PSI Audio moniteurs actifs A215M (1/2)

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Quatre mois se sont passés depuis ma dernière visite chez PSI audio et les questions se pressent dans la tête. En effet, la première approche des produits a été plus déstabilisante que prévu. Ce n’est pas faute d’en avoir été bien prévenu par M. Alain Roux, le directeur de PSI audio et le concepteur de ces enceintes.

 

La discussion préliminaire avant de venir chez PSI portait sur les attentes par essence différentes entre l’ingénieur du son et l’audiophile. Si le premier pouvait avoir des penchants mélomanes, le second pouvait-il accepter d’aller dans le cœur de l’enregistrement, supporterait-il de voir deballer sous la lumière crue la musique qu’il affectionne ?

Les premières impressions d’écoute chez PSI m’ont sûrement fait toucher du doigt certaines de ces limites dans la nudité et l’exposition qu’on pouvait appliquer au message musical. Pas désagréable en soi mais était-ce vraiment ce que je cherche ? Après tout, ce regard scrutateur est une contingence du travail de l’ingénieur. Ces enceintes leur étant destinées en premier lieu, il n’y a pas de raison qu’elles plaisent à l’audiophile. Telle n’est pas leur finalité.

 

Voici le postulat de base qui rend ce banc d’essai aussi excitant que introspectif. L’appréciation des qualités de ces enceintes ne peut se faire sans se poser, de nouveau, des questions sur ses propres attentes. Si j’écoutais mes propres penchants j’aurai un système fait de tubes anciens et haut-parleurs vintage haut rendement. Mais voilà, depuis déjà quelques années j’ai renoncé à satisfaire mes propres envies audiophiles et, je n’ai eu que des systèmes transistorisés. Ainsi, je préfère le reflet plus flatteur des miroirs au mercure mais je n’en ai pas chez moi. L’essai de ces PSI audio 215 M est donc une étape supplémentaire dans ce processus et un test pour mes propres limites. Entre le confort d’un côté et l’ascèse de l’autre, trouverais-je dans ces PSI audio la limite que je ne souhaite pas franchir?

 

Au-delà de ces considérations, il me paraissait important de vérifier de quoi sont capables de telles enceintes dans des conditions d’usage audiophiles. Le produit en lui-même paraît tellement pratique qu’on se demande pourquoi, de façon générale, les enceintes actives ne sont pas plus appréciées des audiophiles ? Cette approche, au départ dictée par des considérations professionnelles, paraît aujourd’hui à sa place dans un environnement domestique moderne. Obtenir un son de haute qualité avec des objets compacts, intégrés, énergétiquement raisonnables et produits en Europe, se pare de toutes les vertus.

Ajoutez à cela la fiabilité et l’expertise générale qui se trouvent incluses dans ces enceintes et, au tarif public proposé de 2880 CHF ou 2300 € Hors taxe pièce, avouez qu’il y a de quoi réfléchir.

 

Déballage

La paire d ‘enceintes que j’ai en prêt est une paire de démonstration. Elles sont comme neuves bien sur mais mieux que cela encore. A la suite du dernier essai les enceintes sont retournées en chambre anéchoïque pour une nouvelle série de mesures afin de s’assurer qu’elles sont bien toujours au même niveau de tolérance et de performance qu’au premier jour avant de venir chez moi. Je lis déjà dans les yeux de mes collègues de la revue une pointe de jalousie. Commencer ainsi ce test en pleine confiance est réjouissant.

 

L’enceinte dans son carton se transporte aisément, chacune pesant 15,8 kg. Sorties de leurs boîtes il faut à l ‘aide de la clé Torx fournie, desserrer et débloquer les quatre pieds au niveau de la base et les positionner de sorte à rendre l’enceinte stable. Une fiche de mesure est fournie avec chaque enceinte, et un mode d’emploi. 

 

Carte individuelle de mesure

 

 Pas de contre pointe pas d’artifice et je n’ai pas cherché à faire plus compliqué non plus.

