CRITIQUES DISCOGRAPHIQUES - 2019                                   

Nous traitons de façon quasi exclusive dans cette rubrique des enregistrements audiophiles HD PCM et DSD. L'acquisition de ces titres étant plus onéreuse que celles des fichiers red book 16 bit / 44,1 kHz, nous entendons donner notre avis objectif sur la qualité technique de l'enregistrement, et pleinement subjectif sur l'intérêt artitistique en lui-même, afin de guider nos lecteurs dans l'achat d'oeuvres de référence tous genres musicaux confondus. Nous nous réservons néanmoins le droit d'insérer quelques critiques d'albums CD nondisponibles en haute définition, lorsque l'intérêt technique et/ou artistique nous a paru évident.

 

 

Titre: All'Ungarese

Artistes: Aurélien Pascal (violoncelle), Paloma Kouider (piano).

Format: PCM 24 bit - 96 kHz 

Ingénieur du son : François Eckert

Editeur/Label: La Musica

Année: 2019

Genre: Classique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.

 

Le répertoire hongrois servi par le violoncelliste Aurélien Pascal et la pianiste Paloma Kouider, est la thématique de cet album paru chez La Musica.

Trois compositeurs, David Popper, Zoltán Kodály et Erno Dohnányi, font la part belle au duo violoncelle - piano, avec en prime une superbe sonate pour violoncelle seul op. 8 de Kodály.


Dans une acoustique ni trop mate ni trop réverbérante, la tension de l’archet d’Aurélien Pascal, l’ampleur de l’instrument, le vibrato parfaitement maitrisé, ainsi que la prise de son particulièrement bien réalisée, contribuent à faire de cette sonate un des moments les plus captivants de l’album. Aurélien Pascal dit à propos de cette sonate qu'il fréquente intimement depuis longtemps que "la jouer, c'est aller vers un ailleurs de l'instrument''. A l'écoute de cette somptueuse interprétation, on comprend aisément ce qu'il entend par là.


C’est en effet la virtuosité du violoncelliste qui prend l’ascendant sur le piano, ce qui n’enlève rien néanmoins à la qualité du jeu de Paloma Kouider, qui excelle dans un accompagnement savamment dosé, notamment dans la Fantaisie de Popper. Paloma Kouider, pour les pièces en duo, se révèle en effet une partenaire on ne peut plus inspirée. 


Un seul petit bémol sur la balance qui aurait peut-être gagné à positionner le piano plus à droite, moins proche du violoncelle.
C’est bien le seul reproche qu’on peut émettre au sujet de cet enregistrement remarquable, dont les qualités artistiques sont indéniables.


Notons que c’est Aurélien Pascal qui a transcrit au violoncelle les deux dernières pièces de la Ruralia Hungarica op. 32 d’Ernő Dohnányi, celles-ci ayant été adaptées à l’origine pour le violon.

 

 

Joël Chevassus - Mai 2019

 

 

Titre: Trois Frères de l'Orage

Artistes: Quatuor Béla (Julien Dieudegard, Frédéric Aurier, Julian Boutin, Luc Dedreuil)

Format: PCM 24 bit - 88,2 kHz 

Ingénieur du son : Alban Moraud

Editeur/Label: Klarthe

Année: 2019

Genre: Classique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.

 

Le quatuor Béla rend ici un hommage à trois compositeurs juifs (les trois frères de l'orage) martyrisés par les nazis et qui n'auront pas survécu à la fin de la guerre, au travers de trois œuvres : le Quatuor à cordes N°1  de Erwin Schulhoff, le Quatuor N°2 « Des montagnes du singe » de Pavel Haas et les Variations 1 à 6 de Hans Krasa.


L'orage fait allusion sans aucun doute à l'enfer qu'ont vécu ces trois compositeurs durant leur déportation vers les camps d'extermination nazis.

 

Le Quatuor à cordes de Schulhoff date de 1924 et instaure une ligne nerveuse, presque angoissée, peut-être annonciatrice des horreurs à venir. La tension et les lignes mélodiques entremêlées rappellent la musique d'Arvo Paart, notamment l'allegretto con moto et l'andante final. 
20 ans avant sa mort, Pavel Haas offre les mêmes tableaux et atmosphères à la fois lunaires et incandescents, dans un style voyageant entre impressionnisme et expressionnisme (notamment dans le second mouvement où il évoque le déplacement syncopés d'une calèche et les hennissements d'un cheval).


Le Quatuor Béla insuffle beaucoup de poésie et de mordant, permettant au néophyte d'entrer très aisément dans ce monde assez sombre et mystérieux.
On tombe d'ailleurs rapidement sous le charme du raffinement de l'écriture. Les quatuors de Haas et Schulhoff sont assurément des petits chefs d'oeuvre.


Enfin, les variations de Krása surprennent par leur vivacité rythmique. Il faut une grande maturité technique pour aborder ces partitions, et les Béla leur apportent toute l'articulation et l'intensité dramatique requise. Un disque particulièrement bouleversant, et bien servi par la technique. 

