CRITIQUES DISCOGRAPHIQUES

Nous traitons de façon quasi exclusive dans cette rubrique des enregistrements audiophiles HD PCM et DSD. L'acquisition de ces titres étant plus onéreuse que celles des fichiers red book 16 bit / 44,1 kHz, nous entendons donner notre avis objectif sur la qualité technique de l'enregistrement, et pleinement subjectif sur l'intérêt artitistique en lui-même, afin de guider nos lecteurs dans l'achat d'oeuvres de référence tous genres musicaux confondus.

 

 

Titre: Taneyev - Glazunov : String Quintets

Compositeur: Sergei Taneyev, Alexander Glazounov

Artistes: Gringolts Quartet, Christian Poltera

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son : Jens Braun

Editeur/Label: BIS

Année: 2015

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Le quatuor du violoniste russe Ilya Gringolts, après s'être essayé à Brahms et Schumann, s'attaque cette fois-ci au répertoire russe en compagnie du violoncelliste suisse Christian Poltera. Les quintettes à cordes de Sergei Taneyev et d'Alexander Glazounov sont injustement méconnus, comme globalement une bonne part de la musique de chambre russe qui a été longtemps considérée comme trop éloignée de la vraie identité folklorique nationale. C'est dommage, car ces quintettes pour cordes sont vraiment exaltants et certainement dignes du plus grand intérêt, sans avoir rien à envier aux grandes compositions allemandes (et bien que l'inspiration de Franz Schubert soit assez évidente).

 

Si celui de Taneyev est particulièrement vivant (Quintet n°1 en Sol majeur opus 14), l'interprétation du quintet en La majeur opus 39 de Glazounov est plus calme, moins flamboyante, mais en même temps plus lyrique et nuancée. A noter le complexe final du quintette de Taneyev regroupant un grand nombre de thèmes avec variation qui viennent enrichir la composition. Le duo de violoncelles de la variation 6 du final du Taneyev est par ailleurs formidable.

 

La qualité technique de l'enregistrement est ici excellente et on aimerait que tous les bons quatuors ou quintettes puissent bénéficier de se soin particulier accordé à la production chez BIS. Un excellent disque.

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2016

 

Titre: Symphonie Fantastique

Compositeur: Hector Berlioz

Artistes: Daniele Gatti, Royal ConcertGebouw Orchestra

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son : Everett Porter

Editeur/Label: RCO

Année: 2016

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable

 

Les goûts et les couleurs, ainsi que l'idée très personnelle qu'on peut se faire d'une œuvre, sont souvent des points de désaccord entre mélomanes. Peut-on néanmoins cautionner une production de la Symphonie Fantastique d'Hector Berlioz aussi plate et ordinaire que celle-ci ? Pour ma part je ne vois pas comment...

 

On peut mettre en avant un certain modernisme pour justifier un climat qu'on qualifierait volontiers de glacial. On peut tout autant dénigrer des versions trop extraverties, comme celle de Gustavo Dudamel à la tête du Symphonique de Los Angeles chez Deutsche Gramophone (je dois bien admettre que j'adore celle-ci, malgré la piètre qualité technique de l'enregistrement ). Mais pour moi, cette symphonie doit rester, quoi qu'on puisse en penser, fantastique. Et avec cet enregistrement de Daniele Gatti, je cherche encore...

 

Même si les derniers mouvements (et notamment le Songe d'une nuit de Sabbat) paraissent un peu moins arides que les premiers, encore faut-il endurer tout l'ennui des "Rêveries Passions" et du second mouvement. Vision trop intellectuelle ? Sans doute... Dans les dernières sorties haute résolution du chef d'œuvre de Berlioz, un Valéry Gergiev offre davantage d'émotion et d'adhésion, même si on se trouve encore loin des meilleures références en la matière.

 

La prise de son, très propre, ajoute au côté clinique de l'interprétation, et n'aide pas vraiment à faire oublier l'austérité ambiante, comme si les contrebasses étaient tronquées. L'orchestre semble capté de très loin et on se retrouve presque au troisième balcon, chouette ça ne m'arrive pas si souvent !

Pas grand chose donc pour sauver ce début calamiteux de Gatti à la tête du Concertgebouw d'Amsterdam. Espérons que cela ne soit qu'un bref moment d'égarement...

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2016

 

Titre: Roussel, Debussy, Poulenc

Compositeur: Albert Roussel / Claude Debussy / Francis Poulenc

Artistes: Kazuki Yamada, Orchestre de la Suisse Romande

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son : Karel Bruggeman

Editeur/Label: Pentatone

Année: 2016

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel

 

Un répertoire français très bien servi d'un point de vue tant artistique que technique. Le chef Kazuki Yamada confirme ses excellents débuts et nous livre avec l'Orchestre de Suisse Romande une interprétation très vivante et chaleureuse d'œuvres qui ont été finalement assez peu enregistrées.

Les Suites 1 et 2 du ballet « Bacchus et Ariane » Op.43 d'Albert Roussel sont menées avec puissance et délicatesse. Yamada aurait-il donc la fameuse poigne de fer dans le gan de velours ? Il y a beaucoup de générosité lyrique, et en même temps de retenue, dans l'orchestration du Japonais. Bel exemple de maturité et de connaissance de ce répertoire français...

 

Les « Six Epigraphes Antiques » de Claude Debussy, dans l’orchestration d’Ernest Ansermet datant de 1932, mettent davantage en évidence la sensibilité et la précision de Yamada, tandis que la suite d’orchestre « Les Biches » de Francis Poulenc braque de nouveau le projecteur sur cette espèce de flamboyance raisonnée nippone.

 

La qualité technique de l'enregistrement est un cran au dessus de la production habituelle de Pentatone. Autant dire qu'elle s'élève à un très haut niveau. Nous tenons donc là une très belle production, à recommander sans la moindre réserve.

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2016

 

Titre: Sergio Tiempo plays Liszt and Tchaikovsky

Compositeur: Franz Liszt / Piotr Ilitch Tchaïkovski

Artistes: Sergio Tiempo (piano), Orchestre de la Suisse Italienne

Format: CD-SACD hybride

Editeur/Label: AvantiClassic

Année: 2011

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel

 

L'Argentine est une terre exaltante, et certains de ses artistes le sont tout autant à l'instar d'un Gustavo Dudamel et son Orchestre Simon Bolivar, ou du pianiste Sergio Tiempo, chouchou de Martha Argerich, qui signe ici son premier enregistrement avec orchestre.

Cet enregistrement live captive l'auditeur dés les premières notes de la Totentanz de Liszt. Arriver à donner une nouvelle perspective du concerto de Tchaïkovsky est encore plus étonnant et rare. Ces versions sont ébouriffantes, décoiffantes, et ne feront sans doute pas l'unanimité.

Mais nom d'une pipe, qu'est-ce que c'est plaisant !

La fougue ainsi que le tempo non académique du pianiste sont vraiment communicatifs. Les trois sonnets de Pétrarque sont tout autant somptueux que le reste. Les nuances multiples, les passages alternant douceur romantique et puissance démoniaque font de cet enregistrement une référence tant technique qu'artistique et l'Orchestre de la Suisse Italienne se hisse au niveau des plus grands, grâce à une performance de grande classe des chefs Ion Marin et Alexandre Rabinovitch. La qualité de production est quant à elle iréprochable.

 

Un très grand disque !

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2016

 

Titre: Live at the LOA - Summer Wind

Compositeur: divers

Artistes: Ray Brown (basse), Gene Harris (piano), Jeff Hamilton (batterie)

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son: Graemme Brown

Editeur/Label: Concord Jazz

Année: 2003

Genre: Jazz

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable

 

C'est une bonne prise de son live, dans le sens où l'énergie et le plaisir des trois compères à jouer sur scène paraît presque intacte. Quelques effets de zoom sur la contrebasse et la batterie à certains moments, mais ceci n'est pas vraiment rédhibitoire.

Quand les trois musiciens s'expriment en même temps, la scène ouvre beaucoup, avec pas mal d'infra grave mais il est bien contrôlé.

 

D'un point de vue artistique, l'énergie est communicative et on se prend vite à taper du pied et dodeliner de la tête. C'est un enregistrement qui remonte à 1988 et le travail de remastering DSD a plutôt été fait correctement. Pas sûr que le DSD apporte grand chose, mais en tout cas, il ne semble pas avoir perverti la bande originale. Les informations de salle avec le téléphone (fixe) qui sonne au fond du local mettent dans l'ambiance et en fermant les yeux, on s'y croirait vraiment. Le son ne semble à aucun moment compressé même en écoutant à volume élevé. Un album très attachant.

 

 

Joël Chevassus- Octobre 2016

 

Titre: Lynne Arriale Trio Live

Compositeur: divers

Artistes: Lynne Arriale (piano),Jay Anderson (basse), Steve Davis (batterie)

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son: Hans-Jörg Mauksch

Editeur/Label: In & Out Records

Année: 2005

Genre: Jazz

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Cet album, enregistré lors d’un concert donné en Allemagne au Burghausen Jazzwoche Festival en 2005, est très varié puisqu’il réunit des compositions de Feldman, Monk ou bien encore Lennon/ McCartney. Ce n’est pas un jazz très complexe ou intellectuel. Mais ça joue, et le trio fonctionne à merveille. Quoi de plus enthousiasmant qu’un(e) pianiste inspiré(e) avec une rythmique solide à la contrebasse et à la batterie ?

Lynne Arriale remplit son contrat avec brio même si on n’est pas non plus au niveau d’un Herbie Hancock du temps où il était encore à son apogée avec son album « New Standards ». Le jeu de la pianiste est en tout cas d’une grande lisibilité, sans pour autant que les instruments soient captés de trop près (ou du moins donnent cette impression).