A l’arrière de l’enceinte se trouve une plaque métallique qui supporte toute l’électronique. Cette électronique tient sur une seule carte comme on peut le voir dans le reportage fait chez PSI audio.

On y trouve les amplis en classe G, et une série de circuits analogiques pour le contrôle de la phase des transducteurs, de l’impédance de sortie des amplis et un système de correction du grave en dessous de 300 Hz (Roll-Off) qui s’actionne par une commande rotative à l’arrière de l’enceinte.

Une entrée analogique sur fiche XLR, un potentiomètre de réglage de la sensibilité d’entrée, une fiche IEC pour le courant avec son fusible et un interrupteur finissent de garnir cette plaque.

 

 

Un peu de technique

Les techniques principales à l’œuvre au niveau électronique sont :

AOI pour Adaptative Output Impédance system, qui fait que l’impédance et la contre résistance de l’ampli sont constamment adaptées aux fréquences par une boucle de contrôle entre le transducteur et l’ampli. Cela s’applique à la fois au message délivré par l’enceinte mais également aux vibrations transmises par les autres sources sonores dans la pièce. Ainsi l’enceinte de droite ne perturbe pas celle de gauche et vice versa. Ce phénomène a déjà été pris en compte par certains fabricants de câbles comme QED qui parle de perturbations croisées au niveau de l’ampli par la force électromotrice produite par une enceinte sur sa voisine (acoustic crosstalk). La réponse impulsionnelle et la fidélité sont ainsi améliorées.

 

AOI (document PSI audio)

 

CPR pour Compensative Phase Response, qui est un système analogique de compensation des erreurs de phase liées au filtrage. Il fait usage de plusieurs filtres passe-bande et de lignes de retard analogiques. PSI audio s’intéresse aux techniques de correction numériques mais aucun produit n’en est encore doté.

L’action est particulièrement efficace entre 270Hz et 23 KHz, où la phase est contenue à +/- 45°.

Pour savoir pourquoi cette performance n’était pas établie en dessous de 200 Hz, J’ai posé la question à Christian Martin le chef électronicien de PSI audio. « La technique de mise en phase est seulement analogique et aucune technique numérique n’est à l’oeuvre ici.

Corriger la phase en dessous de 200Hz se ferait au prix d’un retard important dans le son qui poserait des problèmes de synchronisations difficiles à résoudre dans les régies audiovisuelles ou ces enceintes sont employées. » Voilà une contrainte à laquelle je n’avais jamais songé.

CPR (document PSI audio)

 

C’est le moment de se souvenir que RELEC SA la société mère de PSI audio a travaillé en partenariat avec STUDER pour développer une ligne de moniteurs de studios entre 1993 et 2004.

Un partenariat fructueux dans les deux sens qui avait permis de définir une gamme de 3 enceintes les STUDER A-1, A-3 et A-5 dont les descendantes se trouvent dans le catalogue de PSI audio sous les références A-14M, A-21M et A-25M.

Le rachat de STUDER par le groupe HARMAN a mis un terme au partenariat et à compter de 2004 RELEC SA a pu reprendre sous le nom de PSI audio la production de cette série de moniteurs qui n’a, dès lors, cessé d’être améliorée et agrandie.

 

 

C’est ainsi que PSI audio a défini une couleur spécifique pour sa production qui est une sorte de bordeaux aubergine avec des paillettes métallisées « noir de bleu » pour se différencier du gris des STUDER.

 Les PSI audio A215M que j’ai en test sont de cette couleur. Je les trouve très réussies dans cette livrée et le vernis satiné en couche de finition est plutôt résistant aux traces de doigts et aux reflets. On peut les avoir avec un léger supplément en noir.

