LUMIN S1 (1/4)

      

      

 

Un peu plus d’un an après notre premier test du lecteur réseau Lumïn, j’ai eu l’occasion de tester pendant plusieurs mois le nouveau porte étendard du constructeur chinois Pixel Magic, le « Lumïn S1 ».

Ce nouveau streamer fait dorénavant partie d’une famille élargie d’électroniques : le lecteur original est désormais baptisé « Lumïn A1 », s’intercalant entre le très haut de gamme S1 et deux modèles plus accessibles financièrement parlant, à savoir les Lumïn T1 et D1. Ces 4 lecteurs réseau utilisent le même protocole UPnP, disposent de la fonction « gapless » (lecture des pistes en continu sans blanc de séparation), lisent l’ensemble des formats de fichiers PCM jusqu’à une résolution maximale de 32 bit / 384 kHz, et décodent également le DSD 2,8 MHz. Le nouveau S1 est le seul par ailleurs à étendre ses capacités de décodage jusqu’aux fichiers DSD 5,6 MHz.

Les frérots Lumïn ont un ADN commun caractérisé par des entrées numériques de type Ethernet et USB, deux sorties analogiques stéréo de type symétrique et asymétrique, ainsi qu’une sortie digitale de type BNC S/PDIF. Tous les lecteurs de la gamme utilisent la même plateforme applicative iPad, qui fait par ailleurs également le bonheur d’une grande majorité d’utilisateurs de lecteurs Linn heureux de trouver enfin une application compatible digne de ce nom…

A ce titre, le staff du constructeur écossais a remercié ironiquement dans un salon hifi les ingénieurs de Pixel Magic de s’inspirer si fortement de leurs produits. Ces derniers ont rétorqué qu’ils les remerciaient en retour d’utiliser, et de rendre par cette occasion si populaire, leur application propriétaire…fin de la parenthèse.

 

Le streamer Lumïn original, premier lecteur réseau DSD lancé sur le marché, a donc été rebaptisé Lumïn A1 et est, ainsi que tous les autres modèles apparus depuis lors, disponible en finition aluminium anodisé noire ou « silver ». Alors que le S1 marque le sommet de la gamme des lecteurs réseau chez Pixel Magic, grâce à un circuit plus ambitieux embarqué dans le même boitier, les modèles T1 et D1 sont censés démocratiser la technologie Lumïn en proposant des prix plus accessibles que les A1 et S1. Pour dresser un rapide panorama de cette nouvelle offre Lumïn, le modèle T1 dispose exactement du même circuit que la version A1, basé sur les deux puces Wolfson WM8741, mais monté dans un coffret plus économique. Le D1 représente quant à lui le premier ticket d’entrée dans le monde Lumïn, et offre une architecture basée sur un seul circuit imprimé, abrité dans un chassis faisant à peu prés la moitié de la taille de celui du T1. Cette version simplifiée abandonne la sortie HDMI (qui aujourd’hui ne représente d’ailleurs que peu d’intérêt) et est alimentée par un module d’alimentation externe également moins sophistiqué que celui des versions supérieures.

 

 

Lumïn T1

 

En l’espace de deux ans, Pixel Magic a su s’imposer comme un des acteurs incontournables de la lecture réseau DSD. Cet engouement quelque peu controversé pour un format de fichier haute résolution, qui était donné pour mort il y a encore peu de temps, a finalement convaincu certains spécialistes de la lecture numérique attachés au format PCM de s’adapter au DSD. Je citerais entre autres Ayon, Chord et Totaldac.

Quels peuvent bien donc être les bénéfices du format DSD pour susciter un tel regain d’intérêt ?

Je serais tenté de répondre que ce format de fichier procure généralement davantage de fluidité et de naturel, ainsi que davantage de micro-informations.