Ajoutez une bonne prise de son live retranscrivant bien l’acoustique de la salle de concert avec une belle réverbération, et on a l’impression d’être parmi le public. L’image stéréo est assez large, et l’équilibre tonal est globalement plaisant, ni trop brillant ni trop descendant, comme c’est parfois le cas sur certains enregistrements en public. Un très bon moment.

 

 

Joël Chevassus- Octobre 2016

 

Titre: Bach : Suites anglaises n° 2 & 6, Concerto Italien

Compositeur: Jean-Sébastien Bach

Artistes: Pierre Hantaï (clavecin)

Format: CD - 24 bit / 88.2 kHz

Ingénieur du son: Nicolas Bartholomée

Editeur/Label: Mirare

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel

 

Pour la plupart des mélomanes et des musiciens, les titres des suites pour clavier de Bach signalent différents parfums de l’Europe musicale. Les Suites françaises seraient un essai de jeunesse composé de danses délicatement ornées, les Suites allemandes (partitas) un exemple tardif de pièces sérieuses et contrapuntiques. Pour les «anglaises», on peine à trouver des références précises, le style anglais du XVIIIe siècle manifestant un goût prononcé pour le mélange de style...
 
Dans cet album, Pierre Hantaï nous expose un travail particulièrement soigné, mélange de liberté de l'appropriation personnelle de l'oeuvre et de propreté dans l'exécution. On ne trouvera guère de fiopritures ici que ce soit dans les Suites ou le Concerto, mais une interprétation précision, presque clinique,  non sans rappeler l'enseignement que lui a prodigué Gustav Leonhardt.
L'enregistrement et la prise de son m'ont parus excellents. Le clavecin, capté de près, dévoile toute la richesse tonale et harmonique dont il est capable. C'est assez bien vu finalement de ne pas exacerber les ambiances de salle, soulignant souvent la sonorité un peu trop brillante ou clinquante de l'instrument. Ce n'est évidemment pas le cas de cet album.

Les quatre chorals joués en interlude de chacune des oeuvres jouées amènent une respiration et un rythme apaisant. C'est au final une très belle réussite que ce dernier opus de Pierre Hantaï, un claveciniste qui fera date après les intouchables Leonhardt et Ross...
 

 

Joël Chevassus- Février 2016

 

Titre: Rosary Sonatas

Compositeur: Heinrich Ignaz Franz von Biber

Artistes: Rachel Podger (violon) - David Miller, Marcin Swiatkiewicz, Jonathan Manson (basse continue)

Format: DSD 64 - SACD hybride

Ingénieur du son: Jared Sacks

Editeur/Label: Channel Classics

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel

 

Rachel Podger a la réputation de réussir tout ce qu'elle entreprend. Il est vrai que ces dernières années ont été particulièrement fructueuses et c'était sans doute le moment opportun pour s'attaquer à un répertoire aussi difficile que celui des Sonates du Rosaire pour violon et basse continue.

En effet, l'œuvre du compositeur allemand, passé maître dans l'art de la scordature (procédé consistant à accorder l'instrument de différentes façons pour en étendre la tessiture), est faite de contrastes, naviguant entre virtuosité énergique et raffinement sensuel.

Les sonates sur les mystères du Rosaire sont aujourd'hui considérées comme un monument de la littérature pour violon, sorte d'Everest du violon baroque. La diversité des formes, des tonalités, des accords en scordature, et des tempi fait de ces sonates un défi technique mais aussi interprétatif car cette diversité autorise de fait différentes lectures.

 

Rachel Podger nous offre ici une version très aboutie, mettant particulièrement bien en valeur les contrastes imposés par la partition, sans pour autant la surjouer. En effet, chaque mouvement est très bien caractérisé et distinct des suivants. La basse continue mettant en scène trois protagonistes à des instruments aussi variés que la théorbe, le clavecin, l'orgue, le violoncelle ou bien encore la viole de gambe, est parfaitement intégrée, et participe à la diversité de l'œuvre pour violon en amenant de subtiles nuances de tonalités, sans être pour autant prendre le pas sur le violon.

Il n'y a pas grand chose à dire à propos de la maîtrise technique de Podger, qui au fil des ans s'est imposée comme une des plus grandes violonistes baroques de sa génération. Cette interprétation se hisse ainsi parmi les références, en compagnie des versions de Bismuth et Goebbels.

La prise de son et la qualité de l'enregistrement sont irréprochables, raison de plus pour faire figurer ce nouvel opus sur la première marche du podium audiophile, et lui vaut au passage un grand frisson amplement mérité.

 

Joël Chevassus- Février 2016

 

Titre: Haydn : Violin Concerto N°1 / Sinfonia Concertante

Compositeur: Joseph Haydn

Artistes: Pinchas Zukerman - Los Angeles Philharmonic Orchestra

Format: DSD 64 - SACD hybride

Editeur/Label: PentaTone

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

La maison Pentatone s'est attelée à rendre disponible en SACD un certain nombre de pépites Deutsche Grammophon enregistrées en multi-canal dans les années 70. En l'occurrence, il s'agit là d'une performance datant de 1977 de Pinchas Zukerman, en tant que soliste et conducteur du Philharmonique de Los Angeles dans le concerto n°1 pour violon en ut majeur de Joseph Haydn et sa symphonie concertante en si bémol. Cet enregistrement original de DG avait été en ce temps capté en quadriphonie malgré l'impossibilité technique pour les audiophiles de l'époque de l'exploiter.

Le remastering DSD multi-canal est supposé rendre l'éclat original de ces prises de son. Il n'en reste pas moins que peu de personnes sont encore équipées pour la quadriphonie, et le multi-canal en audio reste également bien en retrait de ce qu'il peut être pour le home cinéma...

 

La sonorité pleine et délicieusement vintage du violoniste israélien contraste avec une orchestration plutôt moderne pour l'époque. Le tempo adopté est assez lent mais cela ne n'empêche pas une restitution très vivante de ce concerto baroque. Dans la symphonie concertante, Pinchas Zukerman est accompagné de Ronald Leonhard au violoncelle, de Barbara Winters au hautbois et par David Breidenthal au basson (formant ce quatuor de solistes peu usuel). On apprécie tout particulièrement la ferveur de l'interprétation et le raffinement du jeu de Zukerman et Winters. Je n'ai pas trouvé tout l'éclat des cordes et la subtilité d'un Adam Fischer ou d'un Frans Brüggen mais cette version fait néanmoins partie des très bons enregistrements de cette symphonie concertante et c'est une excellente initiative de Naxos et Pentatone que de donner un coup de jeune à ces trésors de Deutsche Grammophon.

 

Joël Chevassus- Février 2016

 

Titre: Bach : Lutheran Masses II

Compositeur: Jean sébastien Bach, Marco Gioseppe Peranda

Artistes: Bach Collegium Japan

Format: DSD 64 - SACD hybride

Ingénieur du son: Matthias Spitzbarth

Editeur/Label: BIS

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Et voici la suite du premier volume des messes luthériennes enregistré par le Collegium Japan (coeur et orchestre) sous la direction du maître Suzuki. Ces quatre messes latines sont un chemin préparatoire vers la célèbre Messe en si mineur (BW 232m). Les Messes en la majeur (BW 234) et fa majeur (BW 233) viennent donc terminer ce cycle. Le chef japonais clôt ce double album avec la messe en la mineur de Marco Gioseppe Peranda, qui avait été reprise par Jean-Sébastien Bach.

Les chanteurs associés sont les mêmes que ceux du premier volume, à savoir la soprane Hana Blazikova, le contre-ténor Robin Blaze, le ténor Katsuhiko Nakashima et le basse Peter Kooij.

 

Dans ces deux dernières messes luthériennes, les instruments à vents viennent apporter une voix supplémentaire ainsi qu'une couleur toute particulière, que ce soit les deux flutes dans la messe en la, que les cors dans la messe en fa.

La direction colle à l'esprit de Leipzig et Suzuki impressionne encore par sa rigueur et son naturel, permettant de rendre ces œuvres très vivantes sans pour autant pêcher par quelque indésirable excès de zèle.

 

J'ai été un peu moins impressionné par la qualité audio de ce second volet de ces parodies que par celle des BW 235 et 236. Il n'en reste pas moins que ce SACD est très honorable et ne dépareillera pas au sein de ma volumineuse collection des cantates et autres œuvres de Bach par Suzuki. Le contrepoint est maîtrisé, les différents pupitres fusionnent à merveille, et la douceur de la musique délivrée par le Bach Collegium Japan est un enchantement pour l'oreille.

Il constitue également l'occasion de découvrir (cela a été le cas pour moi) cette messe de Peranda qui s'inscrit parfaitement dans la grande tradition contrapuntique...  

 

Joël Chevassus- Février 2016

 

Titre: I Skogen : Nordic Songs

Compositeur: Sibelius, Grieg, Stenhammar, Alfvén

Artistes: Camilla Tilling (chant), Paul Rivinius (piano)

Format: DSD 64 - SACD hybride

Ingénieur du son: Marion Schwebel

Editeur/Label: BIS

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Après s'être essayée au répertoire de Strauss et de Schubert, la soprano suédoise Camilla Tilling nous revient chez le même éditeur vers des horizons plus familiers que sont ceux des répertoires de Grieg, Sibelius ou bien encore Stenhammar dont est tiré le titre de l'album "I Skogen" (Dans la forêt).

Ce récital est un mélange de textes allemands et suédois. L'interprétation des lieds d'Edvard Grieg (opus 48) et de ceux de Jean Sibelius (opus 50) sont particulièrement réussis. Sans doute nous sont-ils aussi moins étrangers...

 

Camilla Tilling allie la beauté cristalline à une expressivité rare, ce qui nous permet de découvrir ou redécouvrir le chant nordique du début vingtième. L'accompagnement de Paul Rivinius est parfaitement fusionnel et la magie opère pleinement. C'est une belle prise de son, bien que l'intérêt de la haute définition sur ce type d'enregistrement ne soit pas toujours d'une évidence flagrante.

