'il y a encore dans la production jazz actuelle des moments d'inspiration et de créativité, même s'ils tendent à se raréfier. Celui-ci est en tout cas une véritable oasis. Bravo.

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2017

 

Titre: Le Chant de la Terre

Compositeur: Gustav Mahler

Artistes: Orchestre Victor Hugo, Eve-Maud Hubeaux, Jussi Myllys.

Format: PCM 24 bit / 48 kHz

Ingénieur du son : Philippe Muller

Editeur/Label: Klarthe

Année: 2016

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Encore une transcription d'un œuvre symphonique pour une plus petite formation d'orchestre de chambre. La démesure mahlérienne peut-elle vraiment être miniaturisée pour en extraire la quintessence ? C'est un peu la question qu'on est en droit de se poser lorsqu'on voit la distribution sur la pochette.

 

L'Orchestre Victor Hugo sous la baguette du chef Jean-François Verdier ainsi que les jeunes solistes Eve-Maud Hubeaux et Jussi Myllis représentent en quelques sortes une opération de type "commando" par rapport aux grandes manœuvres symphoniques auxquelles nous sommes habitués.

 

Et étonnamment ça fonctionne. Allez, ne soyons pas avares de compliments, ça fonctionne même mieux que les versions qu'abrite ma bibliothèque musicale personnelle. Il y a dans cette réalisation plus d'émotion, davantage de folie, et la prise de son exemplaire (Philippe Muller de chez Passavant !) permet vraiment à cet ensemble d'occuper tout l'espace disponible avec un relief assez saisissant.

 

Le dispositif orchestral en version allégée permet une interprétation plus directe, où la qualité des timbres est magnifiée, alors qu'elle peut être assez souvent diluée dans les grandes masses symphoniques. L'expressivité des différents lieds, les changements d'atmosphère relèvent d'une grande sensibilité, d'une compréhension assez juste du dessein du compositeur, et d'un sens aigu de la nuance. Tout m' a semblé en tout cas plus intense, plus vivant et peut-être finalement plus proche de ce que pourrait être vraiment quelque chose d'aussi puissant que le chant de la Terre...

 

Mais ce n'est pas que l'orchestration qui impressionne dans cette réalisation car les performances du ténor et de la mezzo sont de tout premier ordre, dans un environnement acoustique où ils prennent presque parfois le pas sur l'orchestre, ou que leur chant se mêle aux instruments de façon presque fusionnelle.

Le travail d'orchestration est vraiment remarquable, ainsi que la prise de son (encore une fois), sans doute facilitée par l'effectif plus restreint, mais le résultat est indéniablement là : cet enregistrement touche au plus profond de nos âmes et l'objectif est indubitablement atteint. Cela mérite sans hésiter un Grand Frisson, puisqu'ici cette distinction semble ici presque un pléonasme... Une très belle découverte !

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2017

 

Titre: Tableaux d'une exposition - Jazz Suite (extraits)

Compositeur: Modest Mussorgski / Dmitri Chostakovitch

Artistes: Quintette Moraguès, Yves Henry (piano)

Format: PCM 24 bit / 96 kHz

Ingénieur du son : Cécile Lenoir

Editeur/Label: Klarthe

Année: 2017

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Le Quintette à vent Moraguès, accompagné du pianiste Yves Henry, nous livre ici une interprétation tout à fait originale du répertoire russe à travers les transcriptions de David Walter, hautboïste du la formation, des Tableaux d'une Exposition de Moussorgski et d'extraits choisis de la Jazz Suite de Chostakovitch.

Cette lecture des Tableaux d'une Exposition conserve le caractère plus intimiste de la version pour piano seul tout en reprenant certaines couleurs caractéristiques à l'orchestration de Ravel.

A l'écoute du Gnomus, on ne retrouve pas en effet le caractère très lourd et inquiétant des versions pour grands orchestres, mais plutôt une forme de poésie qui va néanmoins au delà de la simple transcription pour piano. Elle s'exprime aussi pleinement durant la seconde promenade. On évite ainsi les contrastes un peu lourds qu'on peut trouver dans certaines interprétations "symphoniques". Et la légèreté qu'on peut apprécier à l'écoute du « Marché de Limoges » ne se fait pas au détriment de l'ampleur qu'on a l'habitude d'observer dans ce mouvement.

 

D'un point de vue technique, les instruments emplissent l'espace de façon assez remarquable et je n'ai jamais eu cette sensation d'écouter quelque chose d'étriqué ou une version très chambriste de l'oeuvre de Moussorgski. Je pense que le côté assez peu réverbérant du lieu d'enregistrement permet effectivement d'apporter une dimension orchestrale et conserver l'ambiance des Tableaux, sans brillance excessive.

Lorsque la partition est plus chargée, comme dans « Baba Yaga » et « La Grande Porte de Kiev », on apprécie également le fait que les instruments fusionnent dans un esprit très chambriste et l'intégration du piano au quintette est particulièrement bien réalisée. La prise de son sur ce plan est exemplaire.

 

En ce qui concerne les extraits de Jazz Suite n°2, la première surprise est de ne plus entendre la section rythmique des versions orchestrales, qui confèrent à la Marche son côté très militaire. Néanmoins le rythme de cette « marche pour orchestre de chambre » reste bien affirmé, et même si le côté martial est forcément moins marqué, l'espièglerie du compositeur ressort avec d'autant plus de force. Même constat pour la « petite polka » qui sans ses cors et ses timbales perd de sa dimension percussive...

Par contre, sur la « Valse n°2 », on n'a plus aucune impression de manque quand bien même le côté très fanfare militaire de la version originale est remplacé par une sonorité plus viennoise. J'avoue avoir adoré cette transcription qui apporte presque plus de force au discours musical que la version orchestrale survitaminée...

