Sonus faber - Guarneri Evolution

Sonus faber est l'entreprise du Nord de l'Italie par excellence: une forte culture du savoir-faire artisanal (au sens noble du terme), une production exclusive à forte valeur ajoutée, positionnée sur un marché du très haut de gamme, une forte identité visuelle, et une vocation à stimuler le plaisir des sens avant tout...

Plus que tout autre manufacturier d'enceintes, Sonus faber peut revendiquer cette italianité qui caractérise l'ensemble de sa production. Chez ce constructeur, on achète plus qu'un transducteur, on acquière un objet, voire une œuvre d'art, le fameux "capolavoro" Italien...

Le départ du père fondateur Franco Serblin, ayant vendu à un premier fond d'investissement Italien en 2003 est maintenant assez loin, et le rachat de l'entreprise par le groupe Quadrivio SGR en 2007 a propulsé cet ancien acteur régional au sein du gotha international du High-End. Quadrivio a par ailleurs développé et élargi le réseau des revendeurs ainsi qu'il a procédé à un développement très significatif de son portefeuille d'activités dans ce domaine particulier en rachetant successivement d'autres fleurons de la haute-fidélité tels que Audio Research, Wadia Digital et dernièrement McIntosh. Quadrivio en a d'ailleurs profité pour changer de nom et devenir "The Fine Sound".

Si les instances dirigeantes de l'entreprise d'Arcugnano restent fondamentalement attachées à la tradition luthière de Crémone et l'héritage du plus illustre d'entre eux, Guarneri del Gesù, Sonus faber s'est doté durant ses dernières années d'une capacité de R&D digne des meilleures sociétés industrielles du secteur. L'équipe de développement, sous la houlette de l'Ingeniere Paulo Tezzon, est certes jeune, mais extrêmement qualifiée et motivée. Cela a amené l'entreprise du Veneto vers des territoires encore inexplorés du temps où le seul patron présidait au développement de l'entreprise, et notamment vers l'illustration la plus prestigieuse du savoir-faire et des compétences techniques de l'entreprise, à savoir le flagship «The Sonus faber». Les Amati Futura, Aida et Guarneri Evolution ont bénéficié des développements capitalisés dans la mise au point de ce monument de technologie.

Cette troisième itération de la plus mythique enceinte bibliothèque que nous a livrée la Péninsule s’ancre ainsi dans la tradition avec néanmoins des retouches majeures sur le plan technique et esthétique qui la projettent complètement dans notre univers moderne comme une des références incontournables du marché des monitors high-end. Comme la première Guarneri sortie en 1993, la nouvelle Evolution recherche avant tout la perfection en matière de timbres. Elle est néanmoins destinée à apporter un gain significatif sur d’autres critères, et notamment la dynamique et le respect des transitoires. Cela n’en fera certes pas une enceinte destinée à l’écoute de hard-rock ou de techno, mais elle se réclame néanmoins comme plus polyvalente et sans doute un zeste moins sage que les précédentes versions.

Comme chez Triangle dont le nouveau patron Marc Le Bihan s’inscrit dans le respect de l’héritage De Vergnette tout en apportant un regard extérieur ainsi que certaines améliorations techniques permettant de faire progresser les produits, chez Sonus Faber coule ce même sang neuf, habité par un esprit de continuité mais surtout d’innovation pour porter les produits nouveaux ou historiques vers des niveaux de performance encore rarement atteints.

 

Ces récents développements de l’entreprise dirigée par Mauro Grange ancrent davantage Sonus Faber dans le segment du High-End, ainsi que vers un design bien plus contemporain, tout en préservant les vertus relatives à la lutherie et au travail artisanal. C’est un peu à la façon de la Scuderia au « Cavalino Rampante », résolument tournée vers l’avant-garde tout en préservant le lien avec son glorieux passé. Les légendes italiennes se veulent passées, présentes et futures : cela caractérise en quelque sorte l’intemporalité de ces produits d’exception. Dans cette perspective, Sonus Faber n’échappe pas à la règle locale, c’est une entreprise à l’écoute de ses tiffosi, et qui porte l’étendard de l’orgueil audiophile national.

Ce sont ces mêmes attentes des tiffosi qui ont motivé les équipes de Sonus faber à repousser les limites d’une signature sonore bien affirmée, peut-être en lui conférant davantage de neutralité sans pour autant la travestir… difficile exercice de style auxquels les designers Italiens se sont livrés avec toute l’habileté et la passion nécessaires.

La nouvelle Guarneri est en quelque sorte une démonstration de ce que peut parachever cette nation Italienne dans le cadre de la conception d’une simple deux-voies. Forcément cela nous amène vers des rivages où le coût devient une notion secondaire, et sur lesquels resteront bon nombre d’entre nous qui n’aurons pas la chance de pouvoir se payer le billet de la traversée. C’était néanmoins déjà le cas en 1993 lors de la sortie de la Guarneri Homage, si on tient compte de l’augmentation générale des prix sur ce segment de marché. Considérons-donc que cela fait partie du mythe, en partie inaccessible : bienvenu en Italie du Nord, où le simple fait d’exister prévaut souvent sur l’idée même de la possession, « essere piuttosto di avere ». C’est particulièrement cet orgueil extatique qui pousse les ingénieurs Italiens (quel que soit leur secteur d’appartenance) à cette recherche de la perfection, et du plaisir toujours plus intense, en un mot le fameux « capolavoro ». C’est la culture de l’émotion et de la séduction, qui sont sans aucun doute les axes de recherche essentiels de Sonus faber, la haute fidélité étant davantage un moyen d’atteindre ces objectifs qu’une réelle fin en soi. Cette sensualité et féminité sont bien toujours présents, même si la technicité employée par la firme semble n’avoir jamais été aussi développée qu’aujourd’hui. Et ce n’est pas une question d’hyper-sensibilité de ma part ou d’élan romantique incontrôlé. Cette sensibilité tient à cœur aux Italiens ; c’est une composante de la vie quotidienne et cela compte également pour tous les hédonistes dont je fais partie.

Cette entrée en matière ayant posé le décorum, je m’attarderai dans les pages suivantes sur des arguments plus tangibles et plus techniques, car ce côté glamour abrite également bon nombre d’avancées technologiques…

A la une...

A suivre...

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