L'écoute reste agréable et l'émotion communicative, du début jusqu'à la fin de ce nouvel album paru chez BIS records. Une belle réalisation.

 

Joël Chevassus- Février 2016

 

Titre: Vivaldi : I concerti dell'addio

Compositeur: Antonio Vivaldi

Artistes: Europa Galante - Fabio Biondi

Format: 24 bit / 88.2 kHz

Ingénieur du son: Fabio Framba

Editeur/Label: Glossa

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Le pyrotechnicien Fabio Biondi a cette réputation d'en faire parfois trop et son rival transalpin Giuliano Carmignola a sans doute dans le répertoire Vénitien marqué son empreinte grâce à une technique tout aussi impressionnante mais un son plus dense et plus incarné, bref avec davantage d'éloquence. Le maestro Carmignola avait d'ailleurs initié le mouvement en étant le premier à enregistrer ces concertos tardifs chez Sony, les peu connus et très matures "Late Concertos" d'Antonio Vivaldi, repris ici par Biondi sous l'appellation de "Farewell Concertos".

 

Il s'agit là des dernières compositions que le prêtre roux avait vendu à un collectionneur, le Comte Vinciguerra Collalto, après avoir perdu son récent mécène Viennois Charles VI, se retrouvant alors dans la misère la plus complète avant de décéder lui aussi un mois plus tard.

 

Cet héritage venant mettre un terme à la production de concertos pour violon la plus véhémente de toute l'histoire de la musique n'est pas à proprement parler un pan mineur de l'œuvre Vivaldienne, même s'ils n'ont finalement été enregistrés pour la première fois qu'il y a quinze ans par Carmignola. Pouvait-on néanmoins se risquer à défier le maître du "Baillot" sur son propre terrain, et même lorsqu'on s'appelle Fabio Biondi ?

 

C'est une question qui m'est à la fois facile et difficile. Difficile, parce que je suis un inconditionnel de Biondi, et que même si j'encense la performance de Carmignola et Marcon sur les Quatre Saisons, ce qu'a fait Biondi avec Europa Galante sur son premier enregistrement du classique Vivaldien reste spécial à mes oreilles, quelque chose qui me touche davantage alors que je vois dans la magnifique version de Carmignola davantage de recherche esthétique mais pas forcément davantage d'éloquence. C'est aussi une question facile car sur ces derniers concerti, ce que fait Fabio Biondi balaie tout ce qui a pu être fait avant, Carmignola y compris.

 

Car lorsque Biondi décide d'aller complètement droit au but, de laisser certaines excentricités de côté, on assiste à une performance d'une puissance émotionnelle inégalée. La virtuosité dévastatrice du patron d'Europa Galante se place alors au dessus du lot.

Et lorsque la prise de son est tout aussi remarquable, que dire de plus ?

 

Que cet enregistrement fera date sans nul doute chez tous les amoureux de Vivaldi et aussi chez les autres ? Certes, car il s'écoute du début à la fin avec une émotion constante. C'est peut-être ce que Biondi a délivré de meilleur à ce jour, et pourtant..

 

Joël Chevassus- Mai 2015

Titre: Manuel De Falla - El Amor Brujo

Compositeur: Manuel de Falla

Artistes: Peter et Zoltán Katona 

Format: DSD 64 - SACD hybride.

Ingénieur du son: Jared Sacks

Editeur/Label: Channel Classics

Année: 2009

Genre: Musique espagnole

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Les compositions de Manuel de Falla ont été fortement influencées par le Flamenco, et l'instrument central qu'est la guitare classique andalouse, malgré qu'il n'aura composé qu'une œuvre pour guitare dans toute sa carrière de compositeur.

L'idée a donc germé chez les deux frères jumeaux hongrois, Peter et Zoltan Katona, de retranscrire pour la guitare de nombreuses œuvres du célèbre compositeur espagnol qui n'étaient à l'origine pas écrites pour cet instrument mais qui s'en inspiraient néanmoins largement.

L'aspect très dynamique de la musique de Manuel de Falla a été à cette occasion renforcée par l'ajout de percussions.

La soprano Juanita Lascarra contribue à parfaire ce tableau flamenco, avec une belle intensité qu'on ne peut qu'apprécier dans "El amor brujo". C'est néanmoins tout en subtilité et en finesse que la chanteuse aborde ce répertoire en évitant de tomber dans la trappe de la caricature que pourrait suggérer ce genre musical, alors que le répertoire de Manuel de Falla impose une grande subtilité.

 

La production est superbe, comme c'est souvent le cas chez Channel Classics, et le rendu final est très proche du live. Les réverbérations de salle, la profondeur, l'ambiance sont vraiment bien restituées.

Les trois extraits du "Three cornered hat" sont extrêmement communicatifs et entraînants.

Les sept chansons populaires espagnoles regorgent de contrastes et de dynamique. On peut donc en conclure que c'est un disque très vivant, bien enregistré avec le bonus de la résolution du DSD.

Un de Falla à avoir dans sa SACD-thèque, au même titre que le "Three cornered hat" digitalisé par Esoteric. Un excellent disque.   

 

Joël Chevassus- Mai 2015

Titre: Musiques de Chambre

Compositeur: Carl Philipp Emanuel Bach

Artistes: Jean-Pierre Pinet, Fanny Paccoud, Etienne Mangot, Aline Zylberajch (Les Curiosités Esthétiques)

Format: PCM 16/44, 24/96

Ingénieur du son: Hannelore Guittet

Editeur/Label: NoMadMusic

Année: 2014

Genre: Musique de chambre

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

"Les Oeuvres de CPE Bach sont si singulières qu'un peu d'habitude est nécessaire pour y prendre plaisir" prévenait en 1773 l'historien Charles Burney, comme nous le rappelle Jean-Pierre Pinet qui dirige l'Ensemble "Les curiosités esthétiques".

Replacée dans son contexte historique, la musique de CPE Bach est donc considérée comme "moderne", par ses harmonies, ses intervalles et finalement sa liberté et le discours musical propre de CPE Bach.

Vu de très (très) loin, l'oreille semble en terrain connu, entre Jean-Sébastien Bach et Joseph Haydn. Pourtant en la tendant un tout petit peu plus cette oreille, on va de surprise mélodique ou rhytmique en moments poétiques et rêveurs absolus.

Le choix de ces "musiques de chambre", permet de voyager dans cet univers finalement peu connu et reconnu, où la taille des formations permet une imprégnation complète de cette musique.

Les instrumentistes y sont simplement merveilleux, donnant l'impression de découvrir et d'inventer ce qu'il jouent, en s'écoutant et se répondant les uns aux autres dans une spontanéité confondante.

Cela n'empêche nullement, au contraire, de sentir la construction sous jacente. Comme les grands professsionels qu'ils sont et au contraire de certain baroqueux de foire, ces musiciens n'ont pas besoin de démontrer qu'ils ont compris l'architecture et la construction, ils parlent CPE Bach, sans se demander ou essayer de nous faire comprendre s'il faut placer le complément d'objet direct proche du verbe.

A la prise de son, Hannelore Guittet nous offre une écoute très réaliste, à la "bonne" distance, avec un équilibre réjouissant des instruments, de superbes timbres, notamment pour la flûte dont il n'est pas si courant d'obtenir la plénitude à la fois sans "sifflements" et sans être écrasée par les autres instruments. Le timbre du piano forte est un grand bonheur à lui tout-seul.

 

Les albums pour lesquels je suis autant emporté par la musique que par la prise de son ne sont pas si nombreux, je n'ai donc aucun état d'âme à attribuer un Grand Frisson 2015 à ces Musiques de Chambre.

 

Thierry Nkaoua - Avril 2015

Titre: Carmina Burana

Compositeur: Carl Orff

Artistes: Jos Van Immerseel, Yeree Suh, Yves Saelens, Thomas Bauer, Anima Eterna Brugge, Collegium Vocale Gent, Cantate Domino

Format: PCM 16/44, 24/96

Ingénieurs du son: Markus Heiland et Andreas Neubronner 

Editeur/Label: Zig-Zag Territoires

Année: 2014

Genre: Cantate

Intérêt du format HD (Exceptionne, Réel, Discutable): Réel

 

Carmina Burana est sans doute "trop" connu pour sa première pièce, O Fortuna, par l'emploi immodéré qui en a été fait dans divers films et publicités et pour lesquels des orchestrations tonitruantes et écrasantes de cordes ont trop souvent été utilisées.

Dans une approche au plus près de l'oeuvre, Jos Immerseel choisit, entre autres, de redonner aux vents la place qui leur est convient avec des pupitres triplés. S'en suit une inteprétation réjouissante, où l'équilibre autant que les contrastes cordes/vents/voix/percussions sont plus lisibles et sans doute plus conformes aux intentions de Carl Orff.

La prise de son effectuée en direct lors de 2 concerts au Concertgebouw de Brugge est impressionnante de réalisme, de clareté et de dynamique.

Un superbe album, autant pour son interprétation dépoussierée, que pour une prise de son et une production aboutie.

 

Thierry Nkaoua - Mars 2015

Titre: Symphonie fantastique / Ouverture Waverley

Compositeur: Hector Berlioz

Artistes: Valery Gergiev, London Symphony Orchestra

Format: PCM 16/44, SACD stéréo et multicanal, Blu-ray pure audio

Ingénieur du son: Jonathan Stokes

Editeur/Label: LSO Live

Année: 2014

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Avec ces enregistrements live du LSO au Barbican Centre captés à la fin 2013, Valery Gergiev introduit la première version de son cycle Berlioz.

S'attaquer à l'héritage laissé par Sir Colin Davis, c'est en effet l'ambition de Gergiev qui affiche, dés ce premier opus de la Symphonie Fantastique, une grande empathie pour la musique d'Hector Berlioz.