Certain détracteurs chez Linn opposeront à cela que le bénéfice est finalement loin d’être évident et que la grande majorité des albums DSD disponibles aujourd’hui proviennent simplement d’un traitement de sur-échantillonnage appliqué à un fichier PCM. Cela est vrai pour partie, et il y a très peu de société de production qui peuvent s’enorgueillir de travailler sur une chaîne 100% DSD. Channel Classics et Opus 3 en font partie. La formule « 100% DSD » ne veut d’ailleurs pas dire grand-chose, ou du moins ne devrait pas passer pour une sorte de suprématie technologique. Il s’agit en effet tout simplement de ne faire aucun traitement numérique post enregistrement analogique en convertissant directement en DSD le résultat tel qu’il sort de la bande analogique master. C’est en quelque sorte une façon de revenir au bon vieux temps de l’analogique tout en profitant des avantages de la très haute résolution numérique. Rien de particulièrement compliqué au final, si ce n'est reprendre les réglages à l'ancienne à la prise de son…

 

Mais mon intention n’est pas de traiter dans cet article des aspects techniques qui confirmeraient ou infirmeraient la supériorité des fichiers DSD par rapport au PCM. Je pourrais en noircir des pages et vous, lecteurs, ne seriez guère plus avancés à propos de l’intérêt que peut représenter le dernier streamer Lumïn…

Si je devais résumer en quelques mots ce que j’ai pu expérimenter sur mon système personnel depuis plus d’un an en acquérant une grosse collection de fichiers DSD, et en sur-échantillonnant mes fichiers PCM en DSD (grâce à l’utilisation du Lumïn A1), cela pourrait se traduire tout simplement par « un plaisir d’écoute encore plus grand ».

 

Depuis un an, le Lumïn A1 s’est forgé une réputation de tueur de lecteur Linn. Le stoïcisme de la firme écossaise envers Lumïn et les autres nouveaux challengers de la lecture dématérialisée, comme Ayon, Auralic ou Aurender, m’a d'ailleurs vraiment étonné. En effet, l’offre de serveurs et lecteurs réseau s’est rapidement élargie au point de devenir un segment ultra-compétitif du marché de la haute fidélité, et sans que les pionniers révisent pour autant leur stratégie. Dans ce segment en ébullition, Pixel Magic avec son S1 entend bien ériger un nouveau benchmark de la lecture de fichiers haute résolution.

 

Le talon d’Achille des lecteurs réseau Lumïn est néanmoins l’obligation de naviguer via un Apple iPad. Jusqu’à présent, le développement d’une application Android a été retardé et l’équipe des techniciens Lumïn m’a laissé entendre durant le dernier salon munichois qu’elle sortirait finalement d’ici la fin de l’année.

Ceci étant dit, l’application iPad du Lumïn, qui fonctionne sur le même protocole que Kinsky, a été adoptée par un très large nombre d’utilisateurs Linn, soulagés de pouvoir enfin utiliser une application plus moderne et conviviale que l’austère (mais néanmoins robuste) application propriétaire de la maison écossaise. Depuis le premier banc d’essai du Lumïn A1 publié chez Audiophile Magazine, le streamer de Hong Kong a reçu de nombreuses récompenses de la part des revues spécialisées et je dois reconnaître que mon enthousiasme à l’égard de cet appareil n’a pas faibli. La chose la plus impressionnante du haut de cette année d’utilisation quasi quotidienne du Lumïn A1 est sans doute la fréquence des mises à jour de l’application iPad et du firmware du lecteur lui-même. Cela pourrait être interprété comme une preuve d’amateurisme de la part d’un fabricant corrigeant au fil du temps les dysfonctionnements recensés de son appareil. Mais il ne s’agit nullement de cela. En effet, l’équipe de développeurs de Pixel Magic est en veille permanente et continue d’améliorer et d’accroître les fonctionnalités de son appareil. Je n’avais jusqu’à présent jamais rencontré un tel niveau de service après-vente chez un manufacturier du domaine de l’audio, et cela vaut non pas seulement d’être mentionné mais d’être cité en exemple. Chapeau bas Messieurs les techniciens !

