CRITIQUES DISCOGRAPHIQUES

Nous traitons de façon quasi exclusive dans cette rubrique des enregistrements audiophiles HD PCM et DSD. L'acquisition de ces titres étant plus onéreuse que celles des fichiers red book 16 bit / 44,1 kHz, nous entendons donner notre avis objectif sur la qualité technique de l'enregistrement, et pleinement subjectif sur l'intérêt artitistique en lui-même, afin de guider nos lecteurs dans l'achat d'oeuvres de référence tous genres musicaux confondus.

 

 

Titre: Directions

Compositeur: Divers

Artistes: Clément Saunier

Format: 24 bit - 96 kHz

Ingénieur du son: Christophe Mazzella

Editeur/Label: Klarthe

Année: 2017

Genre: Classique / Contemporain

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Il est rare d'écouter un disque de trompettiste sans accompagnement. C'est une tentative audacieuse et finalement assez heureuse car on ne s'ennuie jamais au long de ce programme court (moins de cinquante minutes) et varié.

Clément Saunier (soliste de l’Ensemble Intercontemporain) délivre ici une démonstration de ce qu'il est possible d'exprimer avec le roi des instruments à vent. Majesté, fluidité, luminosité, noirceur, sérénité, calme, vivacité, tout y est. La captation de l'instrument est par ailleurs extrêmement bien réalisée, ce qui rajoute à la magie de la trompette. L'enregistrement semble être très peu compressé et il constitue également un excellent disque de test audiophile.

 

Mais au delà de ces qualités techniques, ce disque est aussi l'occasion d'explorer un répertoire assez peu connu, à l'instar de Peter maxwell Davies, Toru Takemitsu, Ivan Fedele (hommage à Miles Davis), ou bien encore le très surprenant « Shining Forth » de Matthias Pintscher. L'expressivité de l'instrument, la diversité de timbres assez incroyable en font un album de référence pour les amateurs de trompette moderne.

Autant j'ai parfois du mal avec certains enregistrements de trompette baroque, autant cette plongée dans l'univers contemporain de Francois Clément m'a enthousiasmé. A recommander sans aucune réserve.

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2017

 

Titre: Tchaikovsky: Symphony No.6

Compositeur: Piotr Ilyich Tchaikovsky

Artistes: Teodor Currentzis, MusicAeterna

Format: 24 bit - 96 kHz

Editeur/Label: Sony Classical

Année: 2017

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable

 

C'est une version spectaculaire, voire angoissante. La prise de son laisse à désirer mais on ne sait plus vraiment qui est responsable de ce chaos, le chef ou le technicien, peut-être les deux...

Après dix premières minutes très sombres et un peu déstructurées (c'est un parti pris, et après tout pourquoi pas ?), on se retrouve submergé par une vague de testostérone inédite. Les basses sont dantesques, et on prend conscience que cette version est celle des extrêmes et que tout espoir d'apaisement est voué aux plus âpres déceptions. Seule la subtilité semble mise de côté, ainsi que le côté dansant de l'allegro con grazia (quelle idée?), ou que le côté enjoué de la marche du troisième mouvement. Là c'est davantage la marche d'une panzer division, et encore, avec les chenilles spéciales neige et mauvais temps.

Finalement le désarroi de l'adagio lamentoso (dernier mouvement) arrive très logiquement pour ceux qui ont survécu à l'étoile de la mort. Cela vaut le coup car c'est sans doute le plus réussi, même s'il ne figurera pas dans les annales des meilleurs finals de la Pathétique...

Bref, une version à recommander aux amateurs de sensations fortes, les autres passez votre chemin.

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2017

 

Titre: Hopen Air

Compositeur: Andy Emler

Artistes: Orchestre Victor Hugo, Ensemble Nomos, Quatuor Morphing, Guillaume Orti, PercuDuo.

Format: 16 bit - 44.1 kHz

Ingénieur du son : Luc Fourneau

Editeur/Label: Klarthe

Année: 2016

Genre: Contemporain

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Qualité CD uniquement.

 

Andy Emler est certainement un des compositeurs français les plus intéressants de notre époque.

« Hopen Air » porte bien son nom puisque les quatre pistes de l'album sont le fruit de quatre partitions composées pour quatre formations différentes.

Bien que jazzman de cœur et de formation, difficile d'étiqueter cette œuvre d'Andy Emler : un peu free jazz par certains aspects, bartokienne et varesienne à certains moments, un peu beaucoup passionnément contemporaine, et sans aucun doute très originale dans son écriture...

 

« Ciel de sable » adopte une structure concertante avec l’Orchestre Victor Hugo (sous la direction de Jean-François Verdier), et le pianiste Yvan Robilliard. Beaucoup d'effets de contrastes et d’oppositions dans ce premier titre très dense et puissant, où les dissonances restent cependant nuancées.

On bascule avec « Dynamos 1 » dans une ambiance beaucoup plus contemporaine, où les dix violoncelles, sous la direction de Christophe Roy, nous emmènent vers des rivages plus sombres et tourmentés. On se trouve tout d'abord plongé dans un univers très visuel et évocateur, à l'instar de ce que peut nous proposer un Billy Childs dans son approche d'un jazz chambriste. Puis on dérive doucement vers un monde plus percutant, angoissant. C'est fort, puissant et prenant.

 

Les saxophones du Quatuor Morphing sur « Artophones 4 » instaurent un climat moins tourmenté où la virtuosité virevoltante du cinquième homme (Guillaume Orti) lance des jets de lumière magnifiques, venant contraster une rythmique laissant parfois imaginer un Edgar Varese qui aurait dirigé un big band de jazz.

La formation « PercoDuo » ( Philippe Limoge et Damien Petitjean ) avec « 7 for 2 » clôt cet album avec un univers à la Steve Reich. J'aime beaucoup l'utilisation du marimba qui apporte cette richesse tonale à des timbres plus métalliques ou électroniques, ainsi que la richesse harmonique du vibraphone.

A ceux que la musique contemporaine rebute ou effraie, je terminerais en précisant qu'il n'y a pas besoin d'être un expert ici de la musique sérielle ou dodécaphonique. La musique d'Andy Emler est accessible à chacun, elle nous parle, nous touche et ne nous laisse certainement pas indifférents. Cette récompense, outre une prise de son d'excellente facture, nous la décernons à « Hopen Air » pour cette originalité toute particulière qui contribue à faire de la musique une matière vivante. Bravo pour ce magnifique résultat et pour la prise de risque !

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2017

 

Titre: La Chemise Blanche

Compositeur: Couperin / Forqueray

Artistes: Rainer Zipperling, Sofia Diniz, Pieter-Jan Belder

Format: SACD stereo + multicanal

Ingénieur du son : Ulrich Lorscheider

Editeur/Label: Aeolus

Année: 2017

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

La viole de gambe en SACD sans Jordi Savall ni le « Lulliste » Marin Marais, voilà qui laisse espérer de nouvelles perspectives. Les deux suites de Couperin pour viole de gambe n'en représentent pas moins une des références en la matière, en dépit du fait que le compositeur est davantage reconnu pour son travail de claveciniste à la cour du Roi Soleil.

Deux violes (Rainer Zipperling et Sofia Diniz) et un clavecin (Pieter-Jan Belder), une bonne prise de son dans une église sans excès de réverbération, permettent de nous plonger au sein de ce répertoire en profitant d'une belle image tridimensionnelle et bien proportionnée d'un clavecin placé juste derrière les deux gambistes.

 

La quatrième suite d'Antoine Forqueray est entièrement de la main du père de Jean-Baptiste Forqueray, Antoine, et extraite d’un recueil de cinq suites intitulé « Pièces de viole avec la basse continue par Mr Forqueray ». Cette suite sollicite encore davantage la virtuosité des trois interprètes, et surtout des deux gambistes. Il faut noter que le diapason choisi pour cet enregistrement est un ton en dessous du diapason moderne et confère ainsi à ce disque une certaine matité, plutôt plaisante dans ce répertoire, et conforme aux usages d'époque.

Une belle réalisation tant technique qu'artistique...

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2017

 

Titre: Countdown

Compositeur: Divers

Artistes: Joey Alexander

Format: PCM 24 bit / 44,1 kHz

Ingénieur du son : Katherine Miller

Editeur/Label: Motema

Année: 2016

Genre: Jazz

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable

 

La valeur n'attend pas le nombre des années. Tout est dit.

Pour son deuxième album à seulement 13 ans, le pianiste indonésien Joey Alexander nous en met plein les oreilles.

Chouchou d'Herbie Hancock et de Wynton Marsalis (on fait moins bien comme parrains), le petit prodige signe ici quelques belles compositions et interprète en posant son propre style certains monuments du jazz moderne comme Countdown de Coltrane, et Maiden Voyage (Herbert / Hancock), tout en restant sur une ligne mélodique assez conventionnelle, fluide et limpide.

Cela manque encore un peu de profondeur, de maturité et d'un zeste de folie, mais il n'a, rappelons-le, que 13 ans...

La section rythmique avec les bassistes Larry Grenadier et Dan Chmielinski, ainsi que le batteur Ulysses Owens Jr, offre un support de première classe au gamin. Bref, un jazz de très bonne facture, propre, précis et chaleureux.

Pourvu que ça dure...

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2017

 

Titre: Live in Montreal

Compositeur: Divers

Artistes: Hiromi Uehara - Edmar Castaneda.

Format: PCM 16 bit / 88,2 kHz

Ingénieur du son : Michael Bishop

Editeur/Label: Telarc

Année: 2017

Genre: Jazz

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable

 

C'est une nouveauté particulièrement rafraichissante, qui ramène sur le devant de la scène une Hiromi Uehara pleine de vie et de lyrisme, après quelques albums qui l'étaient sans doute un peu moins.

C'est aussi une démonstration de virtuosité de la part du harpiste colombien Edmar Castaneda. Le piano et la harpe ne font en effet pas semblant, ça joue grave après un court round d'observation sur la première piste « A harp in New York ». Dès « For Jaco », la tension monte d'un cran et le dialogue entre les deux artistes s'installe définitivement pour ne plus s'arrêter.

Il y a quelque chose de typiquement africain dans le son du Colombien, qui se rapproche à certains moment d'une kora guinéenne. La Japonaise, ambassadrice privilégiée du piano de concert Yamaha CFX, délivre un son chaud et mat qui se marie particulièrement bien à celui de la harpe.