 

L’enceinte elle même est une fine colonne de 1110mm de hauteur sur 166mm de largeur. A la base elle mesure 250 mm de profondeur. A une trentaine de centimètres du sol la face avant part en pan coupé vers l’arrière selon un angle de 10°. C’est très élégant et l’empreinte visuelle est si réduite qu’elles disparaissent quasiment dans le salon. Deux transducteurs de 15 cm sous grille métallique encadrent le tweeter de 20mm à dôme textile qui se trouve logé au fond d’une amorce de pavillon.

 

La directivité horizontale est contenue dans une zone de 60° pour les plus hautes fréquences et la directivité verticale dans un secteur de 50° environ. L’inclinaison du plan des transducteurs selon l’angle de 10° permet d’adapter selon la distance avec l’auditeur la hauteur du point d’écoute : à plus 3 mètres de distance on peut en profiter debout.

 

 

Les deux boomers de 15 cm rayonnent directement dans la caisse dont les parois sont revêtues de laine de roche, et un évent laminaire à la base de l’enceinte débouche sur la face avant.

Le filtrage est le même pour les deux boomers et l’ampli en classe G chargé de les faire fonctionner fait 120 Watts RMS, le tweeter se contente de 40 Watts.

Elles sont capable de donner 106 dB de volume sonore à 1m en continu et revendiquent un rapport signal sur bruit de -96dBA.

La bande passante est de 36 à 23000Hz (+/-6dB) en chambre anéchoïque. Si je devait faire un reproche c’est la présence en façade d’une diode verte de mise en fonction, capable de virer au rouge en cas de surchauffe des circuits ou d’écrêtage. Utile au studio mais une verrue sur une enceinte si soignée par ailleurs.

 

Mise en marche

La mise en route est très simple.

On apporte le courant et le signal sur un câble symétrique, on allume et ça marche.

Mais la mesure de réponse contenue dans une bande de +/-2dB est faite dans une chambre sourde.

Il est bien entendu que dans une pièce réverbérante le comportement de l’enceinte est bien différent. Les PSI audio A215M ne diffèrent pas des autres sur ce point. Il faut les placer dans la pièce et vu l’énergie délivrée par ces deux colonnes ce n’est pas si facile.

 

A environ 60 cm du mur arrière j’ai trouvé les basses beaucoup trop présentes et un trou dans le haut grave/bas médium. Le paramètre sur lequel on peut jouer et qui ne se retrouve pas souvent sur les enceintes passives est le Roll Off. Il s’agit d’un réglage disponible à l’arrière de l’enceinte qui diminue le niveau en dessous de 300Hz sans jouer sur le filtrage.

J’ai du jouer de cette compensation pour reculer un peu les enceintes et trouver un équilibre satisfaisant avec un meilleur poids sur le bas medium et un grave plus libre et sans effet de masque. Sans le Roll Off j’aurais été obligé d’avancer encore les enceintes vers le point d’écoute et aurait perdu tout chance d’obtenir un poids suffisant dans le bas medium. Un compromis a été trouvé en réglant le Roll Off sur -4db et un dégagement de la face arrière de l’enceinte à 54 cm du mur.

Les enceintes ont été pincées vers la zone d’écoute en estimant la zone de croisement des axes à 1 mètre derrière l’auditeur.

Ce que je décris ici paraît avoir pris 20 minutes mais il n’en est rien et si l’atténuation sous les 300Hz est de la plus grande utilité, cela offre des possibilités de placement inhabituelles à explorer. J’ai surcompensé avec cette atténuation et reculé plus que de raison les enceintes vers le mur arrière au début puis compris dans un second temps que je devais de nouveau les avancer.

En effet le gain dans le bas medium en reculant se payait par une compression dynamique et j’ai malgré tout été obligé de trouver un compromis entre dynamique et poids du bas medium.

Il est difficile de dire s’il s’agit d’une particularité de la A215M mais pour avoir pu écouter les A21M et A25M il me semble que ces deux références sont plus épanouies au niveau du bas medium. Il ne m’a pas été possible de les avoir en comparaison directe chez moi et je ne vous livre ici qu’une impression que tout acheteur potentiel devra vérifier par lui même.

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A suivre...

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