Surprenant par la fluidité et la douceur qu'il arrive à distiller dans les « rêveries » ou « un bal », le Chef au cure-dent est flamboyant dans les derniers mouvements. C'est ainsi que l'on retrouve les extrêmes au sein d'une même œuvre fortement chargée émotionnellement. De la quête désespérée de l'amour aux cauchemars les plus dantesques, on apprécie une interprétation très personnelle et inspirée.

Ayant le choix entre SACD hybride et Blu Ray audio et vidéo (DTS - HD MA 24 bits / 192 kHz - vidéo complète de la Symphonie Fantastique), on pourra tout dire à propos du nouveau Gergiev, mais on devra bien reconnaître la générosité de la production de la collection LSO Live.

Le respect des timbres, la richesse tonale des bois, des cordes et des cuivres, en font un enregistrement totalement audiophile en dépit d'une acoustique du Barbican qu'on sait perfectible.

L'ouverture Waverley, inspirée du roman de Walter Scott, permet de conclure cette première édition de ce nouveau cycle Berlioz avec une interprétation toujours aussi qualitative.

Alors pourquoi bouder son plaisir alors que cette œuvre a été aussi rarement enregistrée avec une telle clarté et servie par une prise de son si remarquable ? Bravo.

 

Joël Chevassus - Mars 2015

Titre: Bach - Vivaldi : Magnificat & Concerti

Compositeur: J.S. Bach / A. Vivaldi

Artistes: Jordi Savall, Pierre Hentaï, La Capella Reial de Catalunya, Le Concert des Nations

Format: PCM 16/44, SACD stéréo et multicanal, DVD

Ingénieur du son: Manuel Mohino

Editeur/Label: Alia Vox

Année: 2014

Genre: Baroque

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Difficile de faire plus prolifique que Jordi Savall, et ce dernier enregistrement chez Alia Vox est une fois de plus la preuve que la quantité ne se fait pas toujours au détriment de la qualité.

C'est une production léchée même si, parfois, la captation directe live ne renvoie pas une image stéréo très structurée, et que le souffle ainsi que l'environnement proche des micros ressortent avec beaucoup d'acuité.

Ce n'est pas non plus une production artistique complètement égale du début à la fin. Ce chassé-croisé Bach – Vivaldi semble davantage réussi en ce qui concerne le Magnificat de Bach (enregistré à Fontfroide), ou le Concerto en ré mineur par Pierre Hentaï, véritable pépite de ce SACD multi-canal. On aurait parfois souhaité avoir plus de séparation entre le concertiste et l'orchestre (du moins en version stéréo du SACD) mais le jeu du claveciniste et l'ardeur du Concert des Nations sont à la hauteur de nos espérances, voire au delà.

Les choeurs offrent à chaque instant une justesse et un équilibre qui permettent à l'ensemble du programme de célébrer une sorte de grâce collective, qui pourra sans doute rivaliser avec les sommets de la discographie des deux Magnificats, un cran en dessous néanmoins du Magnificat de Bach par Jean-Philippe Pierlot ou celui de Richard Hickox.

Enregistrement : septembre 2003 à la Collégiale du Château de Cardona (RV578), en "live" les 28 & 29 juin 2013 en la Chapelle royale du Château de Versailles (RV610 & BWV 243), en "live" le 18 juillet 2013 en l'Abbaye de Fontfroide (BWV 1052).

 

Une très bonne prestation au global, tant artistique que technique.

 

Joël Chevassus - Mars 2015

Titre: Virtual Crime

Compositeur: Rémi Dumoulin

Artiste: Kino Sounds: Rémi Dumoulin, Matthieu Metzger, Sylvain Bardiau, Yoann Serra, Bruno Ruder

Format: PCM 16/44, 24/96 et 24/192

Ingénieur du son: Matthieu Metzger

Editeur/Label: NoMadMusic

Année: 2014

Genre: Jazz

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Voici un album "concept" intéressant à plus d'un titre dans lequel Rémi Dumoulin compose une musique pour une sorte de cinéma sans image.

Malgré les titres faisant référence à l'univers cinématographique, il s'agit avant tout de l'imaginaire, plutôt onirique, de Rémi Dumoulin face au 7ème art.

A moins qu'elles ne m'aient échappé, inutile par exemple de chercher des références musicales directes à l'adagietto de la 5ème symphonie de Mahler dans la piste Flowers for Gustav qui n'est qu'une sorte de dédicace.

Les musiciens, cuivres, batterie et célesta sont excellents et "jouent le jeu" de l'auteur.

L'univers de Rémi Dumoulin fait apparaitre ici et là des influences, ou plutôt de plaisants clins d'oeil, allant, entre autres, de la Habanera de Carmen de Bizet (piste Tangow) à Bach (piste Joan Bennett).

 

Cet album n'est pas du "easy listening". Sous ma plume, c'est à la fois un compliment et un léger regret.

Compliment, parce qu'il y existe une vraie recherche à la fois structurelle et sonore. Regret, parce que le langage autant que le discours me semblent, parfois, de nature à risquer de "perdre" l'auditeur en le maintenant dans un rôle trop contemplatif de ce que vivent et racontent les musiciens.

 

La prise de son et le mix/mastering sont plutôt "d'ensemble": l'image globale est privilégiée à la dynamique ou aux timbres individuels. Il n'y a là aucun défaut majeur, mais apparemment un choix esthétique.

Néanmoins, j'aurais préféré pouvoir profiter d'une meilleure dynamique de chaque instrument, ayant l'impression qu'une écoute en direct de cette musique serait nettement moins "lisse", avec des cuivres plus présents et plus "sonores" que dans cet enregistrement. La prise de son en 24 bits aurait du pouvoir contribuer à cela.

 

Un album donc plus qu'intéressant, la découverte d'un compositeur qui a quelque chose à raconter, et des musiciens redoutables.

 

Thierry Nkaoua - Février 2015

Titre: Mozart Requiem

Compositeurs: Wolfgang Amadeus Mozart

Artiste: Bach Collegium Japan (Suzuki)

Format: SA-CD 5.1 & stereo /CD Hybrid

Ingénieur du son: Hans Kipfer

Editeur/Label: BIS

Ref: BIS-2091

Année: 2014

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Une version de plus du fameux requiem. Masaaki Suzuki nous offre là une interprétation très équilibrée et lisible comme à son habitude. La lumière inonde la pièce. Est-ce celle de Dieu ? Je ne saurais répondre à la question mais cette faculté à échapper à la lourdeur d’un Muti ou d’un Harnoncourt, et de rester dans la lumière, en fait une des meilleures gravures que j’ai pu entendre à ce jour. Suivant les humeurs, ont pourra préférer la noirceur d’un Currentzis, le baroque d’un Savall ou le recueillement d’un Frieder Bernius, mais Suzuki restera parmi les grandes interprétations. Il y a comme une justesse, un équilibre sonore dans cette interprétation qui confinent au divin. Les cœurs sont magnifiquement captés et orchestrés, le Benedictus est une pure merveille.

Le requiem est ici accompagné des Vêpres de confesseur K339, qui sont d’une égale qualité. C’est donc un très beau cadeau que nous livre à cette occasion le Bach Collegium Japan.

La prise de son (faite comme l'ensemble de la production du BCJ au Kobe Shoin Women University) et le travail de post-production sont également tous deux remarquables, ce qui obligera tout audiophile amoureux de Mozart à acquérir cette version. Les pupitres sont impeccablement placés, les voix superbement distinctes et le requiem prend ici une ampleur assez peu commune.

Si je devais mourir aujourd’hui, je pense que je choisirais à coup sûr ce requiem pour profiter une dernière fois de mon système hifi, paix à mon âme...  

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2014

Titre: Mendelssohn Symphony N°3 / Schuman Piano Concerto

Compositeurs: Mendelssohn / Schumann

Artiste: LSO (Gardiner), Maria Joao Pires (piano)

Format: SA-CD 5.1 & stereo /CD Hybrid - Blu-Ray PCM 24/192

Ingénieur du son: Neil Hutchinson

Editeur/Label: LSO Live

Ref: LSO0765

Année: 2014

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Le London Symphony Orchestra et Sir John Eliot Gardiner n'arrêtent plus d'enregistrer. Ce label LSO Live commence par ailleurs à acquérir une belle maturité en prise de son et ce dernier opus en est un parfait exemple. La balance et les couleurs sont d'excellente facture et c'est une version assez pétillante du registre Mendelssohnien que nous livre Gardiner tout en faisant preuve d'une certaine aisance avec la symphonie n° 3 en La mineur dite « écossaise » de Félix Mendelssohn.

La pièce symphonique des Hebrides, toujours de Mendelssohn, servant d'introduction à cet enregistrement, évoque le souvenir d'une excursion que le compositeur avait faite à l'île de Staffa, où se trouve la célèbre grotte de Fingal. C'est une composition mélancolique et Gardiner nous retranscrit bien cette vision quasi impressionniste de l'oeuvre de Mendelssohn, avec du contraste et du relief.

Pour la symphonie Ecossaise, le romantisme de l'oeuvre est rattaché au voyage du jeune compositeur et plus particulièrement sa visite à la chapelle mortuaire de Mary Stuart. La performance du LSO dans le « Vivace non troppo » et l' « Allegro vivacissimo » est simplement ébouriffante, et c'est également impressionnant de constater comment le staff technique est parvenu à contenir toute cette énergie dans le résultat final.

Cela aurait été presque un sans faute si Gardiner ne nous avait pas imposé la (trop) soporifique et scolaire Maria Joao Pires dans le Concerto pour piano de Schumann en La mineur. Une volonté de lecture romantique sur une pièce ou l'aspect lyrique prévaut transforme un beau concerto en presque berceuse. Aucune émotion à revendiquer ou espérer dans cette lecture. je suis descendu boire une bière en attendant. C'est dommage car l'interprétation de Mendelssohn est remarquable...  