 

Une musique puissante, émotionnelle qui me fait penser qu'il y a encore dans la production jazz actuelle des moments d'inspiration et de créativité, même s'ils tendent à se raréfier. Celui-ci est en tout cas une véritable oasis. Bravo.

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2017

 

Titre: Le Chant de la Terre

Compositeur: Gustav Mahler

Artistes: Orchestre Victor Hugo, Eve-Maud Hubeaux, Jussi Myllys.

Format: PCM 24 bit / 48 kHz

Ingénieur du son : Philippe Muller

Editeur/Label: Klarthe

Année: 2016

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Encore une transcription d'un œuvre symphonique pour une plus petite formation d'orchestre de chambre. La démesure mahlérienne peut-elle vraiment être miniaturisée pour en extraire la quintessence ? C'est un peu la question qu'on est en droit de se poser lorsqu'on voit la distribution sur la pochette.

 

L'Orchestre Victor Hugo sous la baguette du chef Jean-François Verdier ainsi que les jeunes solistes Eve-Maud Hubeaux et Jussi Myllis représentent en quelques sortes une opération de type "commando" par rapport aux grandes manœuvres symphoniques auxquelles nous sommes habitués.

 

Et étonnamment ça fonctionne. Allez, ne soyons pas avares de compliments, ça fonctionne même mieux que les versions qu'abrite ma bibliothèque musicale personnelle. Il y a dans cette réalisation plus d'émotion, davantage de folie, et la prise de son exemplaire (Philippe Muller de chez Passavant !) permet vraiment à cet ensemble d'occuper tout l'espace disponible avec un relief assez saisissant.

 

Le dispositif orchestral en version allégée permet une interprétation plus directe, où la qualité des timbres est magnifiée, alors qu'elle peut être assez souvent diluée dans les grandes masses symphoniques. L'expressivité des différents lieds, les changements d'atmosphère relèvent d'une grande sensibilité, d'une compréhension assez juste du dessein du compositeur, et d'un sens aigu de la nuance. Tout m' a semblé en tout cas plus intense, plus vivant et peut-être finalement plus proche de ce que pourrait être vraiment quelque chose d'aussi puissant que le chant de la Terre...

 

Mais ce n'est pas que l'orchestration qui impressionne dans cette réalisation car les performances du ténor et de la mezzo sont de tout premier ordre, dans un environnement acoustique où ils prennent presque parfois le pas sur l'orchestre, ou que leur chant se mêle aux instruments de façon presque fusionnelle.

Le travail d'orchestration est vraiment remarquable, ainsi que la prise de son (encore une fois), sans doute facilitée par l'effectif plus restreint, mais le résultat est indéniablement là : cet enregistrement touche au plus profond de nos âmes et l'objectif est indubitablement atteint. Cela mérite sans hésiter un Grand Frisson, puisqu'ici cette distinction semble ici presque un pléonasme... Une très belle découverte !

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2017

 

Titre: Tableaux d'une exposition - Jazz Suite (extraits)

Compositeur: Modest Mussorgski / Dmitri Chostakovitch

Artistes: Quintette Moraguès, Yves Henry (piano)

Format: PCM 24 bit / 96 kHz

Ingénieur du son : Cécile Lenoir

Editeur/Label: Klarthe

Année: 2017

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Le Quintette à vent Moraguès, accompagné du pianiste Yves Henry, nous livre ici une interprétation tout à fait originale du répertoire russe à travers les transcriptions de David Walter, hautboïste du la formation, des Tableaux d'une Exposition de Moussorgski et d'extraits choisis de la Jazz Suite de Chostakovitch.

Cette lecture des Tableaux d'une Exposition conserve le caractère plus intimiste de la version pour piano seul tout en reprenant certaines couleurs caractéristiques à l'orchestration de Ravel.

A l'écoute du Gnomus, on ne retrouve pas en effet le caractère très lourd et inquiétant des versions pour grands orchestres, mais plutôt une forme de poésie qui va néanmoins au delà de la simple transcription pour piano. Elle s'exprime aussi pleinement durant la seconde promenade. On évite ainsi les contrastes un peu lourds qu'on peut trouver dans certaines interprétations "symphoniques". Et la légèreté qu'on peut apprécier à l'écoute du « Marché de Limoges » ne se fait pas au détriment de l'ampleur qu'on a l'habitude d'observer dans ce mouvement.

 

D'un point de vue technique, les instruments emplissent l'espace de façon assez remarquable et je n'ai jamais eu cette sensation d'écouter quelque chose d'étriqué ou une version très chambriste de l'oeuvre de Moussorgski. Je pense que le côté assez peu réverbérant du lieu d'enregistrement permet effectivement d'apporter une dimension orchestrale et conserver l'ambiance des Tableaux, sans brillance excessive.

Lorsque la partition est plus chargée, comme dans « Baba Yaga » et « La Grande Porte de Kiev », on apprécie également le fait que les instruments fusionnent dans un esprit très chambriste et l'intégration du piano au quintette est particulièrement bien réalisée. La prise de son sur ce plan est exemplaire.

 

En ce qui concerne les extraits de Jazz Suite n°2, la première surprise est de ne plus entendre la section rythmique des versions orchestrales, qui confèrent à la Marche son côté très militaire. Néanmoins le rythme de cette « marche pour orchestre de chambre » reste bien affirmé, et même si le côté martial est forcément moins marqué, l'espièglerie du compositeur ressort avec d'autant plus de force. Même constat pour la « petite polka » qui sans ses cors et ses timbales perd de sa dimension percussive...

Par contre, sur la « Valse n°2 », on n'a plus aucune impression de manque quand bien même le côté très fanfare militaire de la version originale est remplacé par une sonorité plus viennoise. J'avoue avoir adoré cette transcription qui apporte presque plus de force au discours musical que la version orchestrale survitaminée...

Au final, cet dernier opus du clan Moraguès m'a ravi tant artistiquement que techniquement. Une bien belle réalisation.

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2017

 

Titre: Mahler Symphony n°3

Compositeur: Gustav Mahler

Artistes: Budapest Festival Orchestra, Ivan Fischer

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son : Jared Sacks

Editeur/Label: Channel Classics

Année: 2017

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel

 

Jared Sacks de Channel Classics, Ivan Fischer et son Budapest Festival Orchestra déroulent le cycle Mahler avec cette fois-ci la troisième. C'est sans doute la plus belle réalisation de cette fructueuse collaboration que j'ai pu écouter à ce jour, avec sans doute la quatrième.

La troisième symphonie de Mahler, à l'instar de la neuvième de Beethoven, est une œuvre qui ne ressemble à aucune autre. Elle est extrêmement longue (une heure et demie) et explore en profondeur le champ des possibles, repoussant les limites du genre traditionnel de la symphonie.

Gustav Mahler avait d'ailleurs confié que la symphonie représentait à ses yeux la possibilité de construire un univers avec tous les moyens de la technique disponible...

La prise de son de ce nouvel opus est comme à son habitude excellente et l'intérêt du support DSD dématérialisé évident.

Ce n'est pas à proprement parler la version qu'on recommandera aux amateurs de grosses formations symphoniques particulièrement démonstratives à l'instar de ce qu'on peut apprécier chez Bernstein. Non, là le côté chambriste à certains égard de la formation hongroise fait la place belle au mystère et à la complexité de la musique de Gustav Mahler. C'est depuis le début de ce cycle la patte d'Ivan Fischer et on est libre d'adhérer ou pas à ce style particulier. Et bien que j'adore la force musculaire de Bernstein, je suis aussi un fan inconditionnel de ce que propose Fischer chez Mahler.

Fischer c'est une élégance folle, une précision absolue des contrastes, du détail et du rythme, qui n'a finalement pas besoin d'être constamment dans le démonstratif pour témoigner de la dramaturgie ou de la puissance qui réside dans les symphonies de Gustav Mahler. Ces qualités restent intactes jusqu'au final inclus. Certains reprocheront un manque d'énergie dans le dernier mouvement, mais c'est à mon sens une hérésie : le final se doit d'être une suite logique et cohérente des cinq premiers mouvements. Sans doute cette version ne peut-elle être la seule à posséder parmi une discographie très riche. Mais cela serait extrêmement dommage de passer à côté. 

 

 

Joël Chevassus - Septembre 2017

 

Titre: Schoenberg : String Quartets 2 & 4

Compositeur: Arnold Schönberg

Artistes: Gringolts Quartet, Malin Hartelius

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son : Marion Schwebel

Editeur/Label: BIS

Année: 2017

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

BIS nous réserve souvent des pépites, tant sur le plan artistique que technique, et cette dernière production en est à nouveau une parfaite illustration.

Le Quatuor Gringolts, que nous avions déjà pu apprécier dans l'album "Taneyev - Glazunov" avec Christian Poltera, délivre encore une fois une prestation remarquable.

Les compagnons du violoniste Ilya Gringolts sont pour rappel Anahit Kurtikyan (second violon), Silvia Simoniescu (alto) et Claudius Hermann (violoncelle) et accompagnés, dans les deux derniers mouvements du quatuor en Fa dièse mineur, de la soprano Malin Hartelius. Cette formation nous amène donc cette fois-ci sur les rivages tourmentés des quatuors d'Arnold Schönberg, second opus 10 et quatrième opus 37.

La prise de son comme sur le précédent "Taneyev - Glazunov" est superbe de transparence et d'énergie. Cette présence peu commune des interprètes permet à la musique de Schönberg d'exprimer toute sa puissance et son lyrisme. La beauté et clarté des timbres, la précision des attaques de note, des accents, m'ont encore une fois fait chavirer. Cette formation fonctionne vraiment à merveille sur ce répertoire pour lequel l'expressivité et la précision sont des vertus capitales. Le choix de la soprano se révèle également excellent car Malin Hartelius délivre une performance à la fois sobre et extrêmement lyrique.

Malgré la nature toute dodécaphonique du quatrième concerto de Schönberg, les Gringolts parviennent à exalter la puissance dramatique de l'œuvre, évitant le confinement dans un formalisme trop stérile.

Cette version des Gringolts rejoint ainsi le club très fermé des meilleures références en la matière, à l'instar des Prazak ou des Lasalle. Encore une très bonne pioche...   