 

 

Joël Chevassus - Mai 2019

 

 

Titre: Telemann - Don Quichotte.

Artistes: Anne Gaurier (viole de gambe), Orchestre de Chambre de Toulouse, Gilles Colliard.

Format: PCM 16 bit - 44,1 kHz 

Ingénieur du son : Erwan Boulay

Editeur/Label: Calliope

Année: 2019

Genre: Classique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Format CD uniquement.

 

Gilles Colliard et l’Orchestre de Toulouse invitent Anne Gaurier, ancien violoncelle solo de la formation, à parcourir avec eux le répertoire baroque de Telemann à la viole de gambe.
C’est un enregistrement plein d’entrain et d’énergie, plutôt bien capté, que nous offre ici la maison Calliope.
Œuvre titre de l’album, la suite orchestrale Burlesque de Quixotte démarre par une traditionnelle ouverture à la française. Telemann décrit ensuite en sept tableaux emplis de traits piquants, quelques-unes des aventures du héros de Cervantes, de son écuyer Sancho Panza et même de leurs montures. Gilles Colliard réussit à insuffler cette formidable énergie si caractéristique des personnages de l’œuvre pittoresque de Cervantes, et qui sied parfaitement au côté parodique et fantasque de cette suite de Telemann.
Mais à côté de cette œuvre, on redécouvre la légèreté du style de Telemann, moins pesant que ses illustres contemporains. Telemann a su par ailleurs créer son propre langage musical à partir d’éléments des différents styles nationaux français, italiens, allemands et polonais. La suite et le style français invite définitivement à la danse.
Ainsi, la Suite-Ouverture "La Bizarre" TWV55 :G2 en neuf mouvements, contient une Ouverture suivie de différentes danses et de deux autres mouvements baptisés "Fantaisie" et "Rossignol".
« La Bizarre » renvoie à la présence de motifs rythmiques irréguliers, dès l’Ouverture (avec un contrepoint étonnant), mais aussi des harmonies et des mélodies insolites.
La suite concertante en ré majeur TWV55:D6 démarre logiquement par une premier long mouvement suivi d'une "Trompette", clin d'oeil au côté entrainant et rapide du motif qui y est développé, et d'une série de danses. Cette suite fait la part belle à la viole de gambe, et à l'art de l'ornementation, merveilleusement servi par la soliste Anne Gaurier.

Ce disque réserve une écoute facile et enjouée, sans tomber dans la caricature et poncifs du genre. La prise de son assure une grande lisibilité des différents pupitres, apportant de ce fait une grande diversité tonale et instrumentale, chose assez rare dans la discographie de ce répertoire. Un excellent enregistrement !

 

 

Joël Chevassus - Mai 2019

 

 

 

Titre: Mendelssohn Piano Concertos.

Artistes: Ronald Brautigam (piano), Die Kölner Akademie, Michael Alexander Willens.

Format: CD- SACD 

Ingénieur du son : Ingo Petry.

Editeur/Label: BIS

Année: 2018

Genre: Classique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.

 

C’est le second enregistrement de Ronald Brautigam des concertos pour piano de Mendelssohn pour le même label (BIS) à plus de vingt ans d’intervalle.

Ce nouveau cru, contrairement au précédent, se fait sur une copie d’un Erard de 1831. L’orchestre de l’académie de Cologne l’accompagne sous la direction de Michael Alexander Willens.


Moins musclée que la première version sur instruments modernes, ce nouvel opus mise davantage sur la clarté, l’aération et la légèreté. La prise de son bénéficie également des progrès réalisés en 25 ans avec une esthétique globale plus sophistiquée, mais un peu plus froide que la première.
Mais la clarté s’avère bénéfique en termes de lisibilité et d’émotion. Dans l’andante du 1er concerto opus 25, le phrasé de Brautigam acquiert une sensibilité bien plus captivante. Le frottement des archets sur les cordes est plus perceptible, et les violons n’ont plus cette texture pâteuse de la première édition.


C’est une version plus romantique et moins énergique, le choix d’une copie de piano ancien restant néanmoins discutable, le tempo étant délibérément plus lent que celui de la version de 1995. C’est très net dans le Presto final du 1er concerto. Les échanges soliste - orchestre fonctionnaient d’ailleurs bien mieux dans cette première édition.

 

Le second concerto bénéficie énormément de cette clarté accrue. C’est au tour du nouvel opus de restaurer un meilleur équilibre piano orchestre. Les timbres du piano Erard sont tellement caractéristiques et emprunts d’une certaine verdeur qu’on croirait presque entendre un cymbalum au tout début de l’allegro appassionato.

Là encore, Brautigam ralentit très légèrement le tempo dans le second mouvement mais cela fonctionne plutôt bien. On reste suspendu au phrasé du pianiste, absolument somptueux dans l’adagio.