Au final, cet dernier opus du clan Moraguès m'a ravi tant artistiquement que techniquement. Une bien belle réalisation.

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2017

 

Titre: Mahler Symphony n°3

Compositeur: Gustav Mahler

Artistes: Budapest Festival Orchestra, Ivan Fischer

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son : Jared Sacks

Editeur/Label: Channel Classics

Année: 2017

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel

 

Jared Sacks de Channel Classics, Ivan Fischer et son Budapest Festival Orchestra déroulent le cycle Mahler avec cette fois-ci la troisième. C'est sans doute la plus belle réalisation de cette fructueuse collaboration que j'ai pu écouter à ce jour, avec sans doute la quatrième.

La troisième symphonie de Mahler, à l'instar de la neuvième de Beethoven, est une œuvre qui ne ressemble à aucune autre. Elle est extrêmement longue (une heure et demie) et explore en profondeur le champ des possibles, repoussant les limites du genre traditionnel de la symphonie.

Gustav Mahler avait d'ailleurs confié que la symphonie représentait à ses yeux la possibilité de construire un univers avec tous les moyens de la technique disponible...

La prise de son de ce nouvel opus est comme à son habitude excellente et l'intérêt du support DSD dématérialisé évident.

Ce n'est pas à proprement parler la version qu'on recommandera aux amateurs de grosses formations symphoniques particulièrement démonstratives à l'instar de ce qu'on peut apprécier chez Bernstein. Non, là le côté chambriste à certains égard de la formation hongroise fait la place belle au mystère et à la complexité de la musique de Gustav Mahler. C'est depuis le début de ce cycle la patte d'Ivan Fischer et on est libre d'adhérer ou pas à ce style particulier. Et bien que j'adore la force musculaire de Bernstein, je suis aussi un fan inconditionnel de ce que propose Fischer chez Mahler.

Fischer c'est une élégance folle, une précision absolue des contrastes, du détail et du rythme, qui n'a finalement pas besoin d'être constamment dans le démonstratif pour témoigner de la dramaturgie ou de la puissance qui réside dans les symphonies de Gustav Mahler. Ces qualités restent intactes jusqu'au final inclus. Certains reprocheront un manque d'énergie dans le dernier mouvement, mais c'est à mon sens une hérésie : le final se doit d'être une suite logique et cohérente des cinq premiers mouvements. Sans doute cette version ne peut-elle être la seule à posséder parmi une discographie très riche. Mais cela serait extrêmement dommage de passer à côté. 

 

 

Joël Chevassus - Septembre 2017

 

Titre: Schoenberg : String Quartets 2 & 4

Compositeur: Arnold Schönberg

Artistes: Gringolts Quartet, Malin Hartelius

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son : Marion Schwebel

Editeur/Label: BIS

Année: 2017

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

BIS nous réserve souvent des pépites, tant sur le plan artistique que technique, et cette dernière production en est à nouveau une parfaite illustration.

Le Quatuor Gringolts, que nous avions déjà pu apprécier dans l'album "Taneyev - Glazunov" avec Christian Poltera, délivre encore une fois une prestation remarquable.

Les compagnons du violoniste Ilya Gringolts sont pour rappel Anahit Kurtikyan (second violon), Silvia Simoniescu (alto) et Claudius Hermann (violoncelle) et accompagnés, dans les deux derniers mouvements du quatuor en Fa dièse mineur, de la soprano Malin Hartelius. Cette formation nous amène donc cette fois-ci sur les rivages tourmentés des quatuors d'Arnold Schönberg, second opus 10 et quatrième opus 37.

La prise de son comme sur le précédent "Taneyev - Glazunov" est superbe de transparence et d'énergie. Cette présence peu commune des interprètes permet à la musique de Schönberg d'exprimer toute sa puissance et son lyrisme. La beauté et clarté des timbres, la précision des attaques de note, des accents, m'ont encore une fois fait chavirer. Cette formation fonctionne vraiment à merveille sur ce répertoire pour lequel l'expressivité et la précision sont des vertus capitales. Le choix de la soprano se révèle également excellent car Malin Hartelius délivre une performance à la fois sobre et extrêmement lyrique.

Malgré la nature toute dodécaphonique du quatrième concerto de Schönberg, les Gringolts parviennent à exalter la puissance dramatique de l'œuvre, évitant le confinement dans un formalisme trop stérile.

Cette version des Gringolts rejoint ainsi le club très fermé des meilleures références en la matière, à l'instar des Prazak ou des Lasalle. Encore une très bonne pioche...   

 

 

Joël Chevassus - Septembre 2017

 

Titre: Taneyev - Glazunov : String Quintets

Compositeur: Sergei Taneyev, Alexander Glazounov

Artistes: Gringolts Quartet, Christian Poltera

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son : Jens Braun

Editeur/Label: BIS

Année: 2015

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Le quatuor du violoniste russe Ilya Gringolts, après s'être essayé à Brahms et Schumann, s'attaque cette fois-ci au répertoire russe en compagnie du violoncelliste suisse Christian Poltera. Les quintettes à cordes de Sergei Taneyev et d'Alexander Glazounov sont injustement méconnus, comme globalement une bonne part de la musique de chambre russe qui a été longtemps considérée comme trop éloignée de la vraie identité folklorique nationale. C'est dommage, car ces quintettes pour cordes sont vraiment exaltants et certainement dignes du plus grand intérêt, sans avoir rien à envier aux grandes compositions allemandes (et bien que l'inspiration de Franz Schubert soit assez évidente).