 

 

Joël Chevassus - Septembre 2017

 

Titre: Taneyev - Glazunov : String Quintets

Compositeur: Sergei Taneyev, Alexander Glazounov

Artistes: Gringolts Quartet, Christian Poltera

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son : Jens Braun

Editeur/Label: BIS

Année: 2015

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Le quatuor du violoniste russe Ilya Gringolts, après s'être essayé à Brahms et Schumann, s'attaque cette fois-ci au répertoire russe en compagnie du violoncelliste suisse Christian Poltera. Les quintettes à cordes de Sergei Taneyev et d'Alexander Glazounov sont injustement méconnus, comme globalement une bonne part de la musique de chambre russe qui a été longtemps considérée comme trop éloignée de la vraie identité folklorique nationale. C'est dommage, car ces quintettes pour cordes sont vraiment exaltants et certainement dignes du plus grand intérêt, sans avoir rien à envier aux grandes compositions allemandes (et bien que l'inspiration de Franz Schubert soit assez évidente).

 

Si celui de Taneyev est particulièrement vivant (Quintet n°1 en Sol majeur opus 14), l'interprétation du quintet en La majeur opus 39 de Glazounov est plus calme, moins flamboyante, mais en même temps plus lyrique et nuancée. A noter le complexe final du quintette de Taneyev regroupant un grand nombre de thèmes avec variation qui viennent enrichir la composition. Le duo de violoncelles de la variation 6 du final du Taneyev est par ailleurs formidable.

 

La qualité technique de l'enregistrement est ici excellente et on aimerait que tous les bons quatuors ou quintettes puissent bénéficier de se soin particulier accordé à la production chez BIS. Un excellent disque.

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2016

 

Titre: Symphonie Fantastique

Compositeur: Hector Berlioz

Artistes: Daniele Gatti, Royal ConcertGebouw Orchestra

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son : Everett Porter

Editeur/Label: RCO

Année: 2016

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable

 

Les goûts et les couleurs, ainsi que l'idée très personnelle qu'on peut se faire d'une œuvre, sont souvent des points de désaccord entre mélomanes. Peut-on néanmoins cautionner une production de la Symphonie Fantastique d'Hector Berlioz aussi plate et ordinaire que celle-ci ? Pour ma part je ne vois pas comment...

 

On peut mettre en avant un certain modernisme pour justifier un climat qu'on qualifierait volontiers de glacial. On peut tout autant dénigrer des versions trop extraverties, comme celle de Gustavo Dudamel à la tête du Symphonique de Los Angeles chez Deutsche Gramophone (je dois bien admettre que j'adore celle-ci, malgré la piètre qualité technique de l'enregistrement ). Mais pour moi, cette symphonie doit rester, quoi qu'on puisse en penser, fantastique. Et avec cet enregistrement de Daniele Gatti, je cherche encore...

 

Même si les derniers mouvements (et notamment le Songe d'une nuit de Sabbat) paraissent un peu moins arides que les premiers, encore faut-il endurer tout l'ennui des "Rêveries Passions" et du second mouvement. Vision trop intellectuelle ? Sans doute... Dans les dernières sorties haute résolution du chef d'œuvre de Berlioz, un Valéry Gergiev offre davantage d'émotion et d'adhésion, même si on se trouve encore loin des meilleures références en la matière.

 

La prise de son, très propre, ajoute au côté clinique de l'interprétation, et n'aide pas vraiment à faire oublier l'austérité ambiante, comme si les contrebasses étaient tronquées. L'orchestre semble capté de très loin et on se retrouve presque au troisième balcon, chouette ça ne m'arrive pas si souvent !

Pas grand chose donc pour sauver ce début calamiteux de Gatti à la tête du Concertgebouw d'Amsterdam. Espérons que cela ne soit qu'un bref moment d'égarement...

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2016

 

Titre: Roussel, Debussy, Poulenc

Compositeur: Albert Roussel / Claude Debussy / Francis Poulenc

Artistes: Kazuki Yamada, Orchestre de la Suisse Romande

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son : Karel Bruggeman

Editeur/Label: Pentatone

Année: 2016

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel

 

Un répertoire français très bien servi d'un point de vue tant artistique que technique. Le chef Kazuki Yamada confirme ses excellents débuts et nous livre avec l'Orchestre de Suisse Romande une interprétation très vivante et chaleureuse d'œuvres qui ont été finalement assez peu enregistrées.

Les Suites 1 et 2 du ballet « Bacchus et Ariane » Op.43 d'Albert Roussel sont menées avec puissance et délicatesse. Yamada aurait-il donc la fameuse poigne de fer dans le gan de velours ? Il y a beaucoup de générosité lyrique, et en même temps de retenue, dans l'orchestration du Japonais. Bel exemple de maturité et de connaissance de ce répertoire français...

 

Les « Six Epigraphes Antiques » de Claude Debussy, dans l’orchestration d’Ernest Ansermet datant de 1932, mettent davantage en évidence la sensibilité et la précision de Yamada, tandis que la suite d’orchestre « Les Biches » de Francis Poulenc braque de nouveau le projecteur sur cette espèce de flamboyance raisonnée nippone.

 

La qualité technique de l'enregistrement est un cran au dessus de la production habituelle de Pentatone. Autant dire qu'elle s'élève à un très haut niveau. Nous tenons donc là une très belle production, à recommander sans la moindre réserve.

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2016

 

Titre: Sergio Tiempo plays Liszt and Tchaikovsky

Compositeur: Franz Liszt / Piotr Ilitch Tchaïkovski

Artistes: Sergio Tiempo (piano), Orchestre de la Suisse Italienne

Format: CD-SACD hybride

Editeur/Label: AvantiClassic

Année: 2011

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel

 

L'Argentine est une terre exaltante, et certains de ses artistes le sont tout autant à l'instar d'un Gustavo Dudamel et son Orchestre Simon Bolivar, ou du pianiste Sergio Tiempo, chouchou de Martha Argerich, qui signe ici son premier enregistrement avec orchestre.

Cet enregistrement live captive l'auditeur dés les premières notes de la Totentanz de Liszt. Arriver à donner une nouvelle perspective du concerto de Tchaïkovsky est encore plus étonnant et rare. Ces versions sont ébouriffantes, décoiffantes, et ne feront sans doute pas l'unanimité.

Mais nom d'une pipe, qu'est-ce que c'est plaisant !

La fougue ainsi que le tempo non académique du pianiste sont vraiment communicatifs. Les trois sonnets de Pétrarque sont tout autant somptueux que le reste. Les nuances multiples, les passages alternant douceur romantique et puissance démoniaque font de cet enregistrement une référence tant technique qu'artistique et l'Orchestre de la Suisse Italienne se hisse au niveau des plus grands, grâce à une performance de grande classe des chefs Ion Marin et Alexandre Rabinovitch. La qualité de production est quant à elle iréprochable.

 

Un très grand disque !

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2016

 

Titre: Live at the LOA - Summer Wind

Compositeur: divers

Artistes: Ray Brown (basse), Gene Harris (piano), Jeff Hamilton (batterie)

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son: Graemme Brown

Editeur/Label: Concord Jazz

Année: 2003

Genre: Jazz

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable

 

C'est une bonne prise de son live, dans le sens où l'énergie et le plaisir des trois compères à jouer sur scène paraît presque intacte. Quelques effets de zoom sur la contrebasse et la batterie à certains moments, mais ceci n'est pas vraiment rédhibitoire.

Quand les trois musiciens s'expriment en même temps, la scène ouvre beaucoup, avec pas mal d'infra grave mais il est bien contrôlé.

 

D'un point de vue artistique, l'énergie est communicative et on se prend vite à taper du pied et dodeliner de la tête. C'est un enregistrement qui remonte à 1988 et le travail de remastering DSD a plutôt été fait correctement. Pas sûr que le DSD apporte grand chose, mais en tout cas, il ne semble pas avoir perverti la bande originale. Les informations de salle avec le téléphone (fixe) qui sonne au fond du local mettent dans l'ambiance et en fermant les yeux, on s'y croirait vraiment. Le son ne semble à aucun moment compressé même en écoutant à volume élevé. Un album très attachant.

 

 

Joël Chevassus- Octobre 2016

 

Titre: Lynne Arriale Trio Live

Compositeur: divers

Artistes: Lynne Arriale (piano),Jay Anderson (basse), Steve Davis (batterie)

Format: CD-SACD hybride

Ingénieur du son: Hans-Jörg Mauksch

Editeur/Label: In & Out Records

Année: 2005

Genre: Jazz

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Cet album, enregistré lors d’un concert donné en Allemagne au Burghausen Jazzwoche Festival en 2005, est très varié puisqu’il réunit des compositions de Feldman, Monk ou bien encore Lennon/ McCartney. Ce n’est pas un jazz très complexe ou intellectuel. Mais ça joue, et le trio fonctionne à merveille. Quoi de plus enthousiasmant qu’un(e) pianiste inspiré(e) avec une rythmique solide à la contrebasse et à la batterie ?

Lynne Arriale remplit son contrat avec brio même si on n’est pas non plus au niveau d’un Herbie Hancock du temps où il était encore à son apogée avec son album « New Standards ». Le jeu de la pianiste est en tout cas d’une grande lisibilité, sans pour autant que les instruments soient captés de trop près (ou du moins donnent cette impression).

Ajoutez une bonne prise de son live retranscrivant bien l’acoustique de la salle de concert avec une belle réverbération, et on a l’impression d’être parmi le public. L’image stéréo est assez large, et l’équilibre tonal est globalement plaisant, ni trop brillant ni trop descendant, comme c’est parfois le cas sur certains enregistrements en public. Un très bon moment.

 

 

Joël Chevassus- Octobre 2016

 

Titre: Bach : Suites anglaises n° 2 & 6, Concerto Italien

Compositeur: Jean-Sébastien Bach

Artistes: Pierre Hantaï (clavecin)

Format: CD - 24 bit / 88.2 kHz

Ingénieur du son: Nicolas Bartholomée

Editeur/Label: Mirare

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel

 

Pour la plupart des mélomanes et des musiciens, les titres des suites pour clavier de Bach signalent différents parfums de l’Europe musicale. Les Suites françaises seraient un essai de jeunesse composé de danses délicatement ornées, les Suites allemandes (partitas) un exemple tardif de pièces sérieuses et contrapuntiques. Pour les «anglaises», on peine à trouver des références précises, le style anglais du XVIIIe siècle manifestant un goût prononcé pour le mélange de style...
 