 

Quelques suppléments intéressants, trois pièces pour piano et orchestre, viennent enrichir ce disque. On attribuera une mention spéciale à la Sérénade et allegro giocoso, particulièrement réussie.
Un disque qui séduira donc avant tout les plus romantiques d’entre nous et les fans d’instruments d’époque, mais aussi les audiophiles amateurs de haute résolution. Les Andante et Adagio des deux concertos justifieront néanmoins l’adhésion du plus grand nombre, sans pour autant rivaliser avec le sommet que représente encore aujourd’hui l’interprétation de Perahia avec l’Academy Of St. Martin In The Fields sous la baguette de Neville Marriner.

 

 

Joël Chevassus - Avril 2019

 

 

 

Titre: Josef Myslivecek - Complete Music for Keyboards.

Artistes: Clare Hammond (piano), Swedish Camber Orchestra, Nicholas McGegan..

Format: CD- SACD 

Ingénieur du son : Thore Brinkmann

Editeur/Label: BIS

Année: 2019

Genre: Classique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.

 

C’est un travail exploratoire que nous livre ici la pianiste britannique Clare Hammond, accompagnée par le Swedish Chamber Orchestra sous la baguette de Nicholas McGegan.
L’œuvre du compositeur tchèque Josef Myslivecek est tombée très rapidement en désuétude, en dépit que cet aîné de 20 ans a notablement influencé Mozart.

Connu pour ses opéras et ses symphonies, ses concerti pour clavier relèvent davantage du vestige archéologique que les populaires concerti pour piano du sieur Wolfgang.
C’est donc une première mondiale que nous offre BIS en gravant l’intégralité des œuvres pour piano (tenant sur un seul disque).
Jouées pour l’occasion sur un Steinway moderne, et avec un accompagnement très sobre de l’orchestre de chambre de Suède, le parti pris est celui de l’élégance et de la raison. Il manquera cette touche de folie ou d’entrain qui caractérise la musique de son cadet sur le premier concerto, un peu moins sur le second, nettement plus enjoué. Difficile dans ce cas de dire si la responsabilité est celle des interprètes ou du compositeur, les indications de lecture restant encore de l’ordre du mystère...


Le vrai petit bijou reste la suite des 6 leçons faciles, merveilleuses sonates trop simples pour les enfants et trop compliquées pour les musiciens aguerris... comme il est coutume de dire de celles de Mozart. Ce dernier s’était d'ailleurs enthousiasmé à la découverte des leçons de Myslivecek, confiant à son père qu’elles méritaient d’être jouées avec sensibilité et brio. Cette remarque sied parfaitement à Clare Hammond qui délivre une interprétation exaltante et d’une grande fraîcheur.

 

 

Joël Chevassus - Avril 2019

 

 

 

Titre: Inspirations.

Artistes: Maïté Louis (violon).

Format: PCM 24 bit 44,1 kHz 

Ingénieur du son : Nicolas Lhenry

Editeur/Label: Continuo Classics

Année: 2018

Genre: Classique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable.

 

La violoniste Maïté Louis, issue de la haute école de Genève et ancienne élève d’Ivry Gitlis, est une personnalité assez atypique.

En effet, elle partage son temps entre musique classique et musique traditionnelle irlandaise (elle a d’ailleurs formé à cette occasion un groupe baptisé « Irish kind of »), mais également entre violon et chant.
Peu d’ornements, une approche assez directe et incisive (apparemment sur instrument moderne) apportent une certaine fraîcheur ainsi qu’une grande clarté dans la perception de ces sonates pour violon seul.

Cet enregistrement se veut à la fois le manifeste d’une passion pour la musique de Jean-Sebastien Bach, mais également une mise en perspective de l’influence de la musique de Bach sur les générations futures.
Il est néanmoins original de partir à reculons, des influencés ou des « inspirés », pour rejoindre au final la source d’inspiration qu’a pu représenter pour Eugène Ysaÿe et Max Reger la troisième partita pour violon de Bach.

Je me suis posé la question de l’intérêt de ce cheminement à l’envers et la seule réponse qui m’est venue à l’esprit est de mettre davantage en évidence l’universalité de la 3ème partita de Jean Sébastien Bach.


L’album « Inspirations » démarre ainsi avec la seconde sonate d’Eugène Ysaÿe, la «Jacques Thibaud», qui s’inspire d’entrée de jeu du prélude de la troisième partita.
Il y a beaucoup d’intensité et de modernité dans le jeu de Maïté Louis. Le phrasé est plus mordant que celui d’un Leonidas Kavakos ou d’un Vadim Gluzman, pour faire référence à des performeurs modernes. Cela sied plutôt bien à la tonalité chromatique de la sonate la plus accessible d’Ysaÿe.
La captation assez proche délivre également un son très direct et détaillé. Il n’y a pas d’artifice, ni de réverbération ajoutée, quitte à ce que les timbres soient un peu moins soyeux.

