DAC Ayon Stratos (1/5)

Vous avez dit "musique dématérialisée"?

Ce que nous appelons "Musique Dématérialisée", les Anglo-Saxons, plus pragmatiques, mais peut-être moins poétiques, l'ont baptisé "Computer Audio.

 

Pourtant, pour remplacer un support physique, le CD, qui disparaitra (peut-être) un jour, jamais autant de "matériel" n'a été nécessaire.

En plus du traditionnel amplificateur et des enceintes, il faut un ordinateur pour ripper ses CD, une connexion internet pour faire ses achats, une PS3 pour ripper ses SACD, un DAC ou un lecteur réseau, ou bien un drive réseau et un DAC, un ordinateur (silencieux si possible), ou alors un NAS, un logiciel pour décoder les pistes ou un serveur UPNP, un logiciel pour organiser sa discothèque, un autre ou le même pour étiqueter ses albums avec des tags, un câble USB pour une connexion directe ordinateur-DAC, une éventuelle interface USB/SPDIF avec alors un câble SPDIF supplémentaire, des câbles ethernet et des switchs pour les lecteurs réseau, des disques durs pour stocker ses albums et d'autres pour les sauvegarder, une tablette pour piloter tout ça.

 

 Sans oublier une boite d'aspirine: pour "dématérialiser", on aurait pu rêver plus simple.

Devant ce foisonnement de technologies et de matériels, une bonne partie des audiophiles hésite, et comme on les comprend!!, à franchir le pas de la dématérialisation.

Est-ce vraiment le moment de se débarrasser de sa platine CD ou SACD, et des petites galettes qui les nourissent? galettes que, certes, on a souvent du mal à retrouver dans les nombreux meubles où on les range et où tout classement pérenne est voué à l'échec quand la discothèque prend de l'ampleur.

 

Une certaine prudence est sans doute de mise, par exemple, en se faisant la main et l'oreille à partir du DAC accessible d'une platine CD alimenté par un ordinateur.

A titre personnel, les tests effectués sur ce ce genre de configuration durant les deux dernières années ont souvent donné des résultats aléatoires ou peu compréhensibles: des sensibilités exacerbées au câble USB par exemple, ou des écarts importants suivant les logiciels de décodage employés, et des résultats un peu trop éloignés de ce que l'on obtient avec la platine CD elle-même.

 

Dans ces conditions, l'acquisition d'un DAC ne me semblait guère opportune.

Dépendre à la fois de la firme de Richmond, ou de celle de Cuppertino, et d'un câble USB dont les protocoles ne semblaient ni réellement établis ni efficaces, n'était guère engageant.

Le maillon manquant

La clé de la dématérialisation semble tourner autour d'une question finalement assez simple en apparence:

 

Les DAC fonctionnant très bien depuis de nombreuses années "dans" les platines CD, comment, avec quelles technologies et avec quels matériels les nourrir à partir de fichiers Flac, Alac, AIF ou DSF?

Autrement dit, quel est le maillon qui fait coopérer l'ordinateur et le DAC, qui transmet le flux audio décodé sur l'ordinateur vers le DAC?

D'un côté des PC ou des Mac, avec des interfaces USB, Firewire, Ethernet, certaines cartes son avec des sorties SPDIF ou AES/EBU, de l'autre des DAC avec des entrées SPDIF ou AES/EBU.

 

Sans entrer dans les détails des raisons plus ou moins bonnes et avouables qui y ont conduit, c'est l'USB qui est devenu l'interface "au goût du jour" et sur laquelle bon nombre de liaisons Ordinateur-DAC se sont construites.

 

Dans le protocole USB Audio Class 1, c'est l'horloge de l'ordinateur, pas vraiment "cohérente" avec une montée en gamme des DAC, qui pilote le flux audio vers le DAC.

 

Avec le terme "USB 2", il règne encore une certaine confusion. les ports USB 2 permettent un débit plus important que USB 1, ce qui permet de dépasser la limite de 24/96 de l'USB 1, mais cela ne signifie pas que le protocole audio employé soit différent ou meilleur...

 

Il est alors apparu des DAC et interfaces USB/SPDIF asynchrones basés sur de l'USB 2 en terme de débit, mais chacun y allant de son protocole propriétaire pour faire passer du flux audio dans le tuyau USB.

Cela a constitué dans de nombreux cas (mais pas toujours) un progrès par rapport au protocole USB Audio Class 1. Mais comme personne n'a su et ne saura jamais ce qu'il y a dans ces protocoles propriétaires... Toujours est-il que c'est avec ce genre d'USB 2 asynchrone propriétaire que j'ai connu les déceptions et incompréhensions mentionnées plus haut.

 

Le 31 mai 2006 était pourtant sortie une norme de protocole USB Audio Class 2, disponible sur le site du consortium USB. La norme est distribuée sous forme de 3 documents pour un total de 187 pages. Mais comme toujours, ce n'est pas parce qu'une norme sort qu'elle est adoptée, les fabricants qui ont investi dans des développements propriétaires souhaitent en général amortir leurs investissements avant d'en faire d'autres.

 

Le premier avantage de USB Audio Class 2, c'est simplement d'être une norme! Cela permet aux acteurs technologiques de maitriser leur développement et aux acheteurs de savoir où ils mettent leur argent.

USB Audio Class 2 est disponible de manière native sur le système OSX de Apple (et aussi Linux) sans pilotes supplémentaires depuis mi 2010. Pour Windows, 7 ans après la sortie de la norme, ce n'est toujours pas le cas.