Dans cet album, Pierre Hantaï nous expose un travail particulièrement soigné, mélange de liberté de l'appropriation personnelle de l'oeuvre et de propreté dans l'exécution. On ne trouvera guère de fiopritures ici que ce soit dans les Suites ou le Concerto, mais une interprétation précision, presque clinique,  non sans rappeler l'enseignement que lui a prodigué Gustav Leonhardt.
L'enregistrement et la prise de son m'ont parus excellents. Le clavecin, capté de près, dévoile toute la richesse tonale et harmonique dont il est capable. C'est assez bien vu finalement de ne pas exacerber les ambiances de salle, soulignant souvent la sonorité un peu trop brillante ou clinquante de l'instrument. Ce n'est évidemment pas le cas de cet album.

Les quatre chorals joués en interlude de chacune des oeuvres jouées amènent une respiration et un rythme apaisant. C'est au final une très belle réussite que ce dernier opus de Pierre Hantaï, un claveciniste qui fera date après les intouchables Leonhardt et Ross...
 

 

Joël Chevassus- Février 2016

 

Titre: Rosary Sonatas

Compositeur: Heinrich Ignaz Franz von Biber

Artistes: Rachel Podger (violon) - David Miller, Marcin Swiatkiewicz, Jonathan Manson (basse continue)

Format: DSD 64 - SACD hybride

Ingénieur du son: Jared Sacks

Editeur/Label: Channel Classics

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel

 

Rachel Podger a la réputation de réussir tout ce qu'elle entreprend. Il est vrai que ces dernières années ont été particulièrement fructueuses et c'était sans doute le moment opportun pour s'attaquer à un répertoire aussi difficile que celui des Sonates du Rosaire pour violon et basse continue.

En effet, l'œuvre du compositeur allemand, passé maître dans l'art de la scordature (procédé consistant à accorder l'instrument de différentes façons pour en étendre la tessiture), est faite de contrastes, naviguant entre virtuosité énergique et raffinement sensuel.

Les sonates sur les mystères du Rosaire sont aujourd'hui considérées comme un monument de la littérature pour violon, sorte d'Everest du violon baroque. La diversité des formes, des tonalités, des accords en scordature, et des tempi fait de ces sonates un défi technique mais aussi interprétatif car cette diversité autorise de fait différentes lectures.

 

Rachel Podger nous offre ici une version très aboutie, mettant particulièrement bien en valeur les contrastes imposés par la partition, sans pour autant la surjouer. En effet, chaque mouvement est très bien caractérisé et distinct des suivants. La basse continue mettant en scène trois protagonistes à des instruments aussi variés que la théorbe, le clavecin, l'orgue, le violoncelle ou bien encore la viole de gambe, est parfaitement intégrée, et participe à la diversité de l'œuvre pour violon en amenant de subtiles nuances de tonalités, sans être pour autant prendre le pas sur le violon.

Il n'y a pas grand chose à dire à propos de la maîtrise technique de Podger, qui au fil des ans s'est imposée comme une des plus grandes violonistes baroques de sa génération. Cette interprétation se hisse ainsi parmi les références, en compagnie des versions de Bismuth et Goebbels.

La prise de son et la qualité de l'enregistrement sont irréprochables, raison de plus pour faire figurer ce nouvel opus sur la première marche du podium audiophile, et lui vaut au passage un grand frisson amplement mérité.

 

Joël Chevassus- Février 2016

 

Titre: Haydn : Violin Concerto N°1 / Sinfonia Concertante

Compositeur: Joseph Haydn

Artistes: Pinchas Zukerman - Los Angeles Philharmonic Orchestra

Format: DSD 64 - SACD hybride

Editeur/Label: PentaTone

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

La maison Pentatone s'est attelée à rendre disponible en SACD un certain nombre de pépites Deutsche Grammophon enregistrées en multi-canal dans les années 70. En l'occurrence, il s'agit là d'une performance datant de 1977 de Pinchas Zukerman, en tant que soliste et conducteur du Philharmonique de Los Angeles dans le concerto n°1 pour violon en ut majeur de Joseph Haydn et sa symphonie concertante en si bémol. Cet enregistrement original de DG avait été en ce temps capté en quadriphonie malgré l'impossibilité technique pour les audiophiles de l'époque de l'exploiter.

Le remastering DSD multi-canal est supposé rendre l'éclat original de ces prises de son. Il n'en reste pas moins que peu de personnes sont encore équipées pour la quadriphonie, et le multi-canal en audio reste également bien en retrait de ce qu'il peut être pour le home cinéma...

 

La sonorité pleine et délicieusement vintage du violoniste israélien contraste avec une orchestration plutôt moderne pour l'époque. Le tempo adopté est assez lent mais cela ne n'empêche pas une restitution très vivante de ce concerto baroque. Dans la symphonie concertante, Pinchas Zukerman est accompagné de Ronald Leonhard au violoncelle, de Barbara Winters au hautbois et par David Breidenthal au basson (formant ce quatuor de solistes peu usuel). On apprécie tout particulièrement la ferveur de l'interprétation et le raffinement du jeu de Zukerman et Winters. Je n'ai pas trouvé tout l'éclat des cordes et la subtilité d'un Adam Fischer ou d'un Frans Brüggen mais cette version fait néanmoins partie des très bons enregistrements de cette symphonie concertante et c'est une excellente initiative de Naxos et Pentatone que de donner un coup de jeune à ces trésors de Deutsche Grammophon.

 

Joël Chevassus- Février 2016

 

Titre: Bach : Lutheran Masses II

Compositeur: Jean sébastien Bach, Marco Gioseppe Peranda

Artistes: Bach Collegium Japan

Format: DSD 64 - SACD hybride

Ingénieur du son: Matthias Spitzbarth

Editeur/Label: BIS

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Et voici la suite du premier volume des messes luthériennes enregistré par le Collegium Japan (coeur et orchestre) sous la direction du maître Suzuki. Ces quatre messes latines sont un chemin préparatoire vers la célèbre Messe en si mineur (BW 232m). Les Messes en la majeur (BW 234) et fa majeur (BW 233) viennent donc terminer ce cycle. Le chef japonais clôt ce double album avec la messe en la mineur de Marco Gioseppe Peranda, qui avait été reprise par Jean-Sébastien Bach.

Les chanteurs associés sont les mêmes que ceux du premier volume, à savoir la soprane Hana Blazikova, le contre-ténor Robin Blaze, le ténor Katsuhiko Nakashima et le basse Peter Kooij.

 

Dans ces deux dernières messes luthériennes, les instruments à vents viennent apporter une voix supplémentaire ainsi qu'une couleur toute particulière, que ce soit les deux flutes dans la messe en la, que les cors dans la messe en fa.

La direction colle à l'esprit de Leipzig et Suzuki impressionne encore par sa rigueur et son naturel, permettant de rendre ces œuvres très vivantes sans pour autant pêcher par quelque indésirable excès de zèle.

 

J'ai été un peu moins impressionné par la qualité audio de ce second volet de ces parodies que par celle des BW 235 et 236. Il n'en reste pas moins que ce SACD est très honorable et ne dépareillera pas au sein de ma volumineuse collection des cantates et autres œuvres de Bach par Suzuki. Le contrepoint est maîtrisé, les différents pupitres fusionnent à merveille, et la douceur de la musique délivrée par le Bach Collegium Japan est un enchantement pour l'oreille.

Il constitue également l'occasion de découvrir (cela a été le cas pour moi) cette messe de Peranda qui s'inscrit parfaitement dans la grande tradition contrapuntique...  

 

Joël Chevassus- Février 2016

 

Titre: I Skogen : Nordic Songs

Compositeur: Sibelius, Grieg, Stenhammar, Alfvén

Artistes: Camilla Tilling (chant), Paul Rivinius (piano)

Format: DSD 64 - SACD hybride

Ingénieur du son: Marion Schwebel

Editeur/Label: BIS

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Après s'être essayée au répertoire de Strauss et de Schubert, la soprano suédoise Camilla Tilling nous revient chez le même éditeur vers des horizons plus familiers que sont ceux des répertoires de Grieg, Sibelius ou bien encore Stenhammar dont est tiré le titre de l'album "I Skogen" (Dans la forêt).

Ce récital est un mélange de textes allemands et suédois. L'interprétation des lieds d'Edvard Grieg (opus 48) et de ceux de Jean Sibelius (opus 50) sont particulièrement réussis. Sans doute nous sont-ils aussi moins étrangers...

 

Camilla Tilling allie la beauté cristalline à une expressivité rare, ce qui nous permet de découvrir ou redécouvrir le chant nordique du début vingtième. L'accompagnement de Paul Rivinius est parfaitement fusionnel et la magie opère pleinement. C'est une belle prise de son, bien que l'intérêt de la haute définition sur ce type d'enregistrement ne soit pas toujours d'une évidence flagrante.

L'écoute reste agréable et l'émotion communicative, du début jusqu'à la fin de ce nouvel album paru chez BIS records. Une belle réalisation.

 

Joël Chevassus- Février 2016

 

Titre: Vivaldi : I concerti dell'addio

Compositeur: Antonio Vivaldi

Artistes: Europa Galante - Fabio Biondi

Format: 24 bit / 88.2 kHz

Ingénieur du son: Fabio Framba

Editeur/Label: Glossa

Année: 2015

Genre: Musique classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Le pyrotechnicien Fabio Biondi a cette réputation d'en faire parfois trop et son rival transalpin Giuliano Carmignola a sans doute dans le répertoire Vénitien marqué son empreinte grâce à une technique tout aussi impressionnante mais un son plus dense et plus incarné, bref avec davantage d'éloquence. Le maestro Carmignola avait d'ailleurs initié le mouvement en étant le premier à enregistrer ces concertos tardifs chez Sony, les peu connus et très matures "Late Concertos" d'Antonio Vivaldi, repris ici par Biondi sous l'appellation de "Farewell Concertos".

 

Il s'agit là des dernières compositions que le prêtre roux avait vendu à un collectionneur, le Comte Vinciguerra Collalto, après avoir perdu son récent mécène Viennois Charles VI, se retrouvant alors dans la misère la plus complète avant de décéder lui aussi un mois plus tard.