 

La troisième partita de Jean Sébastien Bach surprend par l’urgence et la densité qu’insuffle Maïté Louis dès le Prélude. On est loin de la finesse de timbre et du legato d’une Victoria Mullova, et sans doute plus proche d’une Hilary Hahn, du moins dans le Prélude.
Mais l’archet de Maïté Louis semble plus rêche, au point que certains accords de la Gavotte en Rondeau sonnent étrangement irlandais.
On reste scotché par cette énergie viscérale qui permet peut-être de faire le lien avec les deux précédentes sonates. Mais au delà de la simple filiation des trois œuvres jouées par la violoniste, l’inspiration est aussi la sienne, très personnelle et assurément passionnée. Un disque qui, s’il ne figurera pas au panthéon du répertoire, n’en reste pas moins attachant pour autant.

 

 

Joël Chevassus - Avril 2019

 

 

 

Titre: Tango en otono.

Artistes: Trio Innova : David Zambon (tuba), Patrick Zygmanowski (piano), Jean-Marc Fabiano (accordéon).

Format: PCM 24 bit 96 kHz 

Ingénieur du son : Erwan Boulay

Editeur/Label: IndéSENS!

Année: 2018

Genre: Tango.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.

 

Simple et compliqué à la fois de s’embarquer en direction de l’Argentine et d’aborder les rivages de la musique d’Astor Piazzolla.
Simple, car les tubes du bandonéoniste ont fait le tour de la planète et n’ont jamais été aussi populaires qu’aujourd’hui. Compliqué, car il est par conséquent peu évident d’apporter quelque chose de nouveau et personnel au tango piazzollien. Difficile également de ne pas tomber dans les pièges que représenteraient une interprétation trop esthétique et intellectuelle ou au contraire une approche trop "flon-flon"...


Car le tango n’est pas que le jeu de la séduction, c’est aussi quelque chose de charnel, presque animal. L’intérêt est de restituer ces aspects tout en ne renonçant pas néanmoins à la plastique et à la séduction.
Le trio Innova a choisi d’y apporter sa couleur particulière. Le trio convainc en effet par sa complémentarité tonale et rythmique. Sur une composition autant visitée que Libertango, les Innova dégagent pourtant une vraie fraîcheur dans leur interprétation, voire également une certaine authenticité.


Ils préservent en effet toute la palette d’émotions inhérentes à la musique de Piazzolla, les passages mélancoliques s’enchaînant avec d’autres plus tourmentés et moins solaires.
On ressent aussi la complicité entre des musiciens qui ne sont a priori pas des partenaires d’un jour, mais qui semblent bel et bien partager cet amour de la musique d’Astor Piazzolla depuis quelques années.

Le tubiste David Zambon représente un peu la colonne vertébrale de ce trio, à l’instar du contrebassiste d’une formation jazz, tandis que le pianiste Patrick Zygmanowski et l’accordéoniste Jean-Marc Fabiano rivalisent de lyrisme et de sensibilité.
Cet enregistrement live est plutôt bien capté et l’ampleur de la prise de son permet aux trois protagonistes d’occuper tout l’espace entre et à l’extérieur des deux enceintes.
J’ai particulièrement apprécié l’excellent accompagnement de Patrick Zygmanowski qui insuffle tout au long des douze compositions de cet album un rythme particulièrement "caliente", sauf lorsqu’il s’éclipse élégamment pour laisser ses deux compères dialoguer dans Café 1930.

 

 

Joël Chevassus - Avril 2019

 

 

Titre: Le dilettante d'Avignon

Artistes: Orchestre Régional d'Avignon Provence, Michel Piquemal (direction), Mélody Louledjian, Virginie Pochon, Mathias Vidal, Julien Veronèse, Arnaud Marzorati.

Format: PCM 24 bit 44,1 kHz 

Ingénieur du son : Romain Roux

Editeur/Label: Klarthe

Année: 2018

Genre: Opéra Comique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable.

 

Répertoire dont on parle peu sur ce site, l'Opéra Comique est un genre à part entière, et cet enregistrement du Dilettante D'Avignon de Jacques-fromental Halévy, interprété par l'Orchestre Régional d'Avignon Provence dirigé par Michel Piquemal, est un double pied de nez à la culture provençale ainsi qu'au bel canto italien.
Il est toujours délicat de graver sur un disque un spectacle comportant une dimension visuelle et parlée si importante qu'un opéra comique, fût-il en un seul acte...
Ce n'est donc clairement pas un album qu'on écoutera en boucle, contrairement à certaines œuvres de Rossini dont les ouvertures peuvent éventuellement s'écouter et se ré-écouter (notamment celles enregistrées très récemment par Michele Mariotti). Mais c'est un enregistrement qui vous met indéniablement de bonne humeur car il s'agit presque davantage d'une farce que d'un opéra... L'oeuvre d'Halévy se moque en effet de l’opéra lui-même, et de l'engouement italophile des français méridionaux de l'époque.

 

L’action se déroule dans un théâtre d’Avignon, où le directeur de théâtre Maisonneuve se fait rebaptiser Casanova, et s’obstine à monter un opéra italien jusqu'à sombrer dans le ridicule.
Cela n'empêche pour autant pas que la partie orchestrale et chantée de cet enregistrement live n'a pas grand chose à envier aux fastes rossiniens. C'est excessivement bien fait, et les interprètes, tout particulièrement les sopranos Melody Louledjian et Virginie Pochon, font preuve d'une virtuosité et d'une présence vocale saisissante. On passe ainsi un excellent moment, alternant avec un savant dosage les dialogues et déclarations hilarantes d'un Arnaud Marzorati (mais jamais grotesques) avec ceux chantés les plus émouvants.