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2014

Titre: Igor Stravinsky : Pétrouchka / Sergei Prokofiev : Sonata N°7

Compositeurs: Igor Stravinsky / Serge Prokofiev

Artiste: Maurizio Pollini

Format: SA-CD 5.1 & stereo /CD Hybrid

Ingénieur du son: Kazuie Sugimoto

Editeur/Label: Esoteric

Ref: ESSG-90088

Année: 2013

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Un classique du piano moderne remasterisé par Esoteric.

C’est un album au répertoire à la fois intime et éminemment technique dont la qualité du travail de remasterisation effectué par Esoteric permet d’apprécier encore davantage les subtilités.

Igor Stravinsky et Serge Prokofiev comptent effectivement parmi les contributeurs les plus audacieux du répertoire russe du vingtième siècle : un répertoire extrêmement ardu dont Maurizio Pollini tire la quintessence. Il est un des rares pianistes à pouvoir jouer toutes les notes de la suite pour piano tirée du ballet Pétrouchka. Le transcription pour piano de Stravinsky est à la fois éloignée du jeu traditionnel et d'une complexité technique effarante. Pollini est à coup sûr excellent dans ce répertoire mécanique assez proche de la partition orchestrale.

La sonate n°7 de Prokofiev est une autre paire de manche. On aborde une dimension plus conventionnelle du point de vue pianistique. La maîtrise technique du pianiste italien n’en reste pas moins impressionnante. La sonorité de Pollini et la précision du phrasé sont simplement somptueuses. Certains auraient souhaité davantage de lyrisme et de prise de risque chez un interprète qui semble davantage incarner une certaine rigueur vis-à-vis de l'oeuvre. C’est toujours là une question délicate : quelle attitude adopter par rapport à un registre aussi sombre et un contexte si douloureux que celui de la septième sonate de Prokofiev ? Pollini n’en reste pas moins extrêmement convaincant. Le dépoussiérage que nous offre Esoteric nous permet d’apprécier avec d’autant plus d’acuité la subtilité et la complexité dynamique de ces deux chefs d’œuvre du piano du 20eme siècle. On reste cependant un peu sur notre faim en espérant bientôt pouvoir écouter le pendant occidental de cet enregistrement historique avec les œuvres de Webern et Boulez. C'est indéniablement un enregistrement à posséder dans sa SA-CDtèque de référence.

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2014

Titre: Mozart Violin Concertos 3, 4 & 5

Compositeurs: Wolfgang Amadeus Mozart

Artiste: Arabella Steinbacher

Format: SA-CD 5.1 & stereo /CD Hybrid

Ingénieur du son: Roger de Schot

Editeur/Label: Pentatone

Ref: PTC 5186 479

Année: 2014

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Discutable

 

Elle voulait enregistrer Mozart, elle voulait jouer le 3ème concerto et elle l’a fait.

Pentatone nous livre donc les concertos pour violon 3, 4 et 5 de Mozart interprétés par Arabella Steinbacher avec l’Orchestre du Festival de Lucerne sous la baguette de Daniel Dodds.

C’est une belle captation, très propre avec des pupitres bien focalisés. L’image stéréo est assez large et on peut apprécier une bonne profondeur de champ. Peu d’informations d’ambiance mais une belle lisibilité, avec des plans bien étagés. C’est presque trop lisible pour être complètement naturel.

Côté interprétation, Arabella a patienté sans doute un peu trop pour garder l’enthousiasme des premiers jours. Il manque un zeste de spontanéité et parfois on se demande si elle n’est pas pressée d’en finir un peu trop vite. Dans l’Allegro du concerto n°4 (KV218), elle semble prendre ses marques et nous livre une interprétation assez juste même si la délicatesse d’une Anne Sophie Mutter semble inaccessible pour sa jeune compatriote. Cela s’écoute néanmoins très bien. Ce SACD nous met en relation directe avec le compositeur et la partition et on échappe aux fioritures dont les choix audacieux et techniques s’avèrent bien souvent discutables. Un bon disque. 

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2014

Titre: Dvorak Symphony n°8 / Janacek Symphonic suite from Jenufa

Compositeurs: Antonin Dvorak / Leos Janacek

Artiste: Pittsburgh Symphony Orchestra - Manfred Honeck.

Format: SA-CD 5.1 & stereo /CD Hybrid-HDCD

Ingénieur du son: Mark Donahue / John Newton / Harold Chambers

Editeur/Label: Fresh! Reference Recordings

Ref: FR-710SACD

Année: 2014

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Capté lors de trois concerts en octobre 2013, ce nouvel opus du Pittsburgh Live illustre bien l'intérêt très particulier que Manfred Honeck porte à la musique tchèque. Dans ce registre qui unit ici la 8ème symphonie de Dvorák à une suite symphonique conceptualisée par le chef autrichien à partir des arrangements de Tomas Ille de l'opéra « Jenufa » de Janácek, l'Orchestre Symphonique de Pittsburgh dévoile une énergie peu commune.

 

C'est finalement un savant cocktail de vitalité, de romantisme et de petites coquetteries qui rendent la musique tchèque si enivrante et conviviale. Les cors excellent dans la 8ème, l'enregistrement pour sa part ne souffre aucune critique. Honeck parvient également à retranscrire l'ambiance de l'opéra en trois actes de Janácek de façon très convaincante, enchaînant les danses énergiques avec les passages plus lyriques.

Une excellente réalisation technique, un répertoire original et une interprétation rafraichissante d'un PSO en grande forme font de ce SACD une recommandation de choix pour ces deux œuvres. On attendait la suite après les poèmes de Strauss, et nous sommes loin d'être déçus, tout au contraire : on en redemande et longue vie à ce nouveau label FRESH qui porte décidément bien son nom !

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2014

Titre: Chopin, Liszt, Debussy, Bach.

Compositeurs: Frédéric Chopin, Franz Liszt, Claude Debussy, Johann Sebastien Bach

Artiste: Miyuji Kaneko (piano).

Format: SA-CD/CD Hybrid

Ingénieur du son: Tomoyoshi Ezaki

Editeur/Label: ESOTERIC

Ref: ESSO-10001

Année: 2014

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Exceptionnel

 

Esoteric prolonge cette décoiffante expérience audiophile avec un deuxième opus du pianiste Miyuji Kaneko regroupant des compositions de Chopin, Debussy, Liszt et Bach-Busoni.

Cette collaboration entre Esoteric et Octavia Records met à nouveau en scène deux jeux de microphones, un étant placé à la place de l'auditeur en mid-field, et l'autre en near-field à la position du pianiste. Et cette fois, l'ordre des pistes a été inversé en sélectionnant tout d'abord les huit prises captées avec les Neumann M-50 C omnidirectionnels en position éloignée, suivies des huit dernières faites avec les Neumann M-150 positionnés très près du piano. L'enregistrement a été réalisé par ailleurs dans le cadre très propice du Inagi i-Plaza Hall de Tokyo, salle à l'acoustique étudiée pour la prise de son.

Le soin porté à la mise en œuvre de la prise de son et du mastering sont tout à fait identiques à celle du premier opus sorti l'an passé, et on se prend à nouveau à redécouvrir la puissance et l'infime complexité tonale de cet instrument qu'est le piano de concert. Un programme certes « easy listening » qui n'en révèle pas moins une virtuosité et sensibilité remarquable de cet interprète japonais dans le cadre d'une prise de son tout à fait exceptionnelle ! A suivre ?

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2014

Titre: CPE Bach Project

Compositeur: Carl Philipp Emanuel Bach

Artistes: Ophélie Gaillard, Pulcinella Orchestra

Formats: PCM 16/44, 24/96

Ingénieurs du son: Maximilien Ciup, Damien Quintard, Ignace Hauville

Mix/Mastering: Emillie Ruby et Nicholas Bartholomée

Label: Aparté

Année: 2014

Genre: Musique de Chambre, Concertos

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Il n'est jamais très bon d'être "fils de", surtout quand le père s'appelle Jean-Sébastien Bach. L"Histoire a quasiment oublié ce fils, fût-il autant génial que son géniteur, fût-il un virtuose, fût-il connu et reconnu du triplet magique Haydn-Mozart-Beethoven, notamment à travers son traité sur "la véritable manière de jouer les instruments à clavier": les pianistes connaissent l'enfer de donner l'illusion de chanter "lié" en produisant les notes une à une!!

 

Les choix effectués par Ophélie Gaillard et Pulcinella Orchestra en cette année du tricentaire de la naissance de CPE Bach sont d'une grande pertinence pour nous rappeler le génie du fils.

Il est d'un autre genre que celui du père. CPE Bach innove, bien obligé avec un tel papa! Les concertos pour violoncelle donnent au soliste un rôle plus affirmé et indépendant, voire en opposition à l'orchestre, d'une manière que Mozart et Beethoven porteront vers des sommets.

On y trouve des pièces à l'avancée implacable comme dans certains mouvements de Beethoven, mais les chants des Andante sont d'une aussi grande sensibilité et émotion que ceux de Mozart.

On garde dans certains allegros la pétulence, la pulsation et le swing d'un Vivaldi, mais unis à ce qui a été dit précédemment, on n'est plus dans du Baroque, on est dans un monde entre Baroque et Classique assez jubilatoire.

Dans la sonate pour 2 violons et basse continue, CPE Bach met en scène un "Sanguin" et un "Mélancolique". Comment ne pas penser à l'Eusebius rêveur et au Florestan passioné que Schumann mettra en musique un siècle plus tard.

 

Tout cela, Ophélie Gaillard et Pulcinella Orchestra nous l'offrent dans une lecture à la fois rigoureuse, libre et engagée: une pulsation digne des meilleurs groupes de Jazz, sans les démonstrations ridicules de certains "baroqueux"; des lignes mélodiques articulées, prononcées et menées de manière à procurer autant de plaisir physique qu'intellectuel à l'auditeur.