 

Cet héritage venant mettre un terme à la production de concertos pour violon la plus véhémente de toute l'histoire de la musique n'est pas à proprement parler un pan mineur de l'œuvre Vivaldienne, même s'ils n'ont finalement été enregistrés pour la première fois qu'il y a quinze ans par Carmignola. Pouvait-on néanmoins se risquer à défier le maître du "Baillot" sur son propre terrain, et même lorsqu'on s'appelle Fabio Biondi ?

 

C'est une question qui m'est à la fois facile et difficile. Difficile, parce que je suis un inconditionnel de Biondi, et que même si j'encense la performance de Carmignola et Marcon sur les Quatre Saisons, ce qu'a fait Biondi avec Europa Galante sur son premier enregistrement du classique Vivaldien reste spécial à mes oreilles, quelque chose qui me touche davantage alors que je vois dans la magnifique version de Carmignola davantage de recherche esthétique mais pas forcément davantage d'éloquence. C'est aussi une question facile car sur ces derniers concerti, ce que fait Fabio Biondi balaie tout ce qui a pu être fait avant, Carmignola y compris.

 

Car lorsque Biondi décide d'aller complètement droit au but, de laisser certaines excentricités de côté, on assiste à une performance d'une puissance émotionnelle inégalée. La virtuosité dévastatrice du patron d'Europa Galante se place alors au dessus du lot.

Et lorsque la prise de son est tout aussi remarquable, que dire de plus ?

 

Que cet enregistrement fera date sans nul doute chez tous les amoureux de Vivaldi et aussi chez les autres ? Certes, car il s'écoute du début à la fin avec une émotion constante. C'est peut-être ce que Biondi a délivré de meilleur à ce jour, et pourtant..

 

Joël Chevassus- Mai 2015

Titre: Manuel De Falla - El Amor Brujo

Compositeur: Manuel de Falla

Artistes: Peter et Zoltán Katona 

Format: DSD 64 - SACD hybride.

Ingénieur du son: Jared Sacks

Editeur/Label: Channel Classics

Année: 2009

Genre: Musique espagnole

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

Les compositions de Manuel de Falla ont été fortement influencées par le Flamenco, et l'instrument central qu'est la guitare classique andalouse, malgré qu'il n'aura composé qu'une œuvre pour guitare dans toute sa carrière de compositeur.

L'idée a donc germé chez les deux frères jumeaux hongrois, Peter et Zoltan Katona, de retranscrire pour la guitare de nombreuses œuvres du célèbre compositeur espagnol qui n'étaient à l'origine pas écrites pour cet instrument mais qui s'en inspiraient néanmoins largement.

L'aspect très dynamique de la musique de Manuel de Falla a été à cette occasion renforcée par l'ajout de percussions.

La soprano Juanita Lascarra contribue à parfaire ce tableau flamenco, avec une belle intensité qu'on ne peut qu'apprécier dans "El amor brujo". C'est néanmoins tout en subtilité et en finesse que la chanteuse aborde ce répertoire en évitant de tomber dans la trappe de la caricature que pourrait suggérer ce genre musical, alors que le répertoire de Manuel de Falla impose une grande subtilité.

 

La production est superbe, comme c'est souvent le cas chez Channel Classics, et le rendu final est très proche du live. Les réverbérations de salle, la profondeur, l'ambiance sont vraiment bien restituées.

Les trois extraits du "Three cornered hat" sont extrêmement communicatifs et entraînants.

Les sept chansons populaires espagnoles regorgent de contrastes et de dynamique. On peut donc en conclure que c'est un disque très vivant, bien enregistré avec le bonus de la résolution du DSD.

Un de Falla à avoir dans sa SACD-thèque, au même titre que le "Three cornered hat" digitalisé par Esoteric. Un excellent disque.   

 

Joël Chevassus- Mai 2015

Titre: Musiques de Chambre

Compositeur: Carl Philipp Emanuel Bach

Artistes: Jean-Pierre Pinet, Fanny Paccoud, Etienne Mangot, Aline Zylberajch (Les Curiosités Esthétiques)

Format: PCM 16/44, 24/96

Ingénieur du son: Hannelore Guittet

Editeur/Label: NoMadMusic

Année: 2014

Genre: Musique de chambre

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

"Les Oeuvres de CPE Bach sont si singulières qu'un peu d'habitude est nécessaire pour y prendre plaisir" prévenait en 1773 l'historien Charles Burney, comme nous le rappelle Jean-Pierre Pinet qui dirige l'Ensemble "Les curiosités esthétiques".

Replacée dans son contexte historique, la musique de CPE Bach est donc considérée comme "moderne", par ses harmonies, ses intervalles et finalement sa liberté et le discours musical propre de CPE Bach.

Vu de très (très) loin, l'oreille semble en terrain connu, entre Jean-Sébastien Bach et Joseph Haydn. Pourtant en la tendant un tout petit peu plus cette oreille, on va de surprise mélodique ou rhytmique en moments poétiques et rêveurs absolus.

Le choix de ces "musiques de chambre", permet de voyager dans cet univers finalement peu connu et reconnu, où la taille des formations permet une imprégnation complète de cette musique.

Les instrumentistes y sont simplement merveilleux, donnant l'impression de découvrir et d'inventer ce qu'il jouent, en s'écoutant et se répondant les uns aux autres dans une spontanéité confondante.

Cela n'empêche nullement, au contraire, de sentir la construction sous jacente. Comme les grands professsionels qu'ils sont et au contraire de certain baroqueux de foire, ces musiciens n'ont pas besoin de démontrer qu'ils ont compris l'architecture et la construction, ils parlent CPE Bach, sans se demander ou essayer de nous faire comprendre s'il faut placer le complément d'objet direct proche du verbe.

A la prise de son, Hannelore Guittet nous offre une écoute très réaliste, à la "bonne" distance, avec un équilibre réjouissant des instruments, de superbes timbres, notamment pour la flûte dont il n'est pas si courant d'obtenir la plénitude à la fois sans "sifflements" et sans être écrasée par les autres instruments. Le timbre du piano forte est un grand bonheur à lui tout-seul.

 

Les albums pour lesquels je suis autant emporté par la musique que par la prise de son ne sont pas si nombreux, je n'ai donc aucun état d'âme à attribuer un Grand Frisson 2015 à ces Musiques de Chambre.

 

Thierry Nkaoua - Avril 2015

Titre: Carmina Burana

Compositeur: Carl Orff

Artistes: Jos Van Immerseel, Yeree Suh, Yves Saelens, Thomas Bauer, Anima Eterna Brugge, Collegium Vocale Gent, Cantate Domino

Format: PCM 16/44, 24/96

Ingénieurs du son: Markus Heiland et Andreas Neubronner 

Editeur/Label: Zig-Zag Territoires

Année: 2014

Genre: Cantate

Intérêt du format HD (Exceptionne, Réel, Discutable): Réel

 

Carmina Burana est sans doute "trop" connu pour sa première pièce, O Fortuna, par l'emploi immodéré qui en a été fait dans divers films et publicités et pour lesquels des orchestrations tonitruantes et écrasantes de cordes ont trop souvent été utilisées.

Dans une approche au plus près de l'oeuvre, Jos Immerseel choisit, entre autres, de redonner aux vents la place qui leur est convient avec des pupitres triplés. S'en suit une inteprétation réjouissante, où l'équilibre autant que les contrastes cordes/vents/voix/percussions sont plus lisibles et sans doute plus conformes aux intentions de Carl Orff.

La prise de son effectuée en direct lors de 2 concerts au Concertgebouw de Brugge est impressionnante de réalisme, de clareté et de dynamique.

Un superbe album, autant pour son interprétation dépoussierée, que pour une prise de son et une production aboutie.

 

Thierry Nkaoua - Mars 2015

Titre: Symphonie fantastique / Ouverture Waverley

Compositeur: Hector Berlioz

Artistes: Valery Gergiev, London Symphony Orchestra

Format: PCM 16/44, SACD stéréo et multicanal, Blu-ray pure audio

Ingénieur du son: Jonathan Stokes

Editeur/Label: LSO Live

Année: 2014

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Avec ces enregistrements live du LSO au Barbican Centre captés à la fin 2013, Valery Gergiev introduit la première version de son cycle Berlioz.

S'attaquer à l'héritage laissé par Sir Colin Davis, c'est en effet l'ambition de Gergiev qui affiche, dés ce premier opus de la Symphonie Fantastique, une grande empathie pour la musique d'Hector Berlioz.

Surprenant par la fluidité et la douceur qu'il arrive à distiller dans les « rêveries » ou « un bal », le Chef au cure-dent est flamboyant dans les derniers mouvements. C'est ainsi que l'on retrouve les extrêmes au sein d'une même œuvre fortement chargée émotionnellement. De la quête désespérée de l'amour aux cauchemars les plus dantesques, on apprécie une interprétation très personnelle et inspirée.

Ayant le choix entre SACD hybride et Blu Ray audio et vidéo (DTS - HD MA 24 bits / 192 kHz - vidéo complète de la Symphonie Fantastique), on pourra tout dire à propos du nouveau Gergiev, mais on devra bien reconnaître la générosité de la production de la collection LSO Live.

Le respect des timbres, la richesse tonale des bois, des cordes et des cuivres, en font un enregistrement totalement audiophile en dépit d'une acoustique du Barbican qu'on sait perfectible.

L'ouverture Waverley, inspirée du roman de Walter Scott, permet de conclure cette première édition de ce nouveau cycle Berlioz avec une interprétation toujours aussi qualitative.

Alors pourquoi bouder son plaisir alors que cette œuvre a été aussi rarement enregistrée avec une telle clarté et servie par une prise de son si remarquable ? Bravo.

 

Joël Chevassus - Mars 2015

Titre: Bach - Vivaldi : Magnificat & Concerti

Compositeur: J.S. Bach / A. Vivaldi

Artistes: Jordi Savall, Pierre Hentaï, La Capella Reial de Catalunya, Le Concert des Nations

Format: PCM 16/44, SACD stéréo et multicanal, DVD

Ingénieur du son: Manuel Mohino

Editeur/Label: Alia Vox

Année: 2014

Genre: Baroque

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Difficile de faire plus prolifique que Jordi Savall, et ce dernier enregistrement chez Alia Vox est une fois de plus la preuve que la quantité ne se fait pas toujours au détriment de la qualité.

C'est une production léchée même si, parfois, la captation directe live ne renvoie pas une image stéréo très structurée, et que le souffle ainsi que l'environnement proche des micros ressortent avec beaucoup d'acuité.

