CRITIQUES DISCOGRAPHIQUES - 2019                                   

Nous traitons de façon quasi exclusive dans cette rubrique des enregistrements audiophiles HD PCM et DSD. L'acquisition de ces titres étant plus onéreuse que celles des fichiers red book 16 bit / 44,1 kHz, nous entendons donner notre avis objectif sur la qualité technique de l'enregistrement, et pleinement subjectif sur l'intérêt artitistique en lui-même, afin de guider nos lecteurs dans l'achat d'oeuvres de référence tous genres musicaux confondus. Nous nous réservons néanmoins le droit d'insérer quelques critiques d'albums CD nondisponibles en haute définition, lorsque l'intérêt technique et/ou artistique nous a paru évident.

 

 

Titre: Beethoven : complete works for cello and piano

Artistes: Xenia Jankovic (violoncelle), Nenad Lecic (pianoforte).

Format: PCM 24 bit - 44,1 kHz

Ingénieur du son: Max-Lucas Hundelshausen

Editeur/Label: Calliope

Année: 2018

Genre: Classique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable.

 

On ne manque pas d'interprétations des cinq sonates de Beethoven pour violoncelle et pianoforte. S'attaquer à ces compositions revient pour un artiste aujourd'hui à escalader l'Everest, s'il possède la détermination de dépasser ou simplement d'égaler les plus grandes références enregistrées, à l'instar des duos Rostropovich / Richter, Fournier / Gulda ou Du Pré / Barenboïm...


Cette version récente est jouée sur instruments d'époque. Le duo Xenia Jankovic / Nenad Lecic fonctionne plutôt bien et démontre une grande complicité. Avec ces sonates, il y a deux approches : celle très ascète et respectueuse de la partition, et puis une autre, plus débridée, fougueuse et personnelle. Cette performance est d'après moi à ranger dans la seconde catégorie. Le choix des instruments anciens aura sans doute orienté l'interprétation.
C'est d'ailleurs une sonorité un peu vintage qui nous est offerte ici avec aussi quelques étrangetés de prise de son ou de post production. C'est en effet plus compliqué d'enregistrer des instruments anciens et dans ce cas précis, on notera un certain embonpoint du violoncelle qui aurait peut-être mérité à quelques moments d'être capté d'un peu plus loin afin de ne pas saturer les timbres de la première octave.

 

Mais à part ces quelques détails d'ordre technique, artistiquement, il n'y a rien à dire, ou au contraire, on ne manquera pas de compliments. Sans égaler pour autant les plus grandes références, ce duo réussit l'essentiel : maintenir la tension et la nervosité de ces sonates sans jamais faillir. Le pianiste Nenad Lecic excelle dans son rôle d'accompagnateur relançant sans cesse la violoncelliste avec une précision et un parfait sens de la mesure. Quel dommage qu'à certains moment, il disparaisse derrière le violoncelle. Xenia Jankovic développe quant à elle un jeu intemporel ainsi qu'un son très organique. On finit d'ailleurs par se demander si cette esthétique sonore très terrienne n'est finalement pas un parti pris permettant de mieux valoriser le jeu du violoncelle.  

Quand les sonates ou les quatuors de Beethoven sont joués avec ce niveau d'engagement et de conviction, la magie opère et on est alors complètement capté par le génie du compositeur. Jankovic et Lecic n'ont clairement pas échoué dans cette mission. Jouissif !

 

 

Joël Chevassus - Janvier 2019

 

 

 

Titre: Weber - Symphonie N°1 & Concertos

Artistes: Orchestre Victor Hugo, Jean-François Verdier, Nicolas Baldeyrou, David Guerrier, Thomas Bloch

Format: PCM 24 bit - 44,1 kHz

Ingénieur du son: Jiri Heger

Editeur/Label: Klarthe

Année: 2018

Genre: Classique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable.

 

Le répertoire choisi ici évoque différentes rencontres de Carl Maria von Weber à Munich en 1811 avec des instrumentistes à la personnalité affirmée.
On compte parmi ces découvertes celle avec le clarinettiste Heinrich Barmann et sa tessiture très particulière obtenue grâce à l'utilisation d'une clarinette à dix clés, très sophistiquée pour l’époque.

Naîtra entre autres de cette rencontre le second Concerto en mi bémol majeur op. 74, explorant toutes les nuances et subtilités tonales et rythmique de l’instrument.

 

Durant cette période, Weber fera également la connaissance d’un facteur d’instrument très original et inventif, père de l’harmonichord, sorte de croisement sonore entre le piano et le violon. De cela suivra l’Adagio et Rondo en fa qui sera adapté ensuite pour l’harmonica de verre (les harmonichords ayant complètement disparus). Cet instrument atypique se compose de bols en cristal, en verre ou en quartz, empilés sur un axe rotatif entraîné par une pédale. Afin d'obtenir le son le plus cristallin, le musicien doit mouiller ses mains dans une eau très calcaire. De cette manière, les doigts accrochent le verre tout en glissant sur le rebord des bols.