Le second avantage est technologique, et sans aucun doute, audiophile: c'est une horloge côté DAC qui pilote la transmission du flux audio de l'ordinateur, et le remplissage/vidage d'une mémoire tampon contenant ce flux audio au plus près du DAC.

Cela peut se résumer brutalement, certes un peu absuivement, en disant qu'en USB Audio Class 2, le DAC prend le controle de l'ordinateur.

Pour le reste des avantages (et limitations), cela figure dans les 187 pages de la norme.

 

Des concepteurs de puces (comme XMOS qui a fourni l'interface USB à Ayon pour le DAC Stratos), fabriquent des composants sur étagère, interfaçant en I2S une puce de réception USB Audio Class 2 vers les cartes DAC.

 

7 ans après la sortie de cette norme, il n'y a finalement pas encore eu d'adoption "massive" de ce standard. On peut citer naturellement Ayon avec ses deux nouveaux DAC Stratos et Stealth, mais aussi TotalDAC ou Antelope. Mais d'autres préfèrent continuer à utiliser leurs protocoles propriétaires comme Esoteric, DCS ou Audio Research. Seules des écoutes permettront naturellement de faire la part des choses.

Ne plus laisser l'ordinateur faire de l'audio?

Il semble à certains, dont j'avoue faire partie, que l'ordinateur n'est peut-être pas l'appareil "idéal" pour être intégré à un système HiFi Haut de Gamme.

L'ordinateur dispose d'une alimentation très sommaire, sa connectique n'est pas d'une qualité de fabrication exemplaire, et son système d'exploitation doit gérer carte graphique, clavier, écran, etc; dans une myriade de processus.

 

Si "tout ce que fait l'ordinateur non conçu pour ça" était fait au plus prêt du DAC, DANS un matériel HiFi et dans des puces dédiées et non pas un système d'exploitation généralsite, les choses pourraient/devraient être a priori meilleures et plus simples. Vue peut-être simpliste.

Certes, il faut alors que des ingénieurs audio et des ingénieurs informaticiens travaillent main dans la main (ce qui est sans aucun doute un défi en soi), mais Linn, dans le Haut de Gamme, avec ses streamers (lecteurs réseau), ou Sonos avec des produits plus modestes mais très robustes,  avaient montré une voie qui me semblait pouvoir être la bonne.

Depuis un peu plus d'une année, on voit arriver des lecteurs réseau dans le catalogue de nombreux fabricants, tous segments confondus, du Grand public au Très Haut de Gamme. Par exemple (liste naturellement non exhaustive): Atoll, Audio Research, Ayon, Cambridge, Denon, Marrantz, NAD, Naim, Pioneer, Rotel, Simple Audio, Yamaha.

Mais parmi les grands noms des DAC, certains n'en proposent toujours pas, DCS ou Esoteric par exemple.

 

Un début de mouvement vers cette architecture intégrée semblait donc commencer à se dessiner. Dans cette architecture, l'ordinateur n'a plus aucune fonction audio, il se borne à envoyer des fichiers à l'appareil: décodage, transport vers le DAC et DAC sont intégrés dans le lecteur réseau, dont l'architecture reprend finalement celle d'une bonne vieille platine CD.

 

J'ai suivi ce mouvement en franchissant le pas de la dématérialisation avec l'acquisition fin 2012 d'un lecteur réseau Ayon S5, puis d'un lecteur réseau Lumin, capable lui de traiter le DSD. Les deux me donnant entière satisfaction bien au delà de toutes mes anciennes platines CD et SACD. Le banc d'essai sur 6 moons du Ayon S5 indique "meilleure source PCM jamais entendue" et celui du Lumin sur Audiophile Magazine est du même acabit en ce qui concerne le DSD.

 

L'apparition rapprochée de ces deux produits me semblait sonner le tocsin à plus ou moins longue échéance (sans doute longue) pour le CD et SACD déjà moribond: deux lecteurs réseau Haut de Gamme étaient au moins aussi bons, voire meilleurs que les meilleures platines CD et SACD. La déclinaison dans les gammes des constructeurs devaient pouvoir s'enclencher.

Ayon à contre-pied

C'est alors qu'Ayon décide de nous prendre à contre-pied. Après après avoir conçu et produit un lecteur réseau époustouflant, Ayon met à son catalogue deux nouveaux DAC, baptisés Stealth et Stratos. La messe entre Computer Audio et Lecteurs réseau ne serait donc pas dite?

 

Ces nouveaux DAC acceptent le DSD. C'est un second contre-pied, quand on sait que Gerhard Hirt, patron de Ayon et fervent supporter du DSD à sa création, exprime des doutes sur la pérénité commerciale de ce format, de trop nombreux studios se bornant à convertir leurs prises de son PCM en DSD, ce qui n'a guère d'intérêt.

 

Quand Gerhard Hirt a proposé le DAC Stratos à Audiophile Magazine pour un Banc d'Essai, c'est avec beaucoup d'impatience et de curiosité que j'en ai attendu la livraison: allais-je devoir revoir ma position sur le Computer Audio? Est-il possible d'atteindre le niveau de resitution de l'un des meilleurs lecteurs réseau existant avec une architecture Computer Audio, l'ordinateur reprenant du service pour le décodage des pistes?

 

Ce Banc d'Essai suivra alors les trois fils rouges suivants:

  • Comment se situe le Stratos en PCM et DSD sur USB?
  • L'USB 2 Audio règle-t-il les problèmes habituellement rencontrés en USB et le Computer Audio a-t-il notablement progressé? 
  • Comment se situe en PCM le DAC Amiral Stratos par rapport au Lecteur Réseau Amiral S5 de Ayon?

A la une...

A suivre...

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