Ce n'est pas non plus une production artistique complètement égale du début à la fin. Ce chassé-croisé Bach – Vivaldi semble davantage réussi en ce qui concerne le Magnificat de Bach (enregistré à Fontfroide), ou le Concerto en ré mineur par Pierre Hentaï, véritable pépite de ce SACD multi-canal. On aurait parfois souhaité avoir plus de séparation entre le concertiste et l'orchestre (du moins en version stéréo du SACD) mais le jeu du claveciniste et l'ardeur du Concert des Nations sont à la hauteur de nos espérances, voire au delà.

Les choeurs offrent à chaque instant une justesse et un équilibre qui permettent à l'ensemble du programme de célébrer une sorte de grâce collective, qui pourra sans doute rivaliser avec les sommets de la discographie des deux Magnificats, un cran en dessous néanmoins du Magnificat de Bach par Jean-Philippe Pierlot ou celui de Richard Hickox.

Enregistrement : septembre 2003 à la Collégiale du Château de Cardona (RV578), en "live" les 28 & 29 juin 2013 en la Chapelle royale du Château de Versailles (RV610 & BWV 243), en "live" le 18 juillet 2013 en l'Abbaye de Fontfroide (BWV 1052).

 

Une très bonne prestation au global, tant artistique que technique.

 

Joël Chevassus - Mars 2015

Titre: Virtual Crime

Compositeur: Rémi Dumoulin

Artiste: Kino Sounds: Rémi Dumoulin, Matthieu Metzger, Sylvain Bardiau, Yoann Serra, Bruno Ruder

Format: PCM 16/44, 24/96 et 24/192

Ingénieur du son: Matthieu Metzger

Editeur/Label: NoMadMusic

Année: 2014

Genre: Jazz

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Voici un album "concept" intéressant à plus d'un titre dans lequel Rémi Dumoulin compose une musique pour une sorte de cinéma sans image.

Malgré les titres faisant référence à l'univers cinématographique, il s'agit avant tout de l'imaginaire, plutôt onirique, de Rémi Dumoulin face au 7ème art.

A moins qu'elles ne m'aient échappé, inutile par exemple de chercher des références musicales directes à l'adagietto de la 5ème symphonie de Mahler dans la piste Flowers for Gustav qui n'est qu'une sorte de dédicace.

Les musiciens, cuivres, batterie et célesta sont excellents et "jouent le jeu" de l'auteur.

L'univers de Rémi Dumoulin fait apparaitre ici et là des influences, ou plutôt de plaisants clins d'oeil, allant, entre autres, de la Habanera de Carmen de Bizet (piste Tangow) à Bach (piste Joan Bennett).

 

Cet album n'est pas du "easy listening". Sous ma plume, c'est à la fois un compliment et un léger regret.

Compliment, parce qu'il y existe une vraie recherche à la fois structurelle et sonore. Regret, parce que le langage autant que le discours me semblent, parfois, de nature à risquer de "perdre" l'auditeur en le maintenant dans un rôle trop contemplatif de ce que vivent et racontent les musiciens.

 

La prise de son et le mix/mastering sont plutôt "d'ensemble": l'image globale est privilégiée à la dynamique ou aux timbres individuels. Il n'y a là aucun défaut majeur, mais apparemment un choix esthétique.

Néanmoins, j'aurais préféré pouvoir profiter d'une meilleure dynamique de chaque instrument, ayant l'impression qu'une écoute en direct de cette musique serait nettement moins "lisse", avec des cuivres plus présents et plus "sonores" que dans cet enregistrement. La prise de son en 24 bits aurait du pouvoir contribuer à cela.

 

Un album donc plus qu'intéressant, la découverte d'un compositeur qui a quelque chose à raconter, et des musiciens redoutables.

 

Thierry Nkaoua - Février 2015

Titre: Mozart Requiem

Compositeurs: Wolfgang Amadeus Mozart

Artiste: Bach Collegium Japan (Suzuki)

Format: SA-CD 5.1 & stereo /CD Hybrid

Ingénieur du son: Hans Kipfer

Editeur/Label: BIS

Ref: BIS-2091

Année: 2014

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Une version de plus du fameux requiem. Masaaki Suzuki nous offre là une interprétation très équilibrée et lisible comme à son habitude. La lumière inonde la pièce. Est-ce celle de Dieu ? Je ne saurais répondre à la question mais cette faculté à échapper à la lourdeur d’un Muti ou d’un Harnoncourt, et de rester dans la lumière, en fait une des meilleures gravures que j’ai pu entendre à ce jour. Suivant les humeurs, ont pourra préférer la noirceur d’un Currentzis, le baroque d’un Savall ou le recueillement d’un Frieder Bernius, mais Suzuki restera parmi les grandes interprétations. Il y a comme une justesse, un équilibre sonore dans cette interprétation qui confinent au divin. Les cœurs sont magnifiquement captés et orchestrés, le Benedictus est une pure merveille.

Le requiem est ici accompagné des Vêpres de confesseur K339, qui sont d’une égale qualité. C’est donc un très beau cadeau que nous livre à cette occasion le Bach Collegium Japan.

La prise de son (faite comme l'ensemble de la production du BCJ au Kobe Shoin Women University) et le travail de post-production sont également tous deux remarquables, ce qui obligera tout audiophile amoureux de Mozart à acquérir cette version. Les pupitres sont impeccablement placés, les voix superbement distinctes et le requiem prend ici une ampleur assez peu commune.

Si je devais mourir aujourd’hui, je pense que je choisirais à coup sûr ce requiem pour profiter une dernière fois de mon système hifi, paix à mon âme...  

 

 

Joël Chevassus - Novembre 2014

Titre: Mendelssohn Symphony N°3 / Schuman Piano Concerto

Compositeurs: Mendelssohn / Schumann

Artiste: LSO (Gardiner), Maria Joao Pires (piano)

Format: SA-CD 5.1 & stereo /CD Hybrid - Blu-Ray PCM 24/192

Ingénieur du son: Neil Hutchinson

Editeur/Label: LSO Live

Ref: LSO0765

Année: 2014

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Le London Symphony Orchestra et Sir John Eliot Gardiner n'arrêtent plus d'enregistrer. Ce label LSO Live commence par ailleurs à acquérir une belle maturité en prise de son et ce dernier opus en est un parfait exemple. La balance et les couleurs sont d'excellente facture et c'est une version assez pétillante du registre Mendelssohnien que nous livre Gardiner tout en faisant preuve d'une certaine aisance avec la symphonie n° 3 en La mineur dite « écossaise » de Félix Mendelssohn.

La pièce symphonique des Hebrides, toujours de Mendelssohn, servant d'introduction à cet enregistrement, évoque le souvenir d'une excursion que le compositeur avait faite à l'île de Staffa, où se trouve la célèbre grotte de Fingal. C'est une composition mélancolique et Gardiner nous retranscrit bien cette vision quasi impressionniste de l'oeuvre de Mendelssohn, avec du contraste et du relief.

Pour la symphonie Ecossaise, le romantisme de l'oeuvre est rattaché au voyage du jeune compositeur et plus particulièrement sa visite à la chapelle mortuaire de Mary Stuart. La performance du LSO dans le « Vivace non troppo » et l' « Allegro vivacissimo » est simplement ébouriffante, et c'est également impressionnant de constater comment le staff technique est parvenu à contenir toute cette énergie dans le résultat final.

Cela aurait été presque un sans faute si Gardiner ne nous avait pas imposé la (trop) soporifique et scolaire Maria Joao Pires dans le Concerto pour piano de Schumann en La mineur. Une volonté de lecture romantique sur une pièce ou l'aspect lyrique prévaut transforme un beau concerto en presque berceuse. Aucune émotion à revendiquer ou espérer dans cette lecture. je suis descendu boire une bière en attendant. C'est dommage car l'interprétation de Mendelssohn est remarquable...  

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2014

Titre: Igor Stravinsky : Pétrouchka / Sergei Prokofiev : Sonata N°7

Compositeurs: Igor Stravinsky / Serge Prokofiev

Artiste: Maurizio Pollini

Format: SA-CD 5.1 & stereo /CD Hybrid

Ingénieur du son: Kazuie Sugimoto

Editeur/Label: Esoteric

Ref: ESSG-90088

Année: 2013

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Un classique du piano moderne remasterisé par Esoteric.

C’est un album au répertoire à la fois intime et éminemment technique dont la qualité du travail de remasterisation effectué par Esoteric permet d’apprécier encore davantage les subtilités.

Igor Stravinsky et Serge Prokofiev comptent effectivement parmi les contributeurs les plus audacieux du répertoire russe du vingtième siècle : un répertoire extrêmement ardu dont Maurizio Pollini tire la quintessence. Il est un des rares pianistes à pouvoir jouer toutes les notes de la suite pour piano tirée du ballet Pétrouchka. Le transcription pour piano de Stravinsky est à la fois éloignée du jeu traditionnel et d'une complexité technique effarante. Pollini est à coup sûr excellent dans ce répertoire mécanique assez proche de la partition orchestrale.

La sonate n°7 de Prokofiev est une autre paire de manche. On aborde une dimension plus conventionnelle du point de vue pianistique. La maîtrise technique du pianiste italien n’en reste pas moins impressionnante. La sonorité de Pollini et la précision du phrasé sont simplement somptueuses. Certains auraient souhaité davantage de lyrisme et de prise de risque chez un interprète qui semble davantage incarner une certaine rigueur vis-à-vis de l'oeuvre. C’est toujours là une question délicate : quelle attitude adopter par rapport à un registre aussi sombre et un contexte si douloureux que celui de la septième sonate de Prokofiev ? Pollini n’en reste pas moins extrêmement convaincant. Le dépoussiérage que nous offre Esoteric nous permet d’apprécier avec d’autant plus d’acuité la subtilité et la complexité dynamique de ces deux chefs d’œuvre du piano du 20eme siècle. On reste cependant un peu sur notre faim en espérant bientôt pouvoir écouter le pendant occidental de cet enregistrement historique avec les œuvres de Webern et Boulez. C'est indéniablement un enregistrement à posséder dans sa SA-CDtèque de référence.

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2014

Titre: Mozart Violin Concertos 3, 4 & 5

Compositeurs: Wolfgang Amadeus Mozart

Artiste: Arabella Steinbacher

Format: SA-CD 5.1 & stereo /CD Hybrid

Ingénieur du son: Roger de Schot

Editeur/Label: Pentatone

Ref: PTC 5186 479

Année: 2014

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Discutable

 

Elle voulait enregistrer Mozart, elle voulait jouer le 3ème concerto et elle l’a fait.