 

Si celui de Taneyev est particulièrement vivant (Quintet n°1 en Sol majeur opus 14), l'interprétation du quintet en La majeur opus 39 de Glazounov est plus calme, moins flamboyante, mais en même temps plus lyrique et nuancée. A noter le complexe final du quintette de Taneyev regroupant un grand nombre de thèmes avec variation qui viennent enrichir la composition. Le duo de violoncelles de la variation 6 du final du Taneyev est par ailleurs formidable.

 

La qualité technique de l'enregistrement est ici excellente et on aimerait que tous les bons quatuors ou quintettes puissent bénéficier de se soin particulier accordé à la production chez BIS. Un excellent disque.

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2016

 

Titre: Symphonie Fantastique

Compositeur: Hector Berlioz

Artistes: Daniele Gatti, Royal ConcertGebouw Orchestra

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son : Everett Porter

Editeur/Label: RCO

Année: 2016

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable

 

Les goûts et les couleurs, ainsi que l'idée très personnelle qu'on peut se faire d'une œuvre, sont souvent des points de désaccord entre mélomanes. Peut-on néanmoins cautionner une production de la Symphonie Fantastique d'Hector Berlioz aussi plate et ordinaire que celle-ci ? Pour ma part je ne vois pas comment...

 

On peut mettre en avant un certain modernisme pour justifier un climat qu'on qualifierait volontiers de glacial. On peut tout autant dénigrer des versions trop extraverties, comme celle de Gustavo Dudamel à la tête du Symphonique de Los Angeles chez Deutsche Gramophone (je dois bien admettre que j'adore celle-ci, malgré la piètre qualité technique de l'enregistrement ). Mais pour moi, cette symphonie doit rester, quoi qu'on puisse en penser, fantastique. Et avec cet enregistrement de Daniele Gatti, je cherche encore...

 

Même si les derniers mouvements (et notamment le Songe d'une nuit de Sabbat) paraissent un peu moins arides que les premiers, encore faut-il endurer tout l'ennui des "Rêveries Passions" et du second mouvement. Vision trop intellectuelle ? Sans doute... Dans les dernières sorties haute résolution du chef d'œuvre de Berlioz, un Valéry Gergiev offre davantage d'émotion et d'adhésion, même si on se trouve encore loin des meilleures références en la matière.

 

La prise de son, très propre, ajoute au côté clinique de l'interprétation, et n'aide pas vraiment à faire oublier l'austérité ambiante, comme si les contrebasses étaient tronquées. L'orchestre semble capté de très loin et on se retrouve presque au troisième balcon, chouette ça ne m'arrive pas si souvent !

Pas grand chose donc pour sauver ce début calamiteux de Gatti à la tête du Concertgebouw d'Amsterdam. Espérons que cela ne soit qu'un bref moment d'égarement...

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2016

 

Titre: Roussel, Debussy, Poulenc

Compositeur: Albert Roussel / Claude Debussy / Francis Poulenc

Artistes: Kazuki Yamada, Orchestre de la Suisse Romande

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son : Karel Bruggeman

Editeur/Label: Pentatone

Année: 2016

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel

 

Un répertoire français très bien servi d'un point de vue tant artistique que technique. Le chef Kazuki Yamada confirme ses excellents débuts et nous livre avec l'Orchestre de Suisse Romande une interprétation très vivante et chaleureuse d'œuvres qui ont été finalement assez peu enregistrées.

Les Suites 1 et 2 du ballet « Bacchus et Ariane » Op.43 d'Albert Roussel sont menées avec puissance et délicatesse. Yamada aurait-il donc la fameuse poigne de fer dans le gan de velours ? Il y a beaucoup de générosité lyrique, et en même temps de retenue, dans l'orchestration du Japonais. Bel exemple de maturité et de connaissance de ce répertoire français...

 

Les « Six Epigraphes Antiques » de Claude Debussy, dans l’orchestration d’Ernest Ansermet datant de 1932, mettent davantage en évidence la sensibilité et la précision de Yamada, tandis que la suite d’orchestre « Les Biches » de Francis Poulenc braque de nouveau le projecteur sur cette espèce de flamboyance raisonnée nippone.

 

La qualité technique de l'enregistrement est un cran au dessus de la production habituelle de Pentatone. Autant dire qu'elle s'élève à un très haut niveau. Nous tenons donc là une très belle production, à recommander sans la moindre réserve.

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2016

 

Titre: Sergio Tiempo plays Liszt and Tchaikovsky

Compositeur: Franz Liszt / Piotr Ilitch Tchaïkovski

Artistes: Sergio Tiempo (piano), Orchestre de la Suisse Italienne

Format: CD-SACD hybride

Editeur/Label: AvantiClassic

Année: 2011

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel

 

L'Argentine est une terre exaltante, et certains de ses artistes le sont tout autant à l'instar d'un Gustavo Dudamel et son Orchestre Simon Bolivar, ou du pianiste Sergio Tiempo, chouchou de Martha Argerich, qui signe ici son premier enregistrement avec orchestre.

Cet enregistrement live captive l'auditeur dés les premières notes de la Totentanz de Liszt. Arriver à donner une nouvelle perspective du concerto de Tchaïkovsky est encore plus étonnant et rare. Ces versions sont ébouriffantes, décoiffantes, et ne feront sans doute pas l'unanimité.

Mais nom d'une pipe, qu'est-ce que c'est plaisant !

La fougue ainsi que le tempo non académique du pianiste sont vraiment communicatifs. Les trois sonnets de Pétrarque sont tout autant somptueux que le reste. Les nuances multiples, les passages alternant douceur romantique et puissance démoniaque font de cet enregistrement une référence tant technique qu'artistique et l'Orchestre de la Suisse Italienne se hisse au niveau des plus grands, grâce à une performance de grande classe des chefs Ion Marin et Alexandre Rabinovitch. La qualité de production est quant à elle iréprochable.

