Merging Technologies NADAC (1 / 4)

      

 

 

Merging Technologies est un spécialiste du matériel d'enregistrement professionnel numérique haute résolution. Les origines de cette entreprise remontent au début des années 1990 en Suisse où Claude Cellier, ingénieur en électronique diplômé de l'Institut de Technologie de Lausanne, fonda dans la ville de Chexbres ce qui devait devenir quelques années plus tard une des références incontournables du matériel d'enregistrement audio professionnel. Claude Cellier avait préalablement travaillé chez Nagra pendant une dizaine d'année, autant dire qu'il n'était pas novice en matière de matériel d'enregistrement professionnel.

 

Merging Technologies a vite gagné une solide réputation dans le domaine de l'audio professionnel grâce à leur système d'enregistrement DSD "Pyramix Virtual Studio". Merging est aussi le fondateur avec le néerlandais Philips du format DXD (Digital Extreme Definition) qui travaille à une fréquence de 352,8 kHz sous 24 bit, afin d'offrir davantage de liberté aux professionnels dans le travail de post production en haute définition.

 

Les stations de mastering haute résolution SACD et multicanal ont été depuis une quinzaine d'années le cœur de métier de la firme helvète. Le marché de niche de la production de musique au format DSD implique en effet l'utilisation de stations de travail coûteuses mises au point par Sony à l'instar de sa station Sonoma dès qu'il s'avère utile de faire des traitements de post production sans repasser via une conversion PCM.

Merging Technologies, via sa station Pyramix, est un des rares acteurs, avec Sadie, à proposer une solution alternative à Sonoma pour l'édition de fichiers DSD. Pyramix est aujourd'hui, suite au désengagement par Sony, le principal acteur de la filière DSD avec l'outil de travail le plus complet sur DSD 64, avec possibilité de travailler également en double ou quadruple fréquences (DSD 128 et 256).

C'est ainsi que le virage peu surprenant du spécialiste du DSD vers l'audio domestique haut de gamme se négocie : offrir une machine polyvalente mais très nettement orientée vers la haute résolution, à savoir les fichiers DSD et DXD.

 

 

 

Le catalogue des enregistrements DSD continue de progresser et ce choix d'un matériel tourné vers la très haute résolution n'est à mon avis plus vraiment le fruit d'une décision saugrenue ou par trop radicale. Elle reste certes l'expression d'une minorité d'audiophiles et les quelques adeptes du DSD, auxquels je m'associe, suivent le filon comme on entre un peu en religion. Il faut en effet avoir fait l'expérience du DSD en mode natif, ou bitstream, pour prendre conscience de ce côté très analogique et naturel que peut offrir ce type de format. Il faut avoir pris la peine de comparer des morceaux tirés de la même bande analogique et disponibles en DSD 64, 128 et 256 pour se convaincre de l'intérêt de manipuler d'aussi grosses tailles de fichiers.

 

Bien évidemment, ce ne sont pas les convertisseurs DSD qui manquent sur le marché de la haute fidélité aujourd'hui. Encore faut-il trier ceux qui se contentent d'un sous-échantillonnage vers PCM et ceux qui convertissent un vrai flux DSD natif.

Mais revenons plus spécifiquement aux origines du matériel objet de cet article afin de mieux comprendre en quoi il se distingue du reste de la production de convertisseurs haut de gamme...

 

Merging Technologies a travaillé depuis quelques années sur les interfaces audio réseau et les potentiels bénéfices relatifs à la gestion du flux audio via un protocole Ethernet IP. Les premières interfaces mises au point par Merging ont été Horus et Hapi, à destination des professionnels du son. Elles ont permis de limiter en outre le nombre de câbles utilisés dans les travaux de production et post production audio grâce à la capacité des câbles réseau à faire transiter un gros volume de données rapidement. Cette question des taux de transfert a pris d'autant plus d'importance que certains studios ont pris l'habitude de travailler en multicanal sur des formats DSD 256 ou DXD. Hapi, à l'instar du Nadac, communique sous Ravenna AES67, protocole réseau spécifique permettant de gérer jusqu'à 48 canaux en DSD 256, tout en assurant une très faible latence ainsi que des taux de jitter (gigue) très bas.

 

 

Est-ce que pour autant les besoins domestiques nécessitent ce type d'interface aujourd'hui ? C'est une question à laquelle il est difficile de répondre. Mais l'USB semble quand même limité et il faut avoir essayé de manipuler quelques fichiers en DXD multicanal pour se rendre compte concrètement des problèmes de taux de transfert qu'on peut rencontrer, même avec un buffer suffisamment dimensionné, à l'entrée du convertisseur. Rappelons que ces formats très haute résolution pèsent lourd, ou occupent plus exactement beaucoup d'espace disque. A titre d'exemple, un minute de DXD stéréo demande plus de 100 MégaBytes d'espace disque. Une minute de DSD 256 en stéréo occupe à minima 90 MégaBytes... Les chiffres s'envolent lorsqu'on passe en multicanal.

 

Le système de transfert Ravenna utilisé par Merging Technologies permet au convertisseur de piloter directement le cadencement du flux audio de l'ordinateur transmis au buffer en entrée du DAC qui est par la suite resynchronisé par l'horloge interne.

La question de l'utilité d'un tel dispositif dans le cadre d'une utilisation domestique va nécessairement se poser car qui lit aujourd'hui du DXD multicanal ou du DSD 256 à part quelques irréductibles qui doivent se compter dans l'hexagone sur les doigts des deux mains ?

Ravenna revêt également une forte connotation professionnelle en répondant à des contraintes très spécifiques, à savoir le multicanal, le nombre d'appareils à synchroniser, la taille des fichiers exploitables, la longueur des liaisons filaires.

 

Toutes ces contraintes sont bien moins importantes dans le cadre d'une utilisation domestique. Concernant les limitations de l'USB pour l'audio domestique, le débat est encore ouvert. Le développement des pilotes ASIO pour l'USB 2.0, l'arrivée de l'USB 3, la généralisation du standard DSD sur PCM (DoP) font que l'USB, en dépit de ses problèmes connus, reste une voie de développement encore prisée pour l'audio haute résolution. L'Ethernet gigabit apparaît ainsi encore comme une stratégie de transfert de flux numérique audio assez marginale et la norme AES67 de l'Audio Engineering Society ainsi que le protocole TCP/IP Ravenna paraissent assez loin des préoccupations de l'audiophile moyen.

 

Alors, est-ce que la maxime "qui peut le plus peut le moins" présente un réel intérêt pour la hifi domestique ? Toute la question réside là. Merging ne serait pas la premier constructeur de matériel professionnel à vouloir élargir sa clientèle en s'appuyant sur une stratégie de communication axée sur ses aptitudes à satisfaire un public réputé plus exigeant, c'est à dire les ingénieurs du son et autres professionnels de l'industrie du disque...

A la une...

A suivre...

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© AUDIOPHILE MAGAZINE