En ce qui concerne les aspects techniques, la prise de son est sans doute un peu «vintage» mais sert bien l'esprit de l'oeuvre. A découvrir d'urgence !

 

Joël Chevassus - Mars 2019

 

 

 

Titre: Double jeu

Artistes: Isabelle Le Boulanger (violoncelle), Claire Le Boulanger (flûte)

Format: PCM 24 bit – 96 kHz

Ingénieur du son: Anaïs Georgel

Editeur/Label: Chanteloup Musique

Année: 2018

Genre: Classique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable.

 

Le Duo Cardellino met en scène deux sœurs jumelles, Claire et Isabelle Le Boulanger, qui exercent les fonctions de solistes dans deux prestigieux orchestres français (Orchestre National de Lorraine et Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy). Curieuses de découvrir le répertoire foisonnant du duo, elles en explorent les pièces originales et écrivent de nombreuses transcriptions inédites.


Ces deux jolies filles de l'Est démarrent cet album très sagement avec un répertoire assez consensuel (Les Indes Galantes de Rameau et la Sonate en mi mineur de Haendel), mais évidemment difficile pour un duo d'y dévoiler beaucoup de fantaisie.
Isabelle Le Boulanger démontre néanmoins une grande complicité avec sa sœur, mais également un sens de l'accompagnement et de la mesure très convaincant dans la sonate HWV 379 pour flute et basse continue, notamment dans l'Allegro (superbe !).
Mais le soleil latin ne tarde pas à illuminer le jeu des deux sœurs, et c'est certainement la partie la plus attachante de cet album, l'apothéose étant sans doute l'Assobio a Jàto W493 du brésilien Heitor Villa Lobos.

Les sœurs Le Boulanger parviennent d'ailleurs à sortir une sonorité plus moderne et captivante que ce que nous offre la discographie de cette œuvre en général, avec un vrai dialogue entre les deux instruments, et non pas un violoncelle qui se cantonne à insuffler une rythmique, mais sans non plus effacer l'interprétation de référence du duo Stradner / Schütz.
La transcription de la composition d'Astor Piazzolla « Adios Nonino » met en exergue la réelle complémentarité (ou unité ?) des jumelles, un talent certain pour la revisite, avec encore une extraordinaire prestation de la violoncelliste qui dose chaque note avec une étonnante précision et justesse.


A noter également une belle version des très enregistrées « Folies d'Espagne » de Martin Marais, laissant dans un premier temps la flûte en retrait, loin des versions de charmeurs de serpents de Marc Grauwels ou de Mario Caroli. La flûte finit par reprendre de l'ascendant mais en veillant à garder un équilibre permettant au violoncelle d'exister, sortant ainsi du rôle de basse continue. 
Une jolie performance pour un premier disque en duo, ainsi qu'une bonne prise de son.

 

Joël Chevassus - Mars 2019

 

 

 

Titre: Come Sorrow

Artistes: Ensemble Près de votre oreille (Anaïs Bertrand, Nicolas Brooymans, Thibaut Roussel, Robin Pharo)

Format: PCM 24 bit – 96 kHz

Ingénieur du son: Mathilde Genas

Editeur/Label: Paraty

Année: 2018

Genre: Classique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Réel.

 

Ce disque explore la musique de la Renaissance anglaise, à l'époque de la reine Elisabeth 1ère et de William Shakespeare.

Le répertoire joué est celui de compositeurs assez méconnus, à l'instar des luthistes Robert Jones et John Dowland. Ces derniers ont promu l'utilisation du luth et de la viole de gambe au sein du répertoire de chant élisabéthain, et notamment via l'association de deux voix, un luth et une partie de Lyra-viol.

 

Cet enregistrement constitue un important et rare témoignage sur l’utilisation de la viole de gambe dans le répertoire vocal anglais élisabéthain. Ce recueil, peut-être le premier de l’histoire de la musique à présenter une partie de lyra-viol, est composé de 21 Songs pouvant être interprétés de plusieurs manières différentes : par une voix et un luth, ou par deux voix, un luth et une partie de lyra-viol (terme pouvant faire référence à un type d’instrument ou à un type de jeu qui consistait à changer l’accord habituel de la viole de gambe). Un autre compositeur de la Renaissance, Alfonso Ferrabosco II, le seul madrigaliste italien actif en Angleterre à la fin du XVIe siècle, est également à l'honneur avec ses « Lessons for 1,2 and 3 viols ».

 

Ce sont deux belles voix, celles de la mezzo-soprane Anaïs Bertrand et de la basse Nicolas Brooymans qui animent ces chants, soutenues par une superbe viole de gambe, celle de Robin Pharo, et par le luth renaissance de Thibault Roussel.
En dehors de l'intérêt spécifique porté par les rares spécialistes du genre, c'est une écoute découverte pour la majorité.