 

Un très grand disque !

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2016

 

Titre: Live at the LOA - Summer Wind

Compositeur: divers

Artistes: Ray Brown (basse), Gene Harris (piano), Jeff Hamilton (batterie)

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son: Graemme Brown

Editeur/Label: Concord Jazz

Année: 2003

Genre: Jazz

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable

 

C'est une bonne prise de son live, dans le sens où l'énergie et le plaisir des trois compères à jouer sur scène paraît presque intacte. Quelques effets de zoom sur la contrebasse et la batterie à certains moments, mais ceci n'est pas vraiment rédhibitoire.

Quand les trois musiciens s'expriment en même temps, la scène ouvre beaucoup, avec pas mal d'infra grave mais il est bien contrôlé.

 

D'un point de vue artistique, l'énergie est communicative et on se prend vite à taper du pied et dodeliner de la tête. C'est un enregistrement qui remonte à 1988 et le travail de remastering DSD a plutôt été fait correctement. Pas sûr que le DSD apporte grand chose, mais en tout cas, il ne semble pas avoir perverti la bande originale. Les informations de salle avec le téléphone (fixe) qui sonne au fond du local mettent dans l'ambiance et en fermant les yeux, on s'y croirait vraiment. Le son ne semble à aucun moment compressé même en écoutant à volume élevé. Un album très attachant.

 

 

Joël Chevassus- Octobre 2016

 

Titre: Lynne Arriale Trio Live

Compositeur: divers

Artistes: Lynne Arriale (piano),Jay Anderson (basse), Steve Davis (batterie)

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son: Hans-Jörg Mauksch

Editeur/Label: In & Out Records

Année: 2005

Genre: Jazz

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Cet album, enregistré lors d’un concert donné en Allemagne au Burghausen Jazzwoche Festival en 2005, est très varié puisqu’il réunit des compositions de Feldman, Monk ou bien encore Lennon/ McCartney. Ce n’est pas un jazz très complexe ou intellectuel. Mais ça joue, et le trio fonctionne à merveille. Quoi de plus enthousiasmant qu’un(e) pianiste inspiré(e) avec une rythmique solide à la contrebasse et à la batterie ?

Lynne Arriale remplit son contrat avec brio même si on n’est pas non plus au niveau d’un Herbie Hancock du temps où il était encore à son apogée avec son album « New Standards ». Le jeu de la pianiste est en tout cas d’une grande lisibilité, sans pour autant que les instruments soient captés de trop près (ou du moins donnent cette impression).

Ajoutez une bonne prise de son live retranscrivant bien l’acoustique de la salle de concert avec une belle réverbération, et on a l’impression d’être parmi le public. L’image stéréo est assez large, et l’équilibre tonal est globalement plaisant, ni trop brillant ni trop descendant, comme c’est parfois le cas sur certains enregistrements en public. Un très bon moment.

 

 

Joël Chevassus- Octobre 2016

 

Titre: Bach : Suites anglaises n° 2 & 6, Concerto Italien

Compositeur: Jean-Sébastien Bach

Artistes: Pierre Hantaï (clavecin)

Format: CD - 24 bit / 88.2 kHz

Ingénieur du son: Nicolas Bartholomée

Editeur/Label: Mirare

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel

 

Pour la plupart des mélomanes et des musiciens, les titres des suites pour clavier de Bach signalent différents parfums de l’Europe musicale. Les Suites françaises seraient un essai de jeunesse composé de danses délicatement ornées, les Suites allemandes (partitas) un exemple tardif de pièces sérieuses et contrapuntiques. Pour les «anglaises», on peine à trouver des références précises, le style anglais du XVIIIe siècle manifestant un goût prononcé pour le mélange de style...
 
Dans cet album, Pierre Hantaï nous expose un travail particulièrement soigné, mélange de liberté de l'appropriation personnelle de l'oeuvre et de propreté dans l'exécution. On ne trouvera guère de fiopritures ici que ce soit dans les Suites ou le Concerto, mais une interprétation précision, presque clinique,  non sans rappeler l'enseignement que lui a prodigué Gustav Leonhardt.
L'enregistrement et la prise de son m'ont parus excellents. Le clavecin, capté de près, dévoile toute la richesse tonale et harmonique dont il est capable. C'est assez bien vu finalement de ne pas exacerber les ambiances de salle, soulignant souvent la sonorité un peu trop brillante ou clinquante de l'instrument. Ce n'est évidemment pas le cas de cet album.

Les quatre chorals joués en interlude de chacune des oeuvres jouées amènent une respiration et un rythme apaisant. C'est au final une très belle réussite que ce dernier opus de Pierre Hantaï, un claveciniste qui fera date après les intouchables Leonhardt et Ross...
 

 

Joël Chevassus- Février 2016

 

Titre: Rosary Sonatas

Compositeur: Heinrich Ignaz Franz von Biber

Artistes: Rachel Podger (violon) - David Miller, Marcin Swiatkiewicz, Jonathan Manson (basse continue)

Format: DSD 64 - SACD hybride

Ingénieur du son: Jared Sacks

Editeur/Label: Channel Classics

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel

 

Rachel Podger a la réputation de réussir tout ce qu'elle entreprend. Il est vrai que ces dernières années ont été particulièrement fructueuses et c'était sans doute le moment opportun pour s'attaquer à un répertoire aussi difficile que celui des Sonates du Rosaire pour violon et basse continue.

En effet, l'œuvre du compositeur allemand, passé maître dans l'art de la scordature (procédé consistant à accorder l'instrument de différentes façons pour en étendre la tessiture), est faite de contrastes, naviguant entre virtuosité énergique et raffinement sensuel.

