Esprit Manta II

      

 

C'est quasiment une auto-flagellation que de se lancer dans l'écriture d'un bref article concernant un accessoire dont les principes de fonctionnement et la conception semblent relever davantage de la supercherie que d'une réalisation novatrice.

Le nombre de Zorros de la toile internet, spécialistes de la chasse aux sorcières de la hifi, dissuade d'ailleurs presque du passage à l'acte. Enfin du moins ceux qui savent par avance qu'on ne pourra pas démontrer ce qui est indémontrable, et que leurs impressions d'écoutes, pourtant sincères, seront inexorablement sacrifiées sur l'autel de la psycho-acoustique...

 

Je me suis pourtant rendu compte que parmi certains professionnels (j'entends par ce terme ceux qui travaillent dans le milieu du commerce d'appareils d'audio haut de gamme), se cachaient finalement un groupe de "Bernardos" qui, malgré leur très grande discrétion, utilisaient ce boitier Manta à titre personnel. Cela m'a motivé finalement à prendre le risque d'écrire sur ce sujet. "Prendre le risque" est d'ailleurs une expression mal choisie puisqu'il ne fait aucun doute sur l'issue de cet article et le déchainement des petits ayatollahs des forums audio de France et de Navarre...

 

C'est tellement facile de tourner en dérision une initiative, qu'elle provienne d'un constructeur ou d'un chroniqueur, qu'il ne faut pas se gêner et les habituels railleurs ne se gêneront pas. J'assume.

 

Certains esprits retords affirmeront aussi qu'une démarche journalistique, sur un sujet à dominante technique, devrait être centrée sur une compréhension et analyse critique des principes de fonctionnement. Et ils auront raison sur le fond, car c'est vraiment l'essence même de la démarche journalistique, cette recherche d'une vérité objective malheureusement souvent éloignée de ce qu'on constate dans ce petit microcosme de la hifi...

Mais cette tâche est-elle vraiment accessible lorsqu'elle touche à des domaines encore non complètement balisés ? Constater ce que nous ne pouvons pas expliquer est-il pour autant une démarche qu'on puisse assimiler à un acte ésotérique ? On peut s'interroger sur le sens qu'on veut bien donner au mot "ésotérisme". Car dans le langage commun, ce mot désigne l'ensemble des enseignements secrets réservés à des initiés... on est quand même ici bien loin du compte mais mon intention n'est pas non plus de faire un cours de linguistique.

 

 

 

Une question me taraude également : ceux qui découpent un boitier Manta pour constater qu'il ne contient rien ou presque rien se sont-ils donné la peine de faire des tests auprès d'un échantillon significatif d'auditeurs pour valider ou invalider les résultats attendus de ce type d'accessoire ? Je ne crois pas qu'ils soient allés aussi loin car leur ambition n'est a priori pas l'expérimentation scientifique mais plutôt le dénigrement d'un objet vendu sans doute trop cher au seul regard de son coût de fabrication et de sa conception... On s'étonne d'ailleurs qu'ils déclarent fièrement n'avoir pu mesurer aucune activité électrique alors qu'il n'existe aucun dispositif accessible pour le commun des mortels capable de mesurer un champs électrique continu... Un électromètre ou un voltmètre ne serviraient strictement à rien puisqu'ils sont censés mesurer non pas un champ électrique mais une différence de potentiel électrique...

 

On a d'ailleurs caricaturé cette opposition entre les Zorros et les Bernardos en les désignant respectivement par les qualificatifs d'objectivistes et subjectivistes. Ces termes mettent en lumière déjà le biais imposé par les petits ayatollahs, puisque l'objectivité est déjà toute acquise aux détracteurs. Bref, je ne vais pas épiloguer plus longtemps sur ce sujet très controversé des objectivistes et subjectivistes dans le domaine de l'audio.

J'ai juste accepté que son concepteur, Richard Cesari, vienne m'apporter un boitier Manta de nouvelle génération (c'est-à-dire sans le fameux interrupteur qui ne servait à rien sauf à témoigner en l'actionnant du bon raccordement de l'objet au secteur...) pour le tester au sein de mon système.  