 

Pour ce qui est de la prise de son et du mix/mastering, je n'ai pas vraiment été étonné de découvrir que c'était Aparté, label de Little Tribecca, avec à sa tête Nicolas Bartholomée qui en étaient les artisans, comme pour les Noces ci-dessous. Les équilibres sont remarquables, les timbres pleins, le violoncelle des concertos reste à une place cohérente avec la taille de la formation.

 

Thierry Nkaoua - Juin 2014

Titre: Les Noces de Figaro

Compositeur: Wolfgang Amadeus Mozart

Artistes: Theodor Currentzis, Musicaertena

Formats: PCM 16/44, 24/96, 24/192

Ingénieur du son: Maximilien Ciup

Mix/Mastering: Nicholas Bartholomée et Florent Ollivier

Label: Sony Classical

Année: 2014

Genre: Opéra

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Exceptionnel

 

Recette pour un miracle:

- Prendre un compositeur de génie, Mozart au hasard.

- Séparer le meilleur du moins bon dans toutes les approches et interprétations passées de cette oeuvre.

- Bien tamiser ce que l'approche baroque a apporté en supprimant toutes les démonstrations et les contresens.

- Oser supprimer le vibrato des voix qui n'a finalement aucun sens dans la musique vocale de Mozart (qui penserait à utiliser du vibrato dans l'Ave Verum Corpus?)

- Etudier longuement l'art de l'ornementation, des cadences, des improvisations du XVIIIème siècle

- Oser mettre en oeuvre l'ornementation et les improvisations, autant avec les chanteurs qu'avec un piano forte qui amène son contrepoint à l'oeuvre comme Mozart aimait lui même le faire.

- Introduire le théatre partout: dans l'orchestre, dans les jeux entre pupitres, dans les articulations et phrases musicales, dans les voix, dans les rires et les cris.

- Faire une prise de son qui capture autant la théatralité, que les timbres (on se moque des bruits des clés des instruments à vent), que les plus infimes nuances, que les cuivres militaires moqueurs de Cherubino.

- Avoir sa propre vision de l'univers que l'on veut créer.

- Disposer d'autant de répétitions que l'on souhaite et de 11 journées pleines pour enregistrer cet opéra avec une liberté totale.

 

Je ne connais aucune autre version qui puisse résister à cette approche, le miracle est au rendez-vous. Et Mozart n'aurait-il pas été a minima surpris de 200 ans de représentations de ses opéras sans ornements, sans improvisations, sans cadences et avec un vibrato déplacé?

 

Avec cet enregistrement, et pour moi pour la première fois dans un opéra, on retrouve la musique au présent, dans l'instant, dans une spontanéité troublante, stupéfiante, émouvante, ce que notre bien aimée hifi a tendance à trop souvent transformer en boites de conserve.

 

Album à ne pas manquer, pour découvrir cette Folle Journée comme personne ne l'a sans doute jamais entendue depuis 200 ans. Cela est-il plus "authentique"? Je crois que l'on s'en moque totalement, car comme le dit Alfred Brendel, on n'est pas prêt d'avoir un auditeur du XVIIIème siècle sous la main. L'interview de Theoror Currentzis disponible dans le livret éclaire tout cela de manière passionnante, de même que dans la video présentant le projet des 3 opéras Mozart/Da Ponte (Le Noces de Figaro, Cosi Fan Tutte et Don Giovanni): 

Attribution évidente du premier Grand Frisson 2014 d'Audiophile Magazine.

Thierry Nkaoua - 17 Février 2014

Titre: Matthäus-Passion

Compositeur: Jean-Sébastien Bach

Artistes: René Jacobs, RIAS Kammerchor

Formats: double SA-CD/CD Hybrid, DVD

Ingénieur du son: René Möller

Editeur/Label: Harmonia Mundi

Ref: HMC 802156.58

Année: 2013 (enregistré en sept 2012)

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel


René Jacobs ne peut pas faire comme tout le monde. Et pourtant, il semble difficile de savoir ici où on se positionne précisément. Finalement on navigue entre conformisme et anti-conformisme à ne plus savoir ce qu'on doit en penser. L'enregistrement studio de cette nouvelle Grande Passion est pourtant plutôt réussi. Le choix de placer les deux chœurs face-à-face et stimuler ainsi une certaine dramaturgie est intéressant. Ce double SACD accompagné d'un magnifique DVD permettant de mieux comprendre le dessin de Jacobs permet finalement de passer un bon moment. C'est par ailleurs assez étonnant de pouvoir recréer une spatialisation convaincante en studio, même s'il ne faut pas s'attendre non plus à un rendu hyper réaliste. La couche SACD amène sans doute un petit mieux mais le bénéfice par rapport au CD reste subtil et l'impression générale est d'écouter un enregistrement un peu trop produit. Davantage de spontanéité, plus de naturel ? C'est peut être ça que nous attendons irrémédiablement, pauvres diables audiophiles que nous sommes. Reconnaissons néanmoins à ce double SACD un succès d'estime, la version multicanale devant par ailleurs sans doute révéler (à ceux qui peuvent en profiter) une mise en perspective plus spectaculaire. La prise de son a été réalisée en résolution native 96 kHz / 24 bit avec une batterie de pas moins de 32 microphones ! Pas facile dans ce cas de tendre vers le naturel en DSD, mais le travail reste très soigné et appréciable dans son ensemble. Comme d'habitude chez Harmonia Mundi, le livret et le DVD accompagnant la partie audio sont de très belle facture, bravo !

 

Joël Chevassus

Titre: Anton Dvorak : Konzert fur Violoncello und Orchester

Compositeur: Anton Dvorak et Ludwig Van Beethoven

Artistes: Pierre Fournier, Friedrich Gulda, George Szell, Philharmonique de Berlin

Formats: SA-CD/CD Hybrid

Ingénieur du son: Kazuie Sugimoto

Editeur/Label: ESOTERIC

Ref: ESSG-90087

Année: 2013 / 1962

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel


Esoteric ressuscite un des enregistrements de référence du Concerto en si mineur d’Anton Dvorak . Pierre Fournier fait preuve d’une autorité musicale magistrale. Sa technique d’archet fait merveille, avec une richesse tonale peut-être inégalée dans ce concerto. La balance des ingénieurs du son de la DGG, mettant habilement en lumière le soliste face au Philharmonique de Berlin dirigé par George Szell, fait naître une tension et un plaisir d'écoute tout simplement jouissif. Esoteric dépoussière une prise de son qui était déjà en soi-même une référence en vinyle pour délivrer le nouveau mètre étalon DSD du concerto en si mineur. A côté ma version SACD Fischer / Wispelwey est presque ennuyeuse, malgré une interprétation pourtant inspirée. D'un point de vue strictement technique, il ressort plus de profondeur chez Channel Classics, mais c'est nettement moins bien sur les timbres et la largeur de l'image stéréo.

C'est dans une certaine retenue que suit la Sonate pour Piano et Violoncelle de Beethoven op. 69 avec un Pierre Fournier imposant son esprit aristocratique à un Friedrich Gulda totalement complice. L'histoire dit que la connivence entre les deux interprètes est telle que Gulda pour cet enregistrement préféra la sonorité racée et colorée d'un Bösendorfer à la puissance de son habituel Stenway. On prend encore beaucoup de plaisir sur cette sonate op. 69, dont l'enregistrement a été habilement restauré par la maison Japonaise. Difficile de ne pas recommander ce nouvel opus tout fraîchement débarqué dans les bacs de nos disquaires malheureusement bien virtuels en ces temps dématérialisés...

 

Joël Chevassus

Titre: Concertos N°24 K491 de Mozart et N°3 op 37 de Beethoven

Compositeur: Wolfgang Amadeus Mozart et Ludwig Van Beethoven

Artistes: Yevgeny Sudbin, Osmo Vanska, Minnesota Orchestra

Formats: SACD, PCM 16/44, 24/96 (format de prise de son)

Ingénieurs du son: Thore Brinkmann (Mozart), Jens Braun (Beethoven)

Editeur/Label: Bis Records

Année: 2013

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel


Comme pour les Symphonies de Mozart par Adam Fischer (voir la critique plus bas), il y a des oeuvres que l'on croit connaître depuis des dizaines d'années, que l'on a écoutées en concert par les plus grands et dont on possède une multitude d'enregistrements.

Et puis on tombe (presque) par hasard et surtout par bonheur sur un enregistrement comme celui de ces deux concertos par Yevgeny Sudbin et Osmo Vanska.

 

Le Concerto N°3 de Beethoven se réfère, entre autres, par la tonalité, la simplicité thématique et par la forme de certains développements au Concerto K491 de Mozart, que je dénomme volontiers "monstre" tant les innovations de toutes natures, dans les 3 mouvements, en font une oeuvre majeure de l'Aimé des Dieux, passant du tragique du premier mouvement à la quasi-badinerie profonde du troisième mouvement. Le choix de regrouper ces deux oeuvres dans le même album n'est donc pas tout à fait du au hasard ou au marketing.

 

La lecture que font Sudbin et Vanska de ces deux oeuvres n'est pas révolutionnaire, personne ne criera au sacrilège. Elle est seulement tellement pertinente, convaincante, surprenante presque à chaque instant, qu'on finit par se demander si on pourra encore écouter d'autres versions (même celle de Clara Haskil dans le Mozart et celle de Michelangeli dans le Beethoven, et pourtant...). Chaque phrase, chaque mot, chaque note a du sens, sans que l'on soit jamais dans la démonstration. Et ces mots et ces phrases se mettent à nous raconter des histoires, nous prenant tour à tour et tout autant par la main, le coeur que par la raison, et nous amenant dans un "trip" absolument magique entre émotion, jubilation, réflexion et envie de bouger. Ecoutez le final du 3ème mouvement du Beethoven, vous saisirez ce que je veux dire par "envie de bouger"!