Les sonates sur les mystères du Rosaire sont aujourd'hui considérées comme un monument de la littérature pour violon, sorte d'Everest du violon baroque. La diversité des formes, des tonalités, des accords en scordature, et des tempi fait de ces sonates un défi technique mais aussi interprétatif car cette diversité autorise de fait différentes lectures.

 

Rachel Podger nous offre ici une version très aboutie, mettant particulièrement bien en valeur les contrastes imposés par la partition, sans pour autant la surjouer. En effet, chaque mouvement est très bien caractérisé et distinct des suivants. La basse continue mettant en scène trois protagonistes à des instruments aussi variés que la théorbe, le clavecin, l'orgue, le violoncelle ou bien encore la viole de gambe, est parfaitement intégrée, et participe à la diversité de l'œuvre pour violon en amenant de subtiles nuances de tonalités, sans être pour autant prendre le pas sur le violon.

Il n'y a pas grand chose à dire à propos de la maîtrise technique de Podger, qui au fil des ans s'est imposée comme une des plus grandes violonistes baroques de sa génération. Cette interprétation se hisse ainsi parmi les références, en compagnie des versions de Bismuth et Goebbels.

La prise de son et la qualité de l'enregistrement sont irréprochables, raison de plus pour faire figurer ce nouvel opus sur la première marche du podium audiophile, et lui vaut au passage un grand frisson amplement mérité.

 

Joël Chevassus- Février 2016

 

Titre: Haydn : Violin Concerto N°1 / Sinfonia Concertante

Compositeur: Joseph Haydn

Artistes: Pinchas Zukerman - Los Angeles Philharmonic Orchestra

Format: DSD 64 - SACD hybride

Editeur/Label: PentaTone

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

La maison Pentatone s'est attelée à rendre disponible en SACD un certain nombre de pépites Deutsche Grammophon enregistrées en multi-canal dans les années 70. En l'occurrence, il s'agit là d'une performance datant de 1977 de Pinchas Zukerman, en tant que soliste et conducteur du Philharmonique de Los Angeles dans le concerto n°1 pour violon en ut majeur de Joseph Haydn et sa symphonie concertante en si bémol. Cet enregistrement original de DG avait été en ce temps capté en quadriphonie malgré l'impossibilité technique pour les audiophiles de l'époque de l'exploiter.

Le remastering DSD multi-canal est supposé rendre l'éclat original de ces prises de son. Il n'en reste pas moins que peu de personnes sont encore équipées pour la quadriphonie, et le multi-canal en audio reste également bien en retrait de ce qu'il peut être pour le home cinéma...

 

La sonorité pleine et délicieusement vintage du violoniste israélien contraste avec une orchestration plutôt moderne pour l'époque. Le tempo adopté est assez lent mais cela ne n'empêche pas une restitution très vivante de ce concerto baroque. Dans la symphonie concertante, Pinchas Zukerman est accompagné de Ronald Leonhard au violoncelle, de Barbara Winters au hautbois et par David Breidenthal au basson (formant ce quatuor de solistes peu usuel). On apprécie tout particulièrement la ferveur de l'interprétation et le raffinement du jeu de Zukerman et Winters. Je n'ai pas trouvé tout l'éclat des cordes et la subtilité d'un Adam Fischer ou d'un Frans Brüggen mais cette version fait néanmoins partie des très bons enregistrements de cette symphonie concertante et c'est une excellente initiative de Naxos et Pentatone que de donner un coup de jeune à ces trésors de Deutsche Grammophon.

 

Joël Chevassus- Février 2016

 

Titre: Bach : Lutheran Masses II

Compositeur: Jean sébastien Bach, Marco Gioseppe Peranda

Artistes: Bach Collegium Japan

Format: DSD 64 - SACD hybride

Ingénieur du son: Matthias Spitzbarth

Editeur/Label: BIS

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Et voici la suite du premier volume des messes luthériennes enregistré par le Collegium Japan (coeur et orchestre) sous la direction du maître Suzuki. Ces quatre messes latines sont un chemin préparatoire vers la célèbre Messe en si mineur (BW 232m). Les Messes en la majeur (BW 234) et fa majeur (BW 233) viennent donc terminer ce cycle. Le chef japonais clôt ce double album avec la messe en la mineur de Marco Gioseppe Peranda, qui avait été reprise par Jean-Sébastien Bach.

Les chanteurs associés sont les mêmes que ceux du premier volume, à savoir la soprane Hana Blazikova, le contre-ténor Robin Blaze, le ténor Katsuhiko Nakashima et le basse Peter Kooij.

 

Dans ces deux dernières messes luthériennes, les instruments à vents viennent apporter une voix supplémentaire ainsi qu'une couleur toute particulière, que ce soit les deux flutes dans la messe en la, que les cors dans la messe en fa.

La direction colle à l'esprit de Leipzig et Suzuki impressionne encore par sa rigueur et son naturel, permettant de rendre ces œuvres très vivantes sans pour autant pêcher par quelque indésirable excès de zèle.

 

J'ai été un peu moins impressionné par la qualité audio de ce second volet de ces parodies que par celle des BW 235 et 236. Il n'en reste pas moins que ce SACD est très honorable et ne dépareillera pas au sein de ma volumineuse collection des cantates et autres œuvres de Bach par Suzuki. Le contrepoint est maîtrisé, les différents pupitres fusionnent à merveille, et la douceur de la musique délivrée par le Bach Collegium Japan est un enchantement pour l'oreille.

Il constitue également l'occasion de découvrir (cela a été le cas pour moi) cette messe de Peranda qui s'inscrit parfaitement dans la grande tradition contrapuntique...  