Pentatone nous livre donc les concertos pour violon 3, 4 et 5 de Mozart interprétés par Arabella Steinbacher avec l’Orchestre du Festival de Lucerne sous la baguette de Daniel Dodds.

C’est une belle captation, très propre avec des pupitres bien focalisés. L’image stéréo est assez large et on peut apprécier une bonne profondeur de champ. Peu d’informations d’ambiance mais une belle lisibilité, avec des plans bien étagés. C’est presque trop lisible pour être complètement naturel.

Côté interprétation, Arabella a patienté sans doute un peu trop pour garder l’enthousiasme des premiers jours. Il manque un zeste de spontanéité et parfois on se demande si elle n’est pas pressée d’en finir un peu trop vite. Dans l’Allegro du concerto n°4 (KV218), elle semble prendre ses marques et nous livre une interprétation assez juste même si la délicatesse d’une Anne Sophie Mutter semble inaccessible pour sa jeune compatriote. Cela s’écoute néanmoins très bien. Ce SACD nous met en relation directe avec le compositeur et la partition et on échappe aux fioritures dont les choix audacieux et techniques s’avèrent bien souvent discutables. Un bon disque. 

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2014

Titre: Dvorak Symphony n°8 / Janacek Symphonic suite from Jenufa

Compositeurs: Antonin Dvorak / Leos Janacek

Artiste: Pittsburgh Symphony Orchestra - Manfred Honeck.

Format: SA-CD 5.1 & stereo /CD Hybrid-HDCD

Ingénieur du son: Mark Donahue / John Newton / Harold Chambers

Editeur/Label: Fresh! Reference Recordings

Ref: FR-710SACD

Année: 2014

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Capté lors de trois concerts en octobre 2013, ce nouvel opus du Pittsburgh Live illustre bien l'intérêt très particulier que Manfred Honeck porte à la musique tchèque. Dans ce registre qui unit ici la 8ème symphonie de Dvorák à une suite symphonique conceptualisée par le chef autrichien à partir des arrangements de Tomas Ille de l'opéra « Jenufa » de Janácek, l'Orchestre Symphonique de Pittsburgh dévoile une énergie peu commune.

 

C'est finalement un savant cocktail de vitalité, de romantisme et de petites coquetteries qui rendent la musique tchèque si enivrante et conviviale. Les cors excellent dans la 8ème, l'enregistrement pour sa part ne souffre aucune critique. Honeck parvient également à retranscrire l'ambiance de l'opéra en trois actes de Janácek de façon très convaincante, enchaînant les danses énergiques avec les passages plus lyriques.

Une excellente réalisation technique, un répertoire original et une interprétation rafraichissante d'un PSO en grande forme font de ce SACD une recommandation de choix pour ces deux œuvres. On attendait la suite après les poèmes de Strauss, et nous sommes loin d'être déçus, tout au contraire : on en redemande et longue vie à ce nouveau label FRESH qui porte décidément bien son nom !

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2014

Titre: Chopin, Liszt, Debussy, Bach.

Compositeurs: Frédéric Chopin, Franz Liszt, Claude Debussy, Johann Sebastien Bach

Artiste: Miyuji Kaneko (piano).

Format: SA-CD/CD Hybrid

Ingénieur du son: Tomoyoshi Ezaki

Editeur/Label: ESOTERIC

Ref: ESSO-10001

Année: 2014

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Exceptionnel

 

Esoteric prolonge cette décoiffante expérience audiophile avec un deuxième opus du pianiste Miyuji Kaneko regroupant des compositions de Chopin, Debussy, Liszt et Bach-Busoni.

Cette collaboration entre Esoteric et Octavia Records met à nouveau en scène deux jeux de microphones, un étant placé à la place de l'auditeur en mid-field, et l'autre en near-field à la position du pianiste. Et cette fois, l'ordre des pistes a été inversé en sélectionnant tout d'abord les huit prises captées avec les Neumann M-50 C omnidirectionnels en position éloignée, suivies des huit dernières faites avec les Neumann M-150 positionnés très près du piano. L'enregistrement a été réalisé par ailleurs dans le cadre très propice du Inagi i-Plaza Hall de Tokyo, salle à l'acoustique étudiée pour la prise de son.

Le soin porté à la mise en œuvre de la prise de son et du mastering sont tout à fait identiques à celle du premier opus sorti l'an passé, et on se prend à nouveau à redécouvrir la puissance et l'infime complexité tonale de cet instrument qu'est le piano de concert. Un programme certes « easy listening » qui n'en révèle pas moins une virtuosité et sensibilité remarquable de cet interprète japonais dans le cadre d'une prise de son tout à fait exceptionnelle ! A suivre ?

 

 

Joël Chevassus - Octobre 2014

Titre: CPE Bach Project

Compositeur: Carl Philipp Emanuel Bach

Artistes: Ophélie Gaillard, Pulcinella Orchestra

Formats: PCM 16/44, 24/96

Ingénieurs du son: Maximilien Ciup, Damien Quintard, Ignace Hauville

Mix/Mastering: Emillie Ruby et Nicholas Bartholomée

Label: Aparté

Année: 2014

Genre: Musique de Chambre, Concertos

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Réel

 

Il n'est jamais très bon d'être "fils de", surtout quand le père s'appelle Jean-Sébastien Bach. L"Histoire a quasiment oublié ce fils, fût-il autant génial que son géniteur, fût-il un virtuose, fût-il connu et reconnu du triplet magique Haydn-Mozart-Beethoven, notamment à travers son traité sur "la véritable manière de jouer les instruments à clavier": les pianistes connaissent l'enfer de donner l'illusion de chanter "lié" en produisant les notes une à une!!

 

Les choix effectués par Ophélie Gaillard et Pulcinella Orchestra en cette année du tricentaire de la naissance de CPE Bach sont d'une grande pertinence pour nous rappeler le génie du fils.

Il est d'un autre genre que celui du père. CPE Bach innove, bien obligé avec un tel papa! Les concertos pour violoncelle donnent au soliste un rôle plus affirmé et indépendant, voire en opposition à l'orchestre, d'une manière que Mozart et Beethoven porteront vers des sommets.

On y trouve des pièces à l'avancée implacable comme dans certains mouvements de Beethoven, mais les chants des Andante sont d'une aussi grande sensibilité et émotion que ceux de Mozart.

On garde dans certains allegros la pétulence, la pulsation et le swing d'un Vivaldi, mais unis à ce qui a été dit précédemment, on n'est plus dans du Baroque, on est dans un monde entre Baroque et Classique assez jubilatoire.

Dans la sonate pour 2 violons et basse continue, CPE Bach met en scène un "Sanguin" et un "Mélancolique". Comment ne pas penser à l'Eusebius rêveur et au Florestan passioné que Schumann mettra en musique un siècle plus tard.

 

Tout cela, Ophélie Gaillard et Pulcinella Orchestra nous l'offrent dans une lecture à la fois rigoureuse, libre et engagée: une pulsation digne des meilleurs groupes de Jazz, sans les démonstrations ridicules de certains "baroqueux"; des lignes mélodiques articulées, prononcées et menées de manière à procurer autant de plaisir physique qu'intellectuel à l'auditeur.

 

Pour ce qui est de la prise de son et du mix/mastering, je n'ai pas vraiment été étonné de découvrir que c'était Aparté, label de Little Tribecca, avec à sa tête Nicolas Bartholomée qui en étaient les artisans, comme pour les Noces ci-dessous. Les équilibres sont remarquables, les timbres pleins, le violoncelle des concertos reste à une place cohérente avec la taille de la formation.

 

Thierry Nkaoua - Juin 2014

Titre: Les Noces de Figaro

Compositeur: Wolfgang Amadeus Mozart

Artistes: Theodor Currentzis, Musicaertena

Formats: PCM 16/44, 24/96, 24/192

Ingénieur du son: Maximilien Ciup

Mix/Mastering: Nicholas Bartholomée et Florent Ollivier

Label: Sony Classical

Année: 2014

Genre: Opéra

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable):  Exceptionnel

 

Recette pour un miracle:

- Prendre un compositeur de génie, Mozart au hasard.

- Séparer le meilleur du moins bon dans toutes les approches et interprétations passées de cette oeuvre.

- Bien tamiser ce que l'approche baroque a apporté en supprimant toutes les démonstrations et les contresens.

- Oser supprimer le vibrato des voix qui n'a finalement aucun sens dans la musique vocale de Mozart (qui penserait à utiliser du vibrato dans l'Ave Verum Corpus?)

- Etudier longuement l'art de l'ornementation, des cadences, des improvisations du XVIIIème siècle

- Oser mettre en oeuvre l'ornementation et les improvisations, autant avec les chanteurs qu'avec un piano forte qui amène son contrepoint à l'oeuvre comme Mozart aimait lui même le faire.

- Introduire le théatre partout: dans l'orchestre, dans les jeux entre pupitres, dans les articulations et phrases musicales, dans les voix, dans les rires et les cris.

- Faire une prise de son qui capture autant la théatralité, que les timbres (on se moque des bruits des clés des instruments à vent), que les plus infimes nuances, que les cuivres militaires moqueurs de Cherubino.

- Avoir sa propre vision de l'univers que l'on veut créer.

- Disposer d'autant de répétitions que l'on souhaite et de 11 journées pleines pour enregistrer cet opéra avec une liberté totale.

 

Je ne connais aucune autre version qui puisse résister à cette approche, le miracle est au rendez-vous. Et Mozart n'aurait-il pas été a minima surpris de 200 ans de représentations de ses opéras sans ornements, sans improvisations, sans cadences et avec un vibrato déplacé?

 

Avec cet enregistrement, et pour moi pour la première fois dans un opéra, on retrouve la musique au présent, dans l'instant, dans une spontanéité troublante, stupéfiante, émouvante, ce que notre bien aimée hifi a tendance à trop souvent transformer en boites de conserve.