 

Les cadences du K491 sont de Sudbin qui en explique ses intentions dans le livret qui accompagne l'album. Ses ornements dans le second mouvement du K491 sont d'un naturel et d'une beauté rarement (jamais?) entendus chez d'autres.

 

Dans le Concerto N° 3 de Beethoven, on n'est pas dans du "Mozart joué plus fort", on est dans le magma Beethovénien que piano et orchestre créent ensemble. Le phrasé et le toucher de Sudbin changent de nature. Les timbres de l'orchestre aussi. Le second mouvement en forme de lied est une pure merveille de sensibilité.

 

Quant aux aspects "audiophiles", la prise de son et le mastering sont tout bonnement exceptionnels. Tout s'entend comme au 3ème rang de la Salle Pleyel. Tout mais rien de plus!! Pas de "zoom" artificiel. Les timbres sont merveilleusement capturés, l'équilibre entre le piano et l'orchestre est naturel et non trafiqué contrairement à de trop nombreux enregistrements de concertos. Si l'orchestre couvre le soliste, c'est sans doute que le compositeur l'a souhaité, ce n'est pas aux ingénieurs du son de "corriger" cela!! Thore Brinkmann dans Mozart et Jens Braun dans Beethoven font un travail absolument parfait.

L'écoute en 24 bits 96 KHz amène beaucoup plus d'aération et de fluidité que la version 16 bits. Ce 24/96 est le Master créé par nos deux ingénieurs du son.

 

Thierry Nkaoua

Titre: Strauss - Don Juan, Death and Transfiguration, Till Eulenspiegel's Merry pranks

Compositeurs: Richard Strauss

Artiste: Pittsburgh Symphony Orchestra - Manfred Honeck.

Format: SA-CD 5.1 & stereo /CD Hybrid

Ingénieur du son: Mark Donahue / John Newton / Dirk Sobotka

Editeur/Label: Fresh! Reference Recordings

Ref: FR-707SACD

Année: 2013

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

C’est le début d’une toute nouvelle série qu’inaugure le label « FRESH ! » de Reference Recordings avec l’orchestre symphonique de Pittsburgh (PSO) et son chef Autrichien Manfred Honeck.

Ce nouveau label vise à promouvoir la meilleure qualité de production possible avec l’aide du personnel technique de Refernce Recordings mais aussi d’intervenants extérieurs.Le prochain opus de cette série devrait sortir au printemps 2014 avec la 4ème symphonie de Brucner enregistrée par le même orchestre symphonique de Pittsburgh.

Il n’était guère évident d’immortaliser ces performances live d’œuvres exigeantes comme celles des épopées symphoniques de Richard Strauss, surtout après des monstres sacrés comme Reiner, Kempe ou Solti. Et pourtant, le travail réalisé par le label FRESH avec le PSO est remarquable en tous points. Certes, Honeck est un fervent du compositeur Munichois et on pourrait peut-être espérer encore plus de profondeur de scène mais c’est vraiment être pointilleux en regard de l’écoute jouissive que procure cet enregistrement qui prendra d'ailleurs sans doute toute sa dimension en écoute multi-canal (cinq micros omnidirectionnels ont été utilisés pour la prise de son avec quelques micros spots en renfort). Car il faut reconnaître que l’étagement des plans sonores est très réaliste et les variations dynamiques sont vraiment impressionnantes. Que ce soit dans « Don Juan » ou dans « Mort et Transfiguration », la baguette de Manfred Honeck reste incisive et pleine d’entrain, tenant l’auditoire en haleine tout au long de cette petite heure de programmation. Presque trop court…

 

Joël Chevassus

Titre: Chopin, Liszt and Debussy Piano Pieces

Compositeurs: Frédéric Chopin, Franz Liszt, Claude Debussy

Artiste: Miyuji Kaneko (piano).

Format: SA-CD/CD Hybrid

Ingénieur du son: Tomoyoshi Ezaki

Editeur/Label: ESOTERIC

Ref: ESSO-10000

Année: 2013

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel

 

Cet album est tout bonnement une folie absolue, commise par le staff d'Esoteric pour célébrer la sortie de leur nouvelle ligne de prestige « Grandioso ». Il fallait oser la démesure technique pour immortaliser la fougue d'une jeune (et brillant) pianiste Nippon, Esoteric l'a fait.

Cet enregistrement d'un piano Steinway a été réalisé par Esoteric et Octavia Records pour démontrer le niveau de réalisme qu'on peut atteindre dans la reproduction sonore en DSD lorsqu'on y met les moyens... Comble du raffinement, l’enregistrement fut réalisé pendant le weekend et le matriçage la nuit, afin d’être certain d’une plus grande stabilité du courant secteur ! Deux sets de microphones à tubes mythiques de Neumann (M-50C) et Brauner (VM-1) ont été utilisés pour graver deux vues différentes d'une même prise de son. La première série de pistes du SACD hybride (1 à 7) captée par les micros Neumann nous plongent dans un déchaînement d'harmoniques et de résonances maîtrisées. Les forte passent avec une aisance déconcertante, l'amplitude dynamique est presque déstabilisante ! La seconde série (Brauner 8-14) est plus calme et fait plus la part aux informations d'ambiance, mais avec un niveau de subtilité et de détails qui donne réellement la sensation d'être au cœur de l'évènement musical. C'est indubitablement très enrichissant de pouvoir comparer les différences importantes de rendus sur l'utilisation et le placement de microphones durant une seule et même prise de son. Une expérience fascinante et une charge émotionnelle énorme. On est pas loin de l'overdose... mais quel talent ! A recommander absolument !

 

Joël Chevassus

Titre: Mozart Violin Concertos

Compositeurs: Wolfgang Amadeus Mozart

Artistes: Marianne Thorsen (violon), Ensemble TrondheimSolistene.

Format: DXD - DSD64

Ingénieur du son: Morten Lindberg

Editeur/Label: 2L

ASIN: B001ASN0QW

Année: 2006

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Trois concertos de Mozart : K.218, K.216 et K.219.

Marianne Thorsen prend le parti de la sérénité d’un orchestre de chambre quand d’autres préfèrent l’ampleur, la spontanéité ou la vitesse.  Ce sont un choix esthétique et un style de jeu qui n’appartiennent qu’à elle, et sans doute aussi à la formation TrondheimSolistene,  choix que nous ne discuterons pas ici. Mastering en DXD et transcodage DSD font ressortir une belle sensation d’espace. Le concerto pour violon n°3  en sol majeur K.216 de Mozart respire. La prise de son est réussie, avec une balance très équilibrée entre les cordes et vents de la formation Norvégienne, et un violon clair et épuré. On est assez loin d’un tempo bien plus rapide d’une Julia Fischer chez Pentatone, qui parfois nous ferait presque penser qu’elle a un train à prendre.


L'Allegro du premier mouvement du Concerto n ° 4 conserve ce bel équilibre et les timbres des différents instruments sont superbement captés. Dans l’Adagio du troisième, on est vraiment bluffé par cette sensation de proximité et de présence qu’on retrouve sur très peu d’enregistrements de ces concerti mozartiens. Bref, du très bon travail de production de la part de Morten Lindberg. Les pupitres sont détourés, la soliste captée d’assez près mais sans brillance excessive, et les ambiances de salle nettement perceptibles. C’est donc la qualité de l’enregistrement, plus à nos yeux que le style chambriste de l’interprétation (même si cela peut faire sens), qu’on privilégiera lors de l’acquisition de ce double CD – SACD (les deux formats sont séparés) ou de son téléchargement en DXD, DSD, 24/192, ou moins si affinités… 

 

Joël Chevassus

Titre: Symphonies

Compositeur: Wolfgang Amadeus Mozart

Artistes: Adam Fischer, The Danish National Chamber Orchestra

Formats: CD, SACD, PCM 16/44, 24/48 et 24/88

Ingénieur du son: Lars C. Bruun

Editeur/Label: Da Capo Records

Années: 2007-2013

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Y avait-il encore besoin d'une nouvelle intégrale des symphonies de Mozart?

Entre les versions plutôt contemplatives (pour ne pas dire somonolentes ou planplan) de certains, les extravagances ridicules de certains baroqueux, et des sommets comme l'intégrale de Erich Leinsdorf, l'offre est plutôt roborative, du pire au meilleur.

Mais après la jubilation procurée par l'écoute de l'intégrale des Symphonies de Haydn par Adam Fischer, je me suis laissé aller à cliquer sur des extraits de cette nouvelle intégrale sur mon ordinateur. Ces quelques fragments m'ont conduit à immédiatement me procurer tous les albums de cette intégrale.

 

Je ne parlerai ici que de la Symphonie 25, Sol Mineur, composée à 17 ans par notre Aimé des Dieux.

Accrochez-vous à votre fauteuil. Adam Fischer et Mozart ne vous laisseront pas une demi-seconde de répit dans le premier mouvement. Ni vos oreilles ni votre esprit ne seront tranquilles. La douleur fuse de toute part et ne laisse aucun repos ni échappatoire à l'auditeur.  Comme quand on a beaucoup pleuré, le second mouvement laisse à penser que la douleur s'achève et que l'on ne pourra jamais plus pleurer. Le menuet qui suit devient macabre, cumulant la douleur associée au souvenir de la douleur du premier mouvement. Le dernier mouvement semble prier pour que la douleur cesse et que la Paix revienne.

 

On ne sort pas tout à fait indemne de cette écoute.

 

Mais Adam Fischer ne tombe dans le Romantisme de parler de "MA" douleur, il nous parle de "LA" douleur, ce qui me semble encore plus terrifiant que d'écouter quelqu'un se lamenter sur son propre sort. Ici, on est nécessairement concerné par l"universalité du propos.