 

Joël Chevassus- Février 2016

 

Titre: I Skogen : Nordic Songs

Compositeur: Sibelius, Grieg, Stenhammar, Alfvén

Artistes: Camilla Tilling (chant), Paul Rivinius (piano)

Format: DSD 64 - SACD hybride

Ingénieur du son: Marion Schwebel

Editeur/Label: BIS

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Après s'être essayée au répertoire de Strauss et de Schubert, la soprano suédoise Camilla Tilling nous revient chez le même éditeur vers des horizons plus familiers que sont ceux des répertoires de Grieg, Sibelius ou bien encore Stenhammar dont est tiré le titre de l'album "I Skogen" (Dans la forêt).

Ce récital est un mélange de textes allemands et suédois. L'interprétation des lieds d'Edvard Grieg (opus 48) et de ceux de Jean Sibelius (opus 50) sont particulièrement réussis. Sans doute nous sont-ils aussi moins étrangers...

 

Camilla Tilling allie la beauté cristalline à une expressivité rare, ce qui nous permet de découvrir ou redécouvrir le chant nordique du début vingtième. L'accompagnement de Paul Rivinius est parfaitement fusionnel et la magie opère pleinement. C'est une belle prise de son, bien que l'intérêt de la haute définition sur ce type d'enregistrement ne soit pas toujours d'une évidence flagrante.

L'écoute reste agréable et l'émotion communicative, du début jusqu'à la fin de ce nouvel album paru chez BIS records. Une belle réalisation.

 

Joël Chevassus- Février 2016

 

Titre: Vivaldi : I concerti dell'addio

Compositeur: Antonio Vivaldi

Artistes: Europa Galante - Fabio Biondi

Format: 24 bit / 88.2 kHz

Ingénieur du son: Fabio Framba

Editeur/Label: Glossa

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Le pyrotechnicien Fabio Biondi a cette réputation d'en faire parfois trop et son rival transalpin Giuliano Carmignola a sans doute dans le répertoire Vénitien marqué son empreinte grâce à une technique tout aussi impressionnante mais un son plus dense et plus incarné, bref avec davantage d'éloquence. Le maestro Carmignola avait d'ailleurs initié le mouvement en étant le premier à enregistrer ces concertos tardifs chez Sony, les peu connus et très matures "Late Concertos" d'Antonio Vivaldi, repris ici par Biondi sous l'appellation de "Farewell Concertos".

 

Il s'agit là des dernières compositions que le prêtre roux avait vendu à un collectionneur, le Comte Vinciguerra Collalto, après avoir perdu son récent mécène Viennois Charles VI, se retrouvant alors dans la misère la plus complète avant de décéder lui aussi un mois plus tard.

 

Cet héritage venant mettre un terme à la production de concertos pour violon la plus véhémente de toute l'histoire de la musique n'est pas à proprement parler un pan mineur de l'œuvre Vivaldienne, même s'ils n'ont finalement été enregistrés pour la première fois qu'il y a quinze ans par Carmignola. Pouvait-on néanmoins se risquer à défier le maître du "Baillot" sur son propre terrain, et même lorsqu'on s'appelle Fabio Biondi ?

 

C'est une question qui m'est à la fois facile et difficile. Difficile, parce que je suis un inconditionnel de Biondi, et que même si j'encense la performance de Carmignola et Marcon sur les Quatre Saisons, ce qu'a fait Biondi avec Europa Galante sur son premier enregistrement du classique Vivaldien reste spécial à mes oreilles, quelque chose qui me touche davantage alors que je vois dans la magnifique version de Carmignola davantage de recherche esthétique mais pas forcément davantage d'éloquence. C'est aussi une question facile car sur ces derniers concerti, ce que fait Fabio Biondi balaie tout ce qui a pu être fait avant, Carmignola y compris.

 

Car lorsque Biondi décide d'aller complètement droit au but, de laisser certaines excentricités de côté, on assiste à une performance d'une puissance émotionnelle inégalée. La virtuosité dévastatrice du patron d'Europa Galante se place alors au dessus du lot.

Et lorsque la prise de son est tout aussi remarquable, que dire de plus ?

 

Que cet enregistrement fera date sans nul doute chez tous les amoureux de Vivaldi et aussi chez les autres ? Certes, car il s'écoute du début à la fin avec une émotion constante. C'est peut-être ce que Biondi a délivré de meilleur à ce jour, et pourtant..

 

Joël Chevassus- Mai 2015

Titre: Manuel De Falla - El Amor Brujo

Compositeur: Manuel de Falla

Artistes: Peter et Zoltán Katona 

Format: DSD 64 - SACD hybride.

Ingénieur du son: Jared Sacks

Editeur/Label: Channel Classics

Année: 2009

Genre: Musique espagnole

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Les compositions de Manuel de Falla ont été fortement influencées par le Flamenco, et l'instrument central qu'est la guitare classique andalouse, malgré qu'il n'aura composé qu'une œuvre pour guitare dans toute sa carrière de compositeur.

L'idée a donc germé chez les deux frères jumeaux hongrois, Peter et Zoltan Katona, de retranscrire pour la guitare de nombreuses œuvres du célèbre compositeur espagnol qui n'étaient à l'origine pas écrites pour cet instrument mais qui s'en inspiraient néanmoins largement.

L'aspect très dynamique de la musique de Manuel de Falla a été à cette occasion renforcée par l'ajout de percussions.

La soprano Juanita Lascarra contribue à parfaire ce tableau flamenco, avec une belle intensité qu'on ne peut qu'apprécier dans "El amor brujo". C'est néanmoins tout en subtilité et en finesse que la chanteuse aborde ce répertoire en évitant de tomber dans la trappe de la caricature que pourrait suggérer ce genre musical, alors que le répertoire de Manuel de Falla impose une grande subtilité.