 

 

 

Je n'ai bien sûr pas d'intérêt financier dans la société Esprit, pas non plus d'intérêt personnel à favoriser monsieur Cesari, et je pense également avoir été déniaisé depuis fort longtemps sur les produits miracles et la surenchère touchant au marché des accessoires. Je ne nourris pas non plus de rancœur particulière envers les ayatollah des forums internet et autres zélateurs pris en exemple dans ce long préambule.

Je ne m'interroge non plus pas particulièrement sur les tours que mon cerveau pourraient jouer à mes oreilles ni sur le déclin progressif et inéluctable de mon acuité auditive. Je pense avoir une oreille assez exercée, et le seul fait d'avoir vu défiler chez moi bon nombre d'appareils fait que je ne suis pas en quête du produit miracle qui me mènera à un prétendu Nirvana sonore. Si d'ailleurs mon cerveau devait me jouer des tours, cela serait davantage au détriment du boitier Manta qu'en sa faveur, compte tenu de la publicité négative qui a été faite à ce propos. Mais comme je n'y accorde pas beaucoup de crédit, disons que j'étais dans une prédisposition assez neutre (en tout cas sans bienveillance ou méfiance excessive) vis-à-vis du produit présenté par Richard Cesari.

 

Le nouveau boitier Manta est plus discret et plus compact que la première génération. Ce n'est pas plus mal car ce n'est pas forcément l'accessoire qu'on souhaite exhiber au sein de son système, compte tenu du contexte particulièrement sulfureux.

J'ai demandé à Richard Cesari l'endroit où je devais brancher le boitier et celui-ci ma répondu que cela n'avait pas beaucoup d'importance du moment qu'il était dans la salle d'écoute. Cela m'a laissé un peu perplexe et je l'ai branché sur une multiprise qui sert à alimenter mon répartiteur réseau informatique ainsi que mes convertisseurs Ethernet - Fibre Optique placés en amont de mon lecteur réseau.

 

 

 

 

A peine branché et ayant pu écouter longuement ma playlist sans cet accessoire juste avant, l'impact de ce dispositif a été immédiatement perceptible. Dire que ça transfigure l'écoute, que ça lève un voile, ou permet de redécouvrir sa collection musicale serait une totale exagération. Il n'y a clairement pas d'effet extraordinaire ou de tour de passe-passe. Mais néanmoins, certains bienfaits se font sentir de façon suffisamment nette, plus spécialement la propreté des hautes fréquences qui semblent moins brillantes, moins dures à l'oreille et mieux timbrées.

 

En fait, ce boitier Manta semble se comporter à l'instar d'un filtre secteur qui permettrait de filtrer le bruit HF. C'est pourtant d'autant plus surprenant que la barrette sur laquelle était branché le boitier Manta n'est pas reliée au même tableau électrique que les autres maillons de ma chaîne hifi, qui sont eux reliés à un tableau secondaire spécifique.

Et ce n'est pas a priori ce qu'avance le concepteur afin de décrire son mode de fonctionnement, car le but recherché serait en fait de réduire l'influence néfaste des champs électriques alternatifs générés par l'ensemble des maillons composant la chaîne hifi. Le boitier Manta est supposé envoyer un champ électrique continu afin de stabiliser cet environnement électriquement perturbé par le 50 Hz secteur, le wifi, ou bien encore les téléphones mobiles...

 

Le bloc de résine dans lequel est inséré le dispositif se comporte exactement comme se comporte l'isolant dans un condensateur. Richard Cesari décrit d'ailleurs son boitier Manta comme un condensateur asymétrique. A l'instar d'un simple condensateur, le Manta est constitué de deux plaques (les conducteurs) séparés par un isolant (la résine) et par une troisième plaque (faisant fonction d'antenne). Le principe de fonctionnement serait basé sur le champ électrique continu appliqué à un diélectrique générant une polarisation (via un champ électromagnétique). Bref, c'est sans doute le condensateur le plus cher de l'industrie électronique, mais c'est le seul qui soit également autonome...