C’est à l’intention du corniste français Joseph Dautrevaux que Weber compose son Concertino pour cor et orchestre en mi mineur op. 45 5 ans auparavant à Karlsruhe, mais qui exigera de revenir sur la partition 12 années plus tard. C’est une composition considérée par bon nombre de spécialistes comme particulièrement ardue, voire carrément injouable.

 

Quant à la première symphonie en do majeur op 19, elle nous laisse augurer ce que deviendra plus tard le style instrumental, certes plus structuré, que Carl Maria von Weber développera dans ses ouvertures d’opéras.


C’est donc un programme original, un parcours hors des sentiers battus, qu’entame là Jean-François Verdier et son Orchestre Victor Hugo, la virtuosité des solistes confinant presque parfois à l'ascension d'un sommet de haute montagne.


Le clarinettiste Nicolas Baldeyrou nous livre une prestation complice et romantique du Concerto n°2. Le corniste David Guerrier enflamme quant à lui le fameux, l’injouable, Concertino en mi mineur, faisant preuve d’une virtuosité sans faille et d’une entente parfaite avec ses partenaires.
Enfin, le spécialiste de l’harmonica de verre Thomas Bloch, nous plonge dans une ambiance diaphane et mystérieuse, guidant l’Adagio et rondo d’une main de maître.

 

Que dire donc si ce n’est que cette programmation inhabituelle surprend, fascine et finalement émerveille par la qualité du travail orchestral et des solistes de premier plan. C’est encore une très belle réalisation à mettre à l’actif de Jean-François Verdier.
Incontournable.

 

 

Joël Chevassus - Janvier 2019

 

 

 

Titre: Mahler - Symphony N° 3 - Adam Fischer.

Artistes: Düsseldorf Symphony Orchestra, Anna Larsson, Women’s Choir of Städtischer Musikverein Düsseldorf, Clara-Schumann-Youth Choir, Adam Fischer.

Format: PCM 24 bit - 48 kHz

Editeur/Label: CAvi-Music

Année: 2018

Genre: Classique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel.

 

J'adore la troisième symphonie de Mahler, sans doute une des plus complexes et riches de l'oeuvre. Les mouvements individuels sont si différents les uns des autres qu’ils semblent presque provenir de différentes périodes de la vie de Mahler.

La Troisième contient son propre monde - déjà dans le premier mouvement, plus long que la plupart des symphonies de Beethoven.

 

J'avais beaucoup apprécié la version du Budapest Festival Orchestra d'Ivan Fischer. Mais le grand frère va encore bien plus loin dans ce superbe cycle démarré depuis peu avec l'orchestre de Düsseldorf (dont il a pris les rennes en 2015), pourtant moins prestigieux que la formation hongroise.

Il faut néanmoins reconnaître à cet orchestre fondé il y a 200 ans une genèse de tout premier ordre puisque il a été dirigé par Mendelssohn et Schumann.


Il y a quelque chose de particulièrement sombre et dramatique dans l'interprétation d'Adam Fischer. On ressent une sorte de symbiose entre la partition, la lecture qu'en fait Adam Fischer et le jeu de l'orchestre. La prise de son du label avi-music est simplement somptueuse. Disponible sur Presto Classical en format 24 bit 48 kHz, cet enregistrement enfonce littéralement tout ce qui existe en DSD, y compris la production pourtant très pure de Channel Classics avec le Budapest. 
Résultat remarquable, d'autant plus que les enregistrements de ce cycle sont issus de prises de son live de la radio allemande. Le son est excellent et le public indétectable, même si parfois les basses fréquences peuvent paraître un peu moins maîtrisées, probablement en raison de la conception sphérique du Düsseldorf Tonhalle, (ancien planétarium reconverti en salle de concert).


Adam Fischer fait ressortir avec la plus grande acuité l'ombre et la lumière. Le troisième mouvement est d'une délicatesse inégalée. Pourtant Ivan excelle déjà dans cette façon de mettre en lumière cette exaltation mahlérienne. Sans doute Adam y ajoute ce contraste entre légèreté et force musculaire qui manque parfois chez son jeune frère. La tension, la précision et le rythme semblent par contre constituer l'ADN de la famille Fischer.

Mais au delà d'une simple ressemblance fraternelle, il y a cette compréhension de la liberté dictée par le compositeur, celle de l'abandon à la musique, afin de retrouver le rythme sous-jacent suggéré dans les annotations de Gustav Mahler.


Aussi, si vous voulez être surpris, si vous souhaitez écouter la troisième symphonie comme vous ne l'avez encore jamais entendue, ou si tout simplement vous désirez approcher Mahler du plus près possible, alors cet enregistrement comblera sans nul doute vos attentes, et peut-être même davantage...

 

Joël Chevassus - Janvier 2019

 

 

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