 

La production est superbe, comme c'est souvent le cas chez Channel Classics, et le rendu final est très proche du live. Les réverbérations de salle, la profondeur, l'ambiance sont vraiment bien restituées.

Les trois extraits du "Three cornered hat" sont extrêmement communicatifs et entraînants.

Les sept chansons populaires espagnoles regorgent de contrastes et de dynamique. On peut donc en conclure que c'est un disque très vivant, bien enregistré avec le bonus de la résolution du DSD.

Un de Falla à avoir dans sa SACD-thèque, au même titre que le "Three cornered hat" digitalisé par Esoteric. Un excellent disque.   

 

Joël Chevassus- Mai 2015

Titre: Musiques de Chambre

Compositeur: Carl Philipp Emanuel Bach

Artistes: Jean-Pierre Pinet, Fanny Paccoud, Etienne Mangot, Aline Zylberajch (Les Curiosités Esthétiques)

Format: PCM 16/44, 24/96

Ingénieur du son: Hannelore Guittet

Editeur/Label: NoMadMusic

Année: 2014

Genre: Musique de chambre

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

"Les Oeuvres de CPE Bach sont si singulières qu'un peu d'habitude est nécessaire pour y prendre plaisir" prévenait en 1773 l'historien Charles Burney, comme nous le rappelle Jean-Pierre Pinet qui dirige l'Ensemble "Les curiosités esthétiques".

Replacée dans son contexte historique, la musique de CPE Bach est donc considérée comme "moderne", par ses harmonies, ses intervalles et finalement sa liberté et le discours musical propre de CPE Bach.

Vu de très (très) loin, l'oreille semble en terrain connu, entre Jean-Sébastien Bach et Joseph Haydn. Pourtant en la tendant un tout petit peu plus cette oreille, on va de surprise mélodique ou rhytmique en moments poétiques et rêveurs absolus.

Le choix de ces "musiques de chambre", permet de voyager dans cet univers finalement peu connu et reconnu, où la taille des formations permet une imprégnation complète de cette musique.

Les instrumentistes y sont simplement merveilleux, donnant l'impression de découvrir et d'inventer ce qu'il jouent, en s'écoutant et se répondant les uns aux autres dans une spontanéité confondante.

Cela n'empêche nullement, au contraire, de sentir la construction sous jacente. Comme les grands professsionels qu'ils sont et au contraire de certain baroqueux de foire, ces musiciens n'ont pas besoin de démontrer qu'ils ont compris l'architecture et la construction, ils parlent CPE Bach, sans se demander ou essayer de nous faire comprendre s'il faut placer le complément d'objet direct proche du verbe.

A la prise de son, Hannelore Guittet nous offre une écoute très réaliste, à la "bonne" distance, avec un équilibre réjouissant des instruments, de superbes timbres, notamment pour la flûte dont il n'est pas si courant d'obtenir la plénitude à la fois sans "sifflements" et sans être écrasée par les autres instruments. Le timbre du piano forte est un grand bonheur à lui tout-seul.

 

Les albums pour lesquels je suis autant emporté par la musique que par la prise de son ne sont pas si nombreux, je n'ai donc aucun état d'âme à attribuer un Grand Frisson 2015 à ces Musiques de Chambre.

 

Thierry Nkaoua - Avril 2015

Titre: Carmina Burana

Compositeur: Carl Orff

Artistes: Jos Van Immerseel, Yeree Suh, Yves Saelens, Thomas Bauer, Anima Eterna Brugge, Collegium Vocale Gent, Cantate Domino

Format: PCM 16/44, 24/96

Ingénieurs du son: Markus Heiland et Andreas Neubronner 

Editeur/Label: Zig-Zag Territoires

Année: 2014

Genre: Cantate

Intérêt du format HD (Exceptionne, Réel, Discutable): Réel

 

Carmina Burana est sans doute "trop" connu pour sa première pièce, O Fortuna, par l'emploi immodéré qui en a été fait dans divers films et publicités et pour lesquels des orchestrations tonitruantes et écrasantes de cordes ont trop souvent été utilisées.

Dans une approche au plus près de l'oeuvre, Jos Immerseel choisit, entre autres, de redonner aux vents la place qui leur est convient avec des pupitres triplés. S'en suit une inteprétation réjouissante, où l'équilibre autant que les contrastes cordes/vents/voix/percussions sont plus lisibles et sans doute plus conformes aux intentions de Carl Orff.

La prise de son effectuée en direct lors de 2 concerts au Concertgebouw de Brugge est impressionnante de réalisme, de clareté et de dynamique.

Un superbe album, autant pour son interprétation dépoussierée, que pour une prise de son et une production aboutie.

 

Thierry Nkaoua - Mars 2015

Titre: Symphonie fantastique / Ouverture Waverley

Compositeur: Hector Berlioz

Artistes: Valery Gergiev, London Symphony Orchestra

Format: PCM 16/44, SACD stéréo et multicanal, Blu-ray pure audio

Ingénieur du son: Jonathan Stokes

Editeur/Label: LSO Live

Année: 2014

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Avec ces enregistrements live du LSO au Barbican Centre captés à la fin 2013, Valery Gergiev introduit la première version de son cycle Berlioz.

S'attaquer à l'héritage laissé par Sir Colin Davis, c'est en effet l'ambition de Gergiev qui affiche, dés ce premier opus de la Symphonie Fantastique, une grande empathie pour la musique d'Hector Berlioz.