 

 

 

 

Encore une fois pas de coup de théâtre, ni de coup de baguette magique. L'effet de ce boitier est néanmoins appréciable et l'écoute en devient plus agréable. Je ne vais pas m'étendre sur la description précise de l'effet de cet accessoire sur des morceaux choisis. Je pense que cela n'amènerait rien de plus et pourrait même contribuer à exagérer l'efficacité réelle de cet objet...

Il est néanmoins facilement discernable par une oreille exercée et également par des auditeurs moins entrainés. Cette tendance à ajouter un peu de fluidité et d'atténuer la dureté des aigus s'est confirmée chaque fois que j'ai enlevé l'accessoire de ma salle d'écoute et que je l'ai remis en place. Est-ce que cela vaut pour autant 450 euros ? Tout est question de référentiel et du niveau de son installation. J'aurais tendance à dire que pour le prix, bon nombre de câbles de modulation n'apportent pas ce côté apaisé de la restitution musicale et donnent des résultats plus aléatoires en fonction des appareils qui leur sont raccordés.

 

Le boitier Manta reste cependant ni plus ni moins qu'un accessoire. A ce titre, si les 450 euros demandés vous semblent une dépense conséquente ou une part non négligeable du coût de votre installation, alors c'est qu'il y a sans doute moyen de dépenser cette somme plus judicieusement. Il n' y a aucune forme d'ésotérisme ici, et le Manta II ne transforme pas le plomb en or, ni une chaîne perfectible en système audio d'exception. On reste dans le domaine du peaufinage d'une installation qui fonctionne déjà bien et qui pourrait gagner encore un peu de fluidité et de naturel.

 

Tout est question de référentiel et de point de vue. Si on se place du côté du coût de fabrication, c'est certain que couler de la résine dans un boitier ne coûte pas très cher. C'est aussi certain que lorsqu'on vend ce type d'accessoire dans un réseau de distribution spécialisée, il faut laisser quelque chose au distributeur et au revendeur. C'est là que les coûts s'envolent car le chiffre d'affaires global pour ce type de produit est ridicule au regard des coûts de commercialisation. Alors, oui, il y aura toujours de candidats à la raillerie pour mettre en perspective les faibles coûts de production et le prix demandé. C'est à la fois un fait et une réflexion stérile. Je préfère pour ma part m'en tenir à son apport dans un système donné par rapport à tout autre équipement de même niveau de prix. Cela nous ramène à ma considération sur les câbles de modulation et sur le coût global du système dans lequel il est susceptible de s'insérer.

 

Car 450 euros restent une somme, et le meilleur moyen de les économiser est encore de ne pas essayer ce boîtier ! Etes vous prêt à lâcher cette somme pour un accessoire ? C'est au final la question qu'il convient de se poser. Si la réponse est oui, alors je vous dirais juste que j'ai déjà vu passer bon nombre de produits à prix similaire ou supérieur pour lesquels mes esgourdes n'ont strictement rien détecté.

 

 

Joël Chevassus - Janvier 2016

 

 

 

 

 

Matériel utilisé pour le banc d'essai :

 

Source: Esoteric K-03, Lumin S1, Apple Imac Yosemite Osx / JRiver Media Center 21, Trends UD-10.1, MacBook Yosemite OSx + HiFace USB vers S/pdif, Lumin M1.

Ampli / Préampli: SPL Volume2, Coïncident Technology Statement Line Preamplifier, 2 Luxman M800a (bridgés), Trends TA-10.2, Red Dragon S500 x 2, Ypsilon Aelius (en prêt).

Enceintes:  Vivid Audio G1.

Cables: Esprit Lumina USB, Esprit Lumina S/pdif, Esprit Eterna USB, Skywire 2020 digital, Naturelle Audio Live 8 MK2, Grimm Audio TPM, High Fidelity Cables CT-1 Enhanced HP.

Cordons d'alimentation:  DIY - Triode Wire Labs / Barrette secteur LH Audio.

 

Prix du matériel testé:  450 €.

 

 

Site du fabricant : http://esprit-audio.fr/en/manta/

 

                     

A la une...

A suivre...

Muraudio : le son est partout !

Vienna Physix Diva Grandezza

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© AUDIOPHILE MAGAZINE