C'est d'ailleurs une réelle démarche exploratoire de la musique anglaise de cette époque qui a conduit à réaliser spécialement pour l'occasion des instruments anciens flambant neufs ! Pour ce projet, la luthière Judith Kraft a ainsi fabriqué une viole de gambe à 6 cordes de type anglais, et Maurice Ottiger a conçu et réalisé un luth comme ils étaient fabriqués durant la Renaissance.


On restera néanmoins charmé par l'éloquence des deux chanteurs ainsi que par la verve de la viole de gambe. C'est un parcours initiatique, qui se veut à la fois enjoué et mélancolique, et dont l'écoute réserve une jolie série de petits trésors musicaux. Un très bon disque.

 

Joël Chevassus - Mars 2019

 

 

 

Titre: Franz Liszt - Transcriptions et Paraphrases d'Opéras

Artistes: Aurélien Pontier (piano).

Format: PCM 24 bit - 44,1 kHz

Ingénieur du son: Jiri Heger

Editeur/Label: ILONA Records

Année: 2018

Genre: Classique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable.

 

C'est le premier disque solo du pianiste Aurélien Pontier, et c'est une belle réussite.


Ce n'est pourtant pas évident d'aborder les paraphrases de Franz Liszt, et notamment ces thèmes d'opéra de Verdi, Wagner et Gounod.

C'est en effet un répertoire tombé un peu en désuétude même si on arrive à dénicher quelques enregistrements récents, interprétés souvent de façon très (trop?) démonstrative et tapageuse. Il fallait évidemment toute la virtuosité d'un pianiste hors pair pour jouer de telles paraphrases et transcriptions.

 

Mais au delà de la simple transcription, les paraphrases requièrent également une importante part de sensibilité et d'abandon.
Et c'est ce que nous offre Aurélien Pontier, en plus de sa remarquable maîtrise technique. C'est également l'expression d'une vraie culture et de solides références que peuvent être Claudio Arrau et Jorge Bolet dans l'interprétation de cette période concertiste de Liszt.


La Valse de l'opéra de Faust reste ainsi... une valse, et pas un tour de montagnes russes où le tempo est sacrifié au spectaculaire.
Il y a un entrain et un sens du rythme qui nous a ravi durant cette valse faustienne. Loin de mes souvenirs, le phrasé saccadé d'un Michele Campanella ou d'un Earl Wild... 
La dernière version m'ayant enthousiasmé avait été celle de Gabor Farkas, mais celle-ci, par sa pureté, son authenticité tonale, son équilibre, et notamment une main gauche savamment dosée, me transporte encore un peu plus loin, pour approcher d'encore plus près la valse de l'opéra de Faust.


On s'extasiera également à l'écoute de la paraphrase de concert sur le "Rigoletto" de Verdi, vibrant hommage au maître Arrau, jouée certes un peu plus rapidement. 
Chez Wagner, le "Parsifal" et le "Tristan et Isolde" sont également magnifiques de puissance évocatrice et de couleurs.
J'aurais aimé pouvoir écouter les Réminiscences de Norma. Peut-être pour une fois prochaine ?
La prise de son est par ailleurs superbe, sans doute une des toutes meilleures de la discographie. 
Cela mérite amplement un Grand Frisson.
Et nous souhaitons par la même occasion une longue et brillante carrière à Aurélien Pontier.

 

 

Joël Chevassus - Février 2019

 

 

 

Titre: Poèmes

Artistes: Lilian Meurin (euphonium), Victor Métral (piano).

Format: PCM 16 bit - 44,1 kHz

Ingénieur du son: Erwan Boulay

Editeur/Label: IndéSens!

Année: 2018

Genre: Classique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Format CD uniquement.

 

Non ce n'est pas décalé, et oui on n'a pas l'habitude d'entendre ce genre de duo euphonium - piano, mais c'est, avouons-le, totalement rafraichissant.


Lilian Meurin, un des meilleurs euphoniumistes actuels, et Victor Métral, valeur montante du piano français, nous offrent un moment de poésie, bien au delà du concerto éponyme de cet album sorti chez Indésens.


Le concerto « Poèmes » de Gabriel Philippot est inspiré des œuvres de grands noms de la poésie française comme Ribaud, Baudelaire et Verlaine. Ce sont davantage des ambiances et des aplats de couleurs, à l'instar de la musique de Maurice Ravel, qui viennent illustrer très librement cette composition en trois mouvements écrite spécialement pour la finale du Concours International de Saxhorn, Euphonium et Tuba de Tours et Chambary-les-Tours en janvier 2015.
Le concerto de Gabriel Philippot est indéniablement la pièce maîtresse de cet album, et la vraie originalité.
Il était par ailleurs logique de continuer ce programme avec une pièce iconique du maestro Ravel : « Pavane pour une infante défunte ».
Suivent deux pièces courtes : « Le cygne » de Saint-Saëns (extraite du « Carnaval des animaux ») et « Papillon (opus 27 ) » de Fauré permettent aux deux protagonistes de rester sur une même ligne romantique et fantaisiste en revisitant deux compositions destinées aux violoncellistes, avant qu'une dernière fantaisie, celle du Carmen de Bizet, ne vienne clore le bal avec une certaine dose d'espièglerie.