Surprenant par la fluidité et la douceur qu'il arrive à distiller dans les « rêveries » ou « un bal », le Chef au cure-dent est flamboyant dans les derniers mouvements. C'est ainsi que l'on retrouve les extrêmes au sein d'une même œuvre fortement chargée émotionnellement. De la quête désespérée de l'amour aux cauchemars les plus dantesques, on apprécie une interprétation très personnelle et inspirée.

Ayant le choix entre SACD hybride et Blu Ray audio et vidéo (DTS - HD MA 24 bits / 192 kHz - vidéo complète de la Symphonie Fantastique), on pourra tout dire à propos du nouveau Gergiev, mais on devra bien reconnaître la générosité de la production de la collection LSO Live.

Le respect des timbres, la richesse tonale des bois, des cordes et des cuivres, en font un enregistrement totalement audiophile en dépit d'une acoustique du Barbican qu'on sait perfectible.

L'ouverture Waverley, inspirée du roman de Walter Scott, permet de conclure cette première édition de ce nouveau cycle Berlioz avec une interprétation toujours aussi qualitative.

Alors pourquoi bouder son plaisir alors que cette œuvre a été aussi rarement enregistrée avec une telle clarté et servie par une prise de son si remarquable ? Bravo.

 

Joël Chevassus - Mars 2015

Titre: Bach - Vivaldi : Magnificat & Concerti

Compositeur: J.S. Bach / A. Vivaldi

Artistes: Jordi Savall, Pierre Hentaï, La Capella Reial de Catalunya, Le Concert des Nations

Format: PCM 16/44, SACD stéréo et multicanal, DVD

Ingénieur du son: Manuel Mohino

Editeur/Label: Alia Vox

Année: 2014

Genre: Baroque

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Difficile de faire plus prolifique que Jordi Savall, et ce dernier enregistrement chez Alia Vox est une fois de plus la preuve que la quantité ne se fait pas toujours au détriment de la qualité.

C'est une production léchée même si, parfois, la captation directe live ne renvoie pas une image stéréo très structurée, et que le souffle ainsi que l'environnement proche des micros ressortent avec beaucoup d'acuité.

Ce n'est pas non plus une production artistique complètement égale du début à la fin. Ce chassé-croisé Bach – Vivaldi semble davantage réussi en ce qui concerne le Magnificat de Bach (enregistré à Fontfroide), ou le Concerto en ré mineur par Pierre Hentaï, véritable pépite de ce SACD multi-canal. On aurait parfois souhaité avoir plus de séparation entre le concertiste et l'orchestre (du moins en version stéréo du SACD) mais le jeu du claveciniste et l'ardeur du Concert des Nations sont à la hauteur de nos espérances, voire au delà.

Les choeurs offrent à chaque instant une justesse et un équilibre qui permettent à l'ensemble du programme de célébrer une sorte de grâce collective, qui pourra sans doute rivaliser avec les sommets de la discographie des deux Magnificats, un cran en dessous néanmoins du Magnificat de Bach par Jean-Philippe Pierlot ou celui de Richard Hickox.

Enregistrement : septembre 2003 à la Collégiale du Château de Cardona (RV578), en "live" les 28 & 29 juin 2013 en la Chapelle royale du Château de Versailles (RV610 & BWV 243), en "live" le 18 juillet 2013 en l'Abbaye de Fontfroide (BWV 1052).

 

Une très bonne prestation au global, tant artistique que technique.

 

Joël Chevassus - Mars 2015

Titre: Virtual Crime

Compositeur: Rémi Dumoulin

Artiste: Kino Sounds: Rémi Dumoulin, Matthieu Metzger, Sylvain Bardiau, Yoann Serra, Bruno Ruder

Format: PCM 16/44, 24/96 et 24/192

Ingénieur du son: Matthieu Metzger

Editeur/Label: NoMadMusic

Année: 2014

Genre: Jazz

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Voici un album "concept" intéressant à plus d'un titre dans lequel Rémi Dumoulin compose une musique pour une sorte de cinéma sans image.

Malgré les titres faisant référence à l'univers cinématographique, il s'agit avant tout de l'imaginaire, plutôt onirique, de Rémi Dumoulin face au 7ème art.

A moins qu'elles ne m'aient échappé, inutile par exemple de chercher des références musicales directes à l'adagietto de la 5ème symphonie de Mahler dans la piste Flowers for Gustav qui n'est qu'une sorte de dédicace.

Les musiciens, cuivres, batterie et célesta sont excellents et "jouent le jeu" de l'auteur.

L'univers de Rémi Dumoulin fait apparaitre ici et là des influences, ou plutôt de plaisants clins d'oeil, allant, entre autres, de la Habanera de Carmen de Bizet (piste Tangow) à Bach (piste Joan Bennett).

 

Cet album n'est pas du "easy listening". Sous ma plume, c'est à la fois un compliment et un léger regret.

Compliment, parce qu'il y existe une vraie recherche à la fois structurelle et sonore. Regret, parce que le langage autant que le discours me semblent, parfois, de nature à risquer de "perdre" l'auditeur en le maintenant dans un rôle trop contemplatif de ce que vivent et racontent les musiciens.

 

La prise de son et le mix/mastering sont plutôt "d'ensemble": l'image globale est privilégiée à la dynamique ou aux timbres individuels. Il n'y a là aucun défaut majeur, mais apparemment un choix esthétique.

Néanmoins, j'aurais préféré pouvoir profiter d'une meilleure dynamique de chaque instrument, ayant l'impression qu'une écoute en direct de cette musique serait nettement moins "lisse", avec des cuivres plus présents et plus "sonores" que dans cet enregistrement. La prise de son en 24 bits aurait du pouvoir contribuer à cela.

 

Un album donc plus qu'intéressant, la découverte d'un compositeur qui a quelque chose à raconter, et des musiciens redoutables.

 

Thierry Nkaoua - Février 2015

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