 

 

 

 

Revenant au sujet principal de cet article, la question que chacun est en droit de se poser serait sans doute « que peut-on espérer alors d’une version améliorée du Lumïn original ? »

 

Je pense que bon nombre d’utilisateurs, dont je fais partie, auront pu apprécier l’apport du DSD par rapport au PCM. C’est bien évidemment une conséquence du format lui-même qui se veut plus qualitatif mais je crois aussi que le rôle des convertisseurs Wolfson n’y est pas non plus étranger. Cette puce délivre un naturel et une fluidité assez stupéfiante lorsqu’on l’utilise en lecture directe DSD. Les résultats obtenus avec du PCM sont également bons mais marquent néanmoins le pas par rapport au DSD, ce en comparaison de ce que font les meilleurs appareils que j’ai pu écouter jusqu’à présent, à savoir Ayon S5 ou l'ensemble Totaldac Dual Dac + Serveur. Ces appareils ne boxent cependant pas tout à fait dans la même catégorie et il me semble difficile d’établir aujourd’hui une hiérarchie qui tienne compte à la fois de la performance intrinsèque de l’appareil et de son prix. Ces compétiteurs permettent de mettre en évidence en tout état de cause qu’il existe une marge de progression pour le Lumïn A1, et donc une réponse à la question précédemment posée…

 

 

 

 

Un autre aspect intéressant du nouveau Lumïn S1 est sa capacité à gérer de double DSD ou DSD 128. Pour les non initiés, le DSD 128 est un fichier 1 bit 5,6 MHz, c'est-à-dire 128 fois le taux d’échantillonnage d’un CD audio standard de 44,1 kHz. L’intérêt de doubler la fréquence d’échantillonnage du DSD réside dans l’atténuation du niveau de bruit dans les hautes fréquences. Car en effet, le format DSD quantifié sur 1 bit unique est réputé être potentiellement bruité et en augmentant la plage de fréquence on peut repousser plus efficacement le bruit résiduel dans les très hautes fréquences ultrasoniques (inaudibles à l’oreille humaine) via les techniques de Noise Shaping. Rappelons par ailleurs que le bénéfice de ce formatage audio est d’autoriser une bande passante allant jusqu’à 80 kHz voire 100 kHz et une dynamique de 120 dB, bien supérieure à celle recommandée par le théorème d’échantillonnage de Nyquist-Shannon. Ce procédé n'ayant pas besoin de filtres décimateur et d'interpolation, il assure une haute fidélité de reproduction du signal original ainsi qu'une bonne cohérence de la phase…

 

Pour donner un éclairage plus quantitatif sur le doublement de la résolution d’un fichier DSD, on peut considérer que le DSD 64 repousse le bruit de quantification vers un seuil voisin de 35 kHz, tandis que le DSD 128 permet de renvoyer toute la pollution HF au-delà des 60 kHz, ce qui devrait théoriquement améliorer la qualité sonore de votre chaîne stéréo ou multicanale.

Bien que le nombre de fichiers disponibles aujourd’hui en DSD 128 relève de l’anecdotique, j’ai eu l’opportunité de comparer un même enregistrement en DSD 64 et DSD 128 grâce aux téléchargements disponibles sur le site marchand d’Opus 3 (http://shop.dsdfile.com/). A l’instar de l’éditeur Channel Classics, Opus 3 évite tout travail de post production ou remastering qui obligerait à ré-encoder le fichier audio en PCM à un moment donné et rajouter du bruit par la même occasion. Cette maison propose ainsi sur un catalogue ultra-limité des enregistrements dans les deux formats DSD 64 et DSD 128. A ce niveau de sophistication, certains se poseront la question de la pertinence de manipuler de tels niveaux de résolution compte tenu des capacités de nos équipements hifi actuels… En d’autres mots : est-ce que les limites théoriques de nos équipements audio ne sont pas dores et déjà dépassées ou proches de l’être ? Je donnerai des éléments de réponse plus détaillés un peu plus loin dans cet article.

 

 

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