 

La technicité ainsi que la subtilité atypique du phrasé de Lilian Meurin étonnent. Il y a un équilibre très particulier qui s'installe entre l'instrument à vent et celui à cordes. Il est rare en effet de trouver à cet instrument une telle agilité propre à le faire dialoguer d'égal à égal avec le piano. Ce sont à proprement parler, et pour éluder la poésie et de la complicité évidente entre les deux interprètes, les acrobaties de Lilian Meurin qui vous tiennent en haleine tout au long de cet album. Vivifiant !

 

 

Joël Chevassus - Février 2019

 

 

 

Titre: Beethoven : complete works for cello and piano

Artistes: Xenia Jankovic (violoncelle), Nenad Lecic (pianoforte).

Format: PCM 24 bit - 44,1 kHz

Ingénieur du son: Max-Lucas Hundelshausen

Editeur/Label: Calliope

Année: 2018

Genre: Classique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable.

 

On ne manque pas d'interprétations des cinq sonates de Beethoven pour violoncelle et pianoforte. S'attaquer à ces compositions revient pour un artiste aujourd'hui à escalader l'Everest, s'il possède la détermination de dépasser ou simplement d'égaler les plus grandes références enregistrées, à l'instar des duos Rostropovich / Richter, Fournier / Gulda ou Du Pré / Barenboïm...


Cette version récente est jouée sur instruments d'époque. Le duo Xenia Jankovic / Nenad Lecic fonctionne plutôt bien et démontre une grande complicité. Avec ces sonates, il y a deux approches : celle très ascète et respectueuse de la partition, et puis une autre, plus débridée, fougueuse et personnelle. Cette performance est d'après moi à ranger dans la seconde catégorie. Le choix des instruments anciens aura sans doute orienté l'interprétation.
C'est d'ailleurs une sonorité un peu vintage qui nous est offerte ici avec aussi quelques étrangetés de prise de son ou de post production. C'est en effet plus compliqué d'enregistrer des instruments anciens et dans ce cas précis, on notera un certain embonpoint du violoncelle qui aurait peut-être mérité à quelques moments d'être capté d'un peu plus loin afin de ne pas saturer les timbres de la première octave.

 

Mais à part ces quelques détails d'ordre technique, artistiquement, il n'y a rien à dire, ou au contraire, on ne manquera pas de compliments. Sans égaler pour autant les plus grandes références, ce duo réussit l'essentiel : maintenir la tension et la nervosité de ces sonates sans jamais faillir. Le pianiste Nenad Lecic excelle dans son rôle d'accompagnateur relançant sans cesse la violoncelliste avec une précision et un parfait sens de la mesure. Quel dommage qu'à certains moment, il disparaisse derrière le violoncelle. Xenia Jankovic développe quant à elle un jeu intemporel ainsi qu'un son très organique. On finit d'ailleurs par se demander si cette esthétique sonore très terrienne n'est finalement pas un parti pris permettant de mieux valoriser le jeu du violoncelle.  

Quand les sonates ou les quatuors de Beethoven sont joués avec ce niveau d'engagement et de conviction, la magie opère et on est alors complètement capté par le génie du compositeur. Jankovic et Lecic n'ont clairement pas échoué dans cette mission. Jouissif !

 

 

Joël Chevassus - Janvier 2019

 

 

 

Titre: Weber - Symphonie N°1 & Concertos

Artistes: Orchestre Victor Hugo, Jean-François Verdier, Nicolas Baldeyrou, David Guerrier, Thomas Bloch

Format: PCM 24 bit - 44,1 kHz

Ingénieur du son: Jiri Heger

Editeur/Label: Klarthe

Année: 2018

Genre: Classique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Discutable.

 

Le répertoire choisi ici évoque différentes rencontres de Carl Maria von Weber à Munich en 1811 avec des instrumentistes à la personnalité affirmée.
On compte parmi ces découvertes celle avec le clarinettiste Heinrich Barmann et sa tessiture très particulière obtenue grâce à l'utilisation d'une clarinette à dix clés, très sophistiquée pour l’époque.

Naîtra entre autres de cette rencontre le second Concerto en mi bémol majeur op. 74, explorant toutes les nuances et subtilités tonales et rythmique de l’instrument.

 

Durant cette période, Weber fera également la connaissance d’un facteur d’instrument très original et inventif, père de l’harmonichord, sorte de croisement sonore entre le piano et le violon. De cela suivra l’Adagio et Rondo en fa qui sera adapté ensuite pour l’harmonica de verre (les harmonichords ayant complètement disparus). Cet instrument atypique se compose de bols en cristal, en verre ou en quartz, empilés sur un axe rotatif entraîné par une pédale. Afin d'obtenir le son le plus cristallin, le musicien doit mouiller ses mains dans une eau très calcaire. De cette manière, les doigts accrochent le verre tout en glissant sur le rebord des bols.