Il ne tombe pas non plus dans le "travers baroqueux" où certains, hélas, ne font qu'essayer de nous montrer à quel point ils ont compris "comment c'est écrit". La violence des syncopes et des disonnances est au service de la vision de Adam Fischer, elle même au service de la musique de Mozart.

Chapeau bas Monsieur Adam Fischer. Sur Facebook, je vous aurais envoyé un milliard de "like".

 

La prise de son et le mastering effectuées par Lars C. Bruun nous placent proches de cet orchestre de chambre, et l'effet est saississant. Tous les plans sonores sont parfaitement présents et audibles, et dans la nuance souhaitée par Adam Fischer. Les coups d'archet des violoncelles ou les "cris" des cuivres sont lisibles, sans aucun artifice.

C'est Lars C. Bruun qui est aux commandes de tous les albums parus. L'unité sonore de cette intégrale est un régal supplémentaire.

Quant aux interprétations des autres symphonies, je vous laisse les découvrir, elles valent absolument TOUTES des points d'exclamation!!!

 

Thierry Nkaoua

Titre: 600 Years in a Moment

Compositeurs: Fiona Joy Hawkins

Artistes: Fiona Joy Hawkins (piano)

Format: DSD

Ingénieur du son: Corin Nelsen / Bob Ludwig

Editeur/Label: Little Hartley Music

Ref.: B00DR4V1WM

Année: 2013

Genre: New-Age

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable

 

Il s’agit du tout dernier CD-SACD produit par la pianiste Fiona Joy Hawkins avec un programme apparemment chargé  pour ces « 600 ans en l’espace d’un instant ». L’enregistrement a été réalisé en 24 bit – 96 kHz et transcodé en différents formats : MP3, CD, SACD (stéréo + multi-canal) et est aussi disponible en vinyle 180g !

C’est en quelque sorte un album concept où la volonté première de l’artiste a été de proposer un condensé de modernité et de traditionalisme, où le son moderne de son piano « made in Australia » Stuart & Sons vient flirter avec celui des instruments d’époque.  Comme c’était déjà le cas dans l’album « Blue Dream », Fiona Joy Hawkins nous embarque dans un périple multiethnique où le piano évolue dans un style minimaliste et souvent répétitif. Curieux projet de solliciter un retour à la tradition à la manière de certains orchestres baroques.  Les instruments anciens utilisés dans « 600 years in a moment » sont néanmoins plus exotiques et proviennent de différentes zones du globe comme la Chine et la Mongolie. Les voix fusionnent harmonieusement dans ce melting-pot musical très structuré et fort bien arrangé.  La liste des sidemen qui ont participé à l’aventure est tout aussi impressionnante et on peut citer entre autres le violoncelliste Eugene Friesen (paul Winter Consort), le bassiste Tony Levin (Paul McCartney et Peter Gabriel) ou bien encore le batteur Jeff Haynes (Pat Metheny Group). Le parcours contemplatif de Fiona Joy Hawkins ne perd jamais en cohérence et on se surprend à écouter cet album du début à la fin sans éprouver de lassitude.

Difficile de dire si le SACD ajoute un vrai plus qualitatif pour un enregistrement aussi produit. Il permet peut-être une meilleure aération générale au détriment d’un léger manque d’impact du piano… La qualité de production est néanmoins bien présente, et on pourra étiqueter ce nouvel opus comme enregistrement audiophile. 

 

Joël Chevassus

Titre: Living

Compositeurs: Jan Gunnar Hoff

Artistes: Jan Gunnar Hoff (piano)

Format: DXD - DSD64

Ingénieur du son: Morten Lindberg

Editeur/Label: 2L

Ref.: NOMPP1304010-140

Année: 2013

Genre: Jazz / Folk Scandinave

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Dans la lignée de  Quiet Winter Night,  2L donne l’occasion au compositeur arrangeur et pianiste Norvégien Jan Gunnar Hoff de s’exprimer seul au travers d’une série de pièces pour piano intitulée « Living ». Jan Gunnar Hoff enregistre une nouvelle fois au sein de ce lieu moyennement réverbérant qu’est l’église Sofienberg. Le placement des micros a été savamment exécuté pour obtenir une palette de timbres assez riche, une très bonne dynamique et captation des attaques de notes, tout en restituant l’ampleur du son se propageant dans la petite église d’Oslo. Le concept en lui-même paraît intéressant, à savoir travailler autour d’un lieu d’enregistrement qu’on connaît et maîtrise à chaque fois un peu plus, tout en exploitant au mieux sa réverbération naturelle sans dénaturer l’essence même de la performance artistique. Autre particularité, le placement de bois de chauffage sous le Stenway lui-même pour faire davantage ressortir les timbres de l’instrument, en diffractant les vibrations sans sur-amortir pour autant. C’est tout ce travail de préparation qui permet au final d’obtenir une prise de son très équilibrée et naturelle, digne des meilleurs preneurs de son.

On ne trouvera pas forcément dans cette série de compositions et arrangements personnels toute l’énergie vitale qu’on pourrait attendre d’un jazzman ayant choisi un tel nom d’album. « Living » est davantage une ode à la vie dans la plus pure tradition scandinave : on navigue entre passages méditatifs et d’autres plus expressifs. C’est dans un climat toujours apaisé qu’évolue le pianiste compositeur travaillant autour d’une musique structurée, plus interprétée que réellement improvisée.

Les deux formats DXD et DSD m’ont paru sensiblement équivalents avec peut être un peu plus de corps dans la version DXD, et davantage d’informations d’ambiance dans la version DSD. Mais on est là dans le domaine de la nuance subtile. Un enregistrement à apprécier dans l’intimité, la pénombre et si possible devant un beau feu de cheminée. Nordiquement vôtre !

 

Joël Chevassus

Titre: Quiet Winter Night

Compositeurs: Geir Bohren / Bent Åserud

Artistes: Hoff Ensemble

Format: DXD - DSD64

Ingénieur du son: Morten Lindberg

Editeur/Label: 2L

Ref.: NOUM71101628-41

Année: 2012

Genre: Folk Scandinave

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Jan Gunnar Hoff et sa formation nous offrent ici un florilège de folk scandinave. Cet album à la fois beau, méditatif et mélancolique, fait la part belle aux voix. Ainsi, on découvre de très beaux talents Norvégiens comme Helene Bøksle, Åsne Valland Nordli, Sondre Bratland, Unni Wilhelmsen, Tomine Harket, Bjørn Eidsvåg, Johan Muri, Cecilia Vennersten et Bjørn Eidsvåg. Mais le sextet du pianiste et compositeur Norvégien comporte également d’excellents musiciens à l’instar du contrebassiste Arild Andersen ou du trompettiste Mathias Eick.

Tous les morceaux sont tirés de la production cinématographique des compositeurs Geir Bohren et Bent Åserud, et, au-delà du son Scandinave et de la thématique hivernale, recréent une véritable ambiance…nordique, bien sûr. Les instruments typiques à cordes sympathiques rajoutent à la dimension folk, comme le violon de Hardanger et le nyckelharpa.

La production de Morten Lindberg comme à son habitude est exempte de tout reproche, et l’ensemble acoustique est très bien capté dans la petite église Sofienberg d’Oslo. L’enregistrement est à la fois clair, aéré et naturel, avec une restitution du grave de très bonne qualité. Le mastering est réalisé en DXD 352.8kHz/24-bit, disponible en téléchargement aussi bien en stéréo qu’en multicanal. Il est également disponible en DSD avec une conversion bien réalisée. Du coup, le DSD et sa taille de fichiers moins lourde (2.1 GB versus 6.4 GB pour le DXD stéréo) apparait comme un très bon compromis, pour ceux bien sûr qui peuvent lire ce type de format. Les laissés pour compte de la très haute résolution pourront quant à eux se tourner vers le format Wave ou FLAC en 192kHz/24-bit, ou 96kHz/24-bit, ce qui est déjà une perspective allèchante par rapport au classique format CD.

Au final, un album réjouissant, émouvant et accessible, à écouter au calme, et pas forcément que durant les longues soirées d’hiver…

 

Joël Chevassus

Titre: Brahms - Piano Concerto N°1

Compositeurs: Johannes Brahms

Artistes: Hélène Grimaud, Kurt Sanderling & Staatskapelle

Format: DSD - SACD

Ingénieur du son: Kazuie Sugimoto

Editeur/Label: Esoteric

Distributeur: Synergie-esoteric

Ref.: ESSW-90083

Année: 2013

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Enregistrement live chez Erato, datant d’octobre 1997, ce 1er concerto de Brahms interprété par la jeune Grimaud en compagnie de la Staatskapelle, et sous la baguette de Kurt Sanderling, a remporté le prix du concerto de l’année lors du festival du MIDEM 1999. L’interprétation est effectivement habitée et, même si le tempo semble relativement lent par rapport aux références Arrau / Gullini, Katchen / Monteux ou bien encore Curzon / Szell, elle est chargée de cette émotion parfois dense et lourde si typique de Johannes Brahms. La prise de son met bien en perspective les différents pupitres et le piano, bien qu’un peu distant, est néanmoins très bien capté. C’est un plaisir de se laisser prendre par le jeu subtil et sensuel, toujours entre tension et vitalité, d’une Hélène Grimaud, qui partage très équitablement la vedette avec l’orchestre et son chef. La totale osmose entre la soliste et l’orchestre explique sans doute les motivations qui ont poussé à primer ce concerto, modèle du genre.

Le remastering d’Esoteric (Kazuie Sugimoto) redonne de l’ampleur et de la profondeur à ce concerto. La qualité des timbres du piano semble y avoir  gagné également. Un concerto qui ne nous surprendra sans doute pas mais qu’on prendra certainement plaisir à redécouvrir en attendant de voir ce que nous réserve la belle aux loups et Andris Nelsons chez DG…

 

Joël Chevassus

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