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Edito

Octobre 2017

 

Le mystère de la flûte peule

 

 

 

 

Ma première rencontre avec la flûte peule remonte au siècle dernier, et aux sources de sa destinée musicale puisque celle-ci vient des plateaux du Fouta-Djalon. A cette époque, j'habitais Conakry, capitale de la République de Guinée. La Guinée, outre la flûte peule, est le berceau d'un autre instrument africain réputé : la kora.

 

Et c'est assis dans un club de la capitale, aux côté d'un des plus célèbres joueurs de kora guinéens, Mory Kanté, que j'ai découvert la sonorité brute et envoutante de la flute peule.

On y tournait une émission de télé locale, Mory s'était endimanché pour l'occasion avec un élégant complet blanc dans lequel il suait à grosses goutes. J'étais pour ma part plus décontracté, comme la grande majorité des blancs du coin qui étaient en moyenne sapés comme des péquenauds. J'avais eu néanmoins le plaisir de partager l'espace VIP avec Mory Kanté car nous fréquentions tous les deux les patrons, et qu'Ashken Kaba, le gérant du club, et chef d'orchestre du Grand Bembeya Jazz national m'avait à la bonne...

 

Le programme comprenait des passages très actuels, avec notamment l'étoile montante de Dakar, Youssou N'Dour, qui avait fait le déplacement jusqu'à Conakry, ainsi que des passages plus traditionnels et folkloriques.

Le folklore en Afrique de l'Ouest fait partie du quotidien, et il est rare de ne pas entendre au moins un balafon, un djembé ou une kora jouer dans les bars ou restaurants de la capitale guinéenne.

 

La flûte peule, « pula » ou «fulani » est plus rare. On l'appelle aussi « tambin» d'après le nom de la plante avec laquelle elle est fabriquée par les griots peuls du Fouta Djalon (hauts plateaux de la Guinée).

C'est sans doute l'instrument qui se rapproche le plus de la façon de chanter des griots de la région. On en joue à la manière d'une flute traversière, sauf que le griot arrive aussi à chanter et souffler en même temps. Elle est réalisée dans une tige de mil ou de métal d'environ trente centimètres de longueur, dont l’embouchure latérale légèrement proéminente en fait un intermédiaire entre la flûte traversière et la flûte droite. C'est en fait une flûte oblique à trois trous qui offre une gamme diatonique d’une octave à une octave et demi, ce qui en limite les possibilités adaptatives. Il existe également des modèles à 6 trous un peu plus polyvalents mais assez grands et compliqués à jouer.

 

Aux premières notes jouées ce soir là, je savais que cet instrument garderait une place privilégiée dans ma mémoire. Il n'y a aucune sonorité aussi brute, aussi animale, et si mystérieuse que celle de cet instrument. Il symbolise en tout cas pour moi à lui seul l'essence de ce continent qu'est l'Afrique. Délire de petit blanc ? Peut-être mais pas que...

 

Ce son, je crois qu'une référence incontestable comme Miles Davis a cherché toute sa carrière à l'approcher sans le toucher complètement. Tutu s'est rapproché un peu de cette sonorité, comme Amandla par la suite, avec un sax et flûtiste émérite comme Kenny Garrett.

En tous cas à mes oreilles, Tutu aurait du être écrit pour la flûte peule. J'étais presque décidé d'aller convaincre un gars aussi inaccessible que Miles à l'époque pour intégrer ce son dans sa musique. Miles Davis était en quête perpétuelle de ces sons du continent africains, comme ceux également très urbains et bruts, à l'instar de la basse piccolo de Jospeph Foley.

 

L'ironie veut que Miles soit mort deux mois après ma découverte de la flute peule. J'ai eu beaucoup de peine, car s'il est un musicien et un compositeur que je respectais plus que n'importe qui, c'était bien Miles. Depuis que j'avais l'âge de sortir sans papa et maman, je n'avais loupé aucun de ses concerts à Paris. Miles est mort le 28 septembre 1991.

 

Ayant quitté l'Afrique un an après pour rejoindre Paris, j'ai perdu la trace de ce son. Ce n'est pas vraiment surprenant si on voit le temps qu'un instrument bien plus populaire comme la kora a mis pour acquérir une semi-notoriété en Europe... D'ailleurs les riffs de kora et les rythmes de rap mandingue que j'ai eu la chance d'écouter là-bas n'ont toujours pas vraiment trouvé d'écho chez nous.

Depuis, j'ai le vague espoir qu'un gars poursuive le travail qu'avait accompli Miles Davis et mette le grapin sur un griot comme Dramane Dembélé ou Bailo Bah. Mais le dénicheur de pépites qu'était Miles Davis semble ne pas s'être encore réincarné au sein de la scène jazz internationale.

 

Cela explique en tout cas pourquoi la discographie de la flûte peule se limite à une peau de chagrin, et, si les médias modernes comme youtube ne faisaient pas leur boulot aussi bien qu'ils le font, sans doute ce son resterait-il prisonnier des montagnes du Fouta-Djalon.

 

Je vous propose aussi de découvrir cet instrument à travers de quelques vidéos postées sur la toile. Cela sera ma maigre contribution à la notoriété de la flûte peule.

 

Joël Chevassus

Editeur

 

 

      

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