C’est à l’intention du corniste français Joseph Dautrevaux que Weber compose son Concertino pour cor et orchestre en mi mineur op. 45 5 ans auparavant à Karlsruhe, mais qui exigera de revenir sur la partition 12 années plus tard. C’est une composition considérée par bon nombre de spécialistes comme particulièrement ardue, voire carrément injouable.

 

Quant à la première symphonie en do majeur op 19, elle nous laisse augurer ce que deviendra plus tard le style instrumental, certes plus structuré, que Carl Maria von Weber développera dans ses ouvertures d’opéras.


C’est donc un programme original, un parcours hors des sentiers battus, qu’entame là Jean-François Verdier et son Orchestre Victor Hugo, la virtuosité des solistes confinant presque parfois à l'ascension d'un sommet de haute montagne.


Le clarinettiste Nicolas Baldeyrou nous livre une prestation complice et romantique du Concerto n°2. Le corniste David Guerrier enflamme quant à lui le fameux, l’injouable, Concertino en mi mineur, faisant preuve d’une virtuosité sans faille et d’une entente parfaite avec ses partenaires.
Enfin, le spécialiste de l’harmonica de verre Thomas Bloch, nous plonge dans une ambiance diaphane et mystérieuse, guidant l’Adagio et rondo d’une main de maître.

 

Que dire donc si ce n’est que cette programmation inhabituelle surprend, fascine et finalement émerveille par la qualité du travail orchestral et des solistes de premier plan. C’est encore une très belle réalisation à mettre à l’actif de Jean-François Verdier.
Incontournable.

 

 

Joël Chevassus - Janvier 2019

 

 

 

Titre: Mahler - Symphony N° 3 - Adam Fischer.

Artistes: Düsseldorf Symphony Orchestra, Anna Larsson, Women’s Choir of Städtischer Musikverein Düsseldorf, Clara-Schumann-Youth Choir, Adam Fischer.

Format: PCM 24 bit - 48 kHz

Editeur/Label: CAvi-Music

Année: 2018

Genre: Classique.

Intérêt du format HD (Exceptionnel, Réel, Discutable): Exceptionnel.

 

J'adore la troisième symphonie de Mahler, sans doute une des plus complexes et riches de l'oeuvre. Les mouvements individuels sont si différents les uns des autres qu’ils semblent presque provenir de différentes périodes de la vie de Mahler.

La Troisième contient son propre monde - déjà dans le premier mouvement, plus long que la plupart des symphonies de Beethoven.

 

J'avais beaucoup apprécié la version du Budapest Festival Orchestra d'Ivan Fischer. Mais le grand frère va encore bien plus loin dans ce superbe cycle démarré depuis peu avec l'orchestre de Düsseldorf (dont il a pris les rennes en 2015), pourtant moins prestigieux que la formation hongroise.

Il faut néanmoins reconnaître à cet orchestre fondé il y a 200 ans une genèse de tout premier ordre puisque il a été dirigé par Mendelssohn et Schumann.


Il y a quelque chose de particulièrement sombre et dramatique dans l'interprétation d'Adam Fischer. On ressent une sorte de symbiose entre la partition, la lecture qu'en fait Adam Fischer et le jeu de l'orchestre. La prise de son du label avi-music est simplement somptueuse. Disponible sur Presto Classical en format 24 bit 48 kHz, cet enregistrement enfonce littéralement tout ce qui existe en DSD, y compris la production pourtant très pure de Channel Classics avec le Budapest. 
Résultat remarquable, d'autant plus que les enregistrements de ce cycle sont issus de prises de son live de la radio allemande. Le son est excellent et le public indétectable, même si parfois les basses fréquences peuvent paraître un peu moins maîtrisées, probablement en raison de la conception sphérique du Düsseldorf Tonhalle, (ancien planétarium reconverti en salle de concert).


Adam Fischer fait ressortir avec la plus grande acuité l'ombre et la lumière. Le troisième mouvement est d'une délicatesse inégalée. Pourtant Ivan excelle déjà dans cette façon de mettre en lumière cette exaltation mahlérienne. Sans doute Adam y ajoute ce contraste entre légèreté et force musculaire qui manque parfois chez son jeune frère. La tension, la précision et le rythme semblent par contre constituer l'ADN de la famille Fischer.

Mais au delà d'une simple ressemblance fraternelle, il y a cette compréhension de la liberté dictée par le compositeur, celle de l'abandon à la musique, afin de retrouver le rythme sous-jacent suggéré dans les annotations de Gustav Mahler.


Aussi, si vous voulez être surpris, si vous souhaitez écouter la troisième symphonie comme vous ne l'avez encore jamais entendue, ou si tout simplement vous désirez approcher Mahler du plus près possible, alors cet enregistrement comblera sans nul doute vos attentes, et peut-être même davantage...

 

Joël Chevassus - Janvier 2019

 

 

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