 

Album à ne pas manquer, pour découvrir cette Folle Journée comme personne ne l'a sans doute jamais entendue depuis 200 ans. Cela est-il plus "authentique"? Je crois que l'on s'en moque totalement, car comme le dit Alfred Brendel, on n'est pas prêt d'avoir un auditeur du XVIIIème siècle sous la main. L'interview de Theoror Currentzis disponible dans le livret éclaire tout cela de manière passionnante, de même que dans la video présentant le projet des 3 opéras Mozart/Da Ponte (Le Noces de Figaro, Cosi Fan Tutte et Don Giovanni): 

Attribution évidente du premier Grand Frisson 2014 d'Audiophile Magazine.

Thierry Nkaoua - 17 Février 2014

Titre: Matthäus-Passion

Compositeur: Jean-Sébastien Bach

Artistes: René Jacobs, RIAS Kammerchor

Formats: double SA-CD/CD Hybrid, DVD

Ingénieur du son: René Möller

Editeur/Label: Harmonia Mundi

Ref: HMC 802156.58

Année: 2013 (enregistré en sept 2012)

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel


René Jacobs ne peut pas faire comme tout le monde. Et pourtant, il semble difficile de savoir ici où on se positionne précisément. Finalement on navigue entre conformisme et anti-conformisme à ne plus savoir ce qu'on doit en penser. L'enregistrement studio de cette nouvelle Grande Passion est pourtant plutôt réussi. Le choix de placer les deux chœurs face-à-face et stimuler ainsi une certaine dramaturgie est intéressant. Ce double SACD accompagné d'un magnifique DVD permettant de mieux comprendre le dessin de Jacobs permet finalement de passer un bon moment. C'est par ailleurs assez étonnant de pouvoir recréer une spatialisation convaincante en studio, même s'il ne faut pas s'attendre non plus à un rendu hyper réaliste. La couche SACD amène sans doute un petit mieux mais le bénéfice par rapport au CD reste subtil et l'impression générale est d'écouter un enregistrement un peu trop produit. Davantage de spontanéité, plus de naturel ? C'est peut être ça que nous attendons irrémédiablement, pauvres diables audiophiles que nous sommes. Reconnaissons néanmoins à ce double SACD un succès d'estime, la version multicanale devant par ailleurs sans doute révéler (à ceux qui peuvent en profiter) une mise en perspective plus spectaculaire. La prise de son a été réalisée en résolution native 96 kHz / 24 bit avec une batterie de pas moins de 32 microphones ! Pas facile dans ce cas de tendre vers le naturel en DSD, mais le travail reste très soigné et appréciable dans son ensemble. Comme d'habitude chez Harmonia Mundi, le livret et le DVD accompagnant la partie audio sont de très belle facture, bravo !

 

Joël Chevassus

Titre: Anton Dvorak : Konzert fur Violoncello und Orchester

Compositeur: Anton Dvorak et Ludwig Van Beethoven

Artistes: Pierre Fournier, Friedrich Gulda, George Szell, Philharmonique de Berlin

Formats: SA-CD/CD Hybrid

Ingénieur du son: Kazuie Sugimoto

Editeur/Label: ESOTERIC

Ref: ESSG-90087

Année: 2013 / 1962

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel


Esoteric ressuscite un des enregistrements de référence du Concerto en si mineur d’Anton Dvorak . Pierre Fournier fait preuve d’une autorité musicale magistrale. Sa technique d’archet fait merveille, avec une richesse tonale peut-être inégalée dans ce concerto. La balance des ingénieurs du son de la DGG, mettant habilement en lumière le soliste face au Philharmonique de Berlin dirigé par George Szell, fait naître une tension et un plaisir d'écoute tout simplement jouissif. Esoteric dépoussière une prise de son qui était déjà en soi-même une référence en vinyle pour délivrer le nouveau mètre étalon DSD du concerto en si mineur. A côté ma version SACD Fischer / Wispelwey est presque ennuyeuse, malgré une interprétation pourtant inspirée. D'un point de vue strictement technique, il ressort plus de profondeur chez Channel Classics, mais c'est nettement moins bien sur les timbres et la largeur de l'image stéréo.

C'est dans une certaine retenue que suit la Sonate pour Piano et Violoncelle de Beethoven op. 69 avec un Pierre Fournier imposant son esprit aristocratique à un Friedrich Gulda totalement complice. L'histoire dit que la connivence entre les deux interprètes est telle que Gulda pour cet enregistrement préféra la sonorité racée et colorée d'un Bösendorfer à la puissance de son habituel Stenway. On prend encore beaucoup de plaisir sur cette sonate op. 69, dont l'enregistrement a été habilement restauré par la maison Japonaise. Difficile de ne pas recommander ce nouvel opus tout fraîchement débarqué dans les bacs de nos disquaires malheureusement bien virtuels en ces temps dématérialisés...

 

Joël Chevassus

Titre: Concertos N°24 K491 de Mozart et N°3 op 37 de Beethoven

Compositeur: Wolfgang Amadeus Mozart et Ludwig Van Beethoven

Artistes: Yevgeny Sudbin, Osmo Vanska, Minnesota Orchestra

Formats: SACD, PCM 16/44, 24/96 (format de prise de son)

Ingénieurs du son: Thore Brinkmann (Mozart), Jens Braun (Beethoven)

Editeur/Label: Bis Records

Année: 2013

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel


Comme pour les Symphonies de Mozart par Adam Fischer (voir la critique plus bas), il y a des oeuvres que l'on croit connaître depuis des dizaines d'années, que l'on a écoutées en concert par les plus grands et dont on possède une multitude d'enregistrements.

Et puis on tombe (presque) par hasard et surtout par bonheur sur un enregistrement comme celui de ces deux concertos par Yevgeny Sudbin et Osmo Vanska.

 

Le Concerto N°3 de Beethoven se réfère, entre autres, par la tonalité, la simplicité thématique et par la forme de certains développements au Concerto K491 de Mozart, que je dénomme volontiers "monstre" tant les innovations de toutes natures, dans les 3 mouvements, en font une oeuvre majeure de l'Aimé des Dieux, passant du tragique du premier mouvement à la quasi-badinerie profonde du troisième mouvement. Le choix de regrouper ces deux oeuvres dans le même album n'est donc pas tout à fait du au hasard ou au marketing.

 

La lecture que font Sudbin et Vanska de ces deux oeuvres n'est pas révolutionnaire, personne ne criera au sacrilège. Elle est seulement tellement pertinente, convaincante, surprenante presque à chaque instant, qu'on finit par se demander si on pourra encore écouter d'autres versions (même celle de Clara Haskil dans le Mozart et celle de Michelangeli dans le Beethoven, et pourtant...). Chaque phrase, chaque mot, chaque note a du sens, sans que l'on soit jamais dans la démonstration. Et ces mots et ces phrases se mettent à nous raconter des histoires, nous prenant tour à tour et tout autant par la main, le coeur que par la raison, et nous amenant dans un "trip" absolument magique entre émotion, jubilation, réflexion et envie de bouger. Ecoutez le final du 3ème mouvement du Beethoven, vous saisirez ce que je veux dire par "envie de bouger"!

 

Les cadences du K491 sont de Sudbin qui en explique ses intentions dans le livret qui accompagne l'album. Ses ornements dans le second mouvement du K491 sont d'un naturel et d'une beauté rarement (jamais?) entendus chez d'autres.

 

Dans le Concerto N° 3 de Beethoven, on n'est pas dans du "Mozart joué plus fort", on est dans le magma Beethovénien que piano et orchestre créent ensemble. Le phrasé et le toucher de Sudbin changent de nature. Les timbres de l'orchestre aussi. Le second mouvement en forme de lied est une pure merveille de sensibilité.

 

Quant aux aspects "audiophiles", la prise de son et le mastering sont tout bonnement exceptionnels. Tout s'entend comme au 3ème rang de la Salle Pleyel. Tout mais rien de plus!! Pas de "zoom" artificiel. Les timbres sont merveilleusement capturés, l'équilibre entre le piano et l'orchestre est naturel et non trafiqué contrairement à de trop nombreux enregistrements de concertos. Si l'orchestre couvre le soliste, c'est sans doute que le compositeur l'a souhaité, ce n'est pas aux ingénieurs du son de "corriger" cela!! Thore Brinkmann dans Mozart et Jens Braun dans Beethoven font un travail absolument parfait.

L'écoute en 24 bits 96 KHz amène beaucoup plus d'aération et de fluidité que la version 16 bits. Ce 24/96 est le Master créé par nos deux ingénieurs du son.

 

Thierry Nkaoua

Titre: Strauss - Don Juan, Death and Transfiguration, Till Eulenspiegel's Merry pranks

Compositeurs: Richard Strauss

Artiste: Pittsburgh Symphony Orchestra - Manfred Honeck.

Format: SA-CD 5.1 & stereo /CD Hybrid

Ingénieur du son: Mark Donahue / John Newton / Dirk Sobotka

Editeur/Label: Fresh! Reference Recordings

Ref: FR-707SACD

Année: 2013

Genre: Classique

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel

 

C’est le début d’une toute nouvelle série qu’inaugure le label « FRESH ! » de Reference Recordings avec l’orchestre symphonique de Pittsburgh (PSO) et son chef Autrichien Manfred Honeck.

Ce nouveau label vise à promouvoir la meilleure qualité de production possible avec l’aide du personnel technique de Refernce Recordings mais aussi d’intervenants extérieurs.Le prochain opus de cette série devrait sortir au printemps 2014 avec la 4ème symphonie de Brucner enregistrée par le même orchestre symphonique de Pittsburgh.

Il n’était guère évident d’immortaliser ces performances live d’œuvres exigeantes comme celles des épopées symphoniques de Richard Strauss, surtout après des monstres sacrés comme Reiner, Kempe ou Solti. Et pourtant, le travail réalisé par le label FRESH avec le PSO est remarquable en tous points. Certes, Honeck est un fervent du compositeur Munichois et on pourrait peut-être espérer encore plus de profondeur de scène mais c’est vraiment être pointilleux en regard de l’écoute jouissive que procure cet enregistrement qui prendra d'ailleurs sans doute toute sa dimension en écoute multi-canal (cinq micros omnidirectionnels ont été utilisés pour la prise de son avec quelques micros spots en renfort). Car il faut reconnaître que l’étagement des plans sonores est très réaliste et les variations dynamiques sont vraiment impressionnantes. Que ce soit dans « Don Juan » ou dans « Mort et Transfiguration », la baguette de Manfred Honeck reste incisive et pleine d’entrain, tenant l’auditoire en haleine tout au long de cette petite heure de programmation. Presque trop court…

 

